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La musique s’invite dans le débat sur le cloud computing

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Publié 10 septembre 2012, mis à jour 24 septembre 2012

EXCLUSIF : Un différend sur les droits d’auteur entre plusieurs DG de la Commission serait responsable du report de la publication de la stratégie de l’UE sur le cloud computing.

Une récente ébauche de cette stratégie, consultée par EurActiv, fait référence aux difficultés et aux coûts d'obtention des licences pour les contenus numériques (musique et divertissements diffusés en ligne par exemple) sur une base multinationale.

Selon ce document, la proposition de la Commission relative à une directive sur la gestion des droits collectifs, publiée en juillet, facilitera ce type d'accords pour la musique en ligne, une initiative à laquelle s'opposent les puissantes sociétés de gestion collective des droits d'auteur qui souhaitent conserver le droit d'octroyer des licences sur des territoires particuliers.

Les DG à couteaux tirés

EurActiv a cru comprendre que cette ébauche de stratégie, prévue initialement pour le début de l'été, avait fait l'objet de débats houleux au sein de la Direction générale en charge du marché intérieur (DG Markt), responsable de la publication de la directive, et de la Direction en charge des réseaux de communication, des contenus et des technologies (DG Connect), responsable de la stratégie sur le cloud computing.

L'ébauche de directive prévoit de simplifier la gestion et l'octroi de licences multiterritoriales pour les contenus musicaux destinés aux utilisateurs de la toile. Ce point pose toutefois problème et il est difficile de prévoir les conséquences qu'aura la directive sur les sociétés de gestion collective des droits d'auteurs. Le texte pourrait bien être publié cette année.

Les droits d'auteur gérés par les sociétés de gestion collective sont imposés sur la musique et les contenus téléchargés sur les appareils dotés d'une mémoire, comme les clés USB, les téléphones portables et les ordinateurs.

Le cloud computing pose un problème majeur : la capacité de mémoire est illimitée pour cette technologie et il est donc difficile de calculer les droits d'auteur.

« Les sociétés de gestion collective souhaitent que les droits d'auteur s'appliquent au cloud computing comme c'est le cas pour les autres technologies », a déclaré Kostas Rossoglou, conseiller juridique senior pour l'organisation de consommateurs européenne BEUC.

« La DG Markt est plutôt en faveur de cet argument. Il s'agit d'un sujet très controversé et c'est l'une des raisons pour lesquelles le document a été reporté », a-t-il ajouté.

Un expert de l'informatique basé à Bruxelles a expliqué à EurActiv sous le couvert de l'anonymat que les fonctionnaires de la DG Markt n'approuvaient pas la proposition selon laquelle la DG Connect assumerait un rôle clé s'agissant de mettre un terme à l'octroi de licences territoriales pour les sociétés collectives.

Droits d'auteur

John Higgins, directeur général de DigitalEurope, une organisation du secteur, a déclaré :

 « Nous souhaitons accorder notre soutien [à la stratégie sur le cloud computing], mais nous voulons qu'elle aborde également la question des droits d'auteurs liée au cloud computing. Il s'agit notamment de la manière de rémunérer les créateurs et de permettre aux utilisateurs d'acheter un contenu qu'ils pourront réutiliser à souhait. »

Un porte-parole de la Commission a confirmé que la stratégie sur le cloud computing serait publiée ce mois-ci, mais il a refusé d'entrer dans les détails.

Réactions : 

« La DG Markt exagère déjà l'impact potentiel de la proposition dévoilée en juin et dont elle est en charge. Elle semble mal à l'aise avec ce document, car elle craint qu'il ne fasse qu'ajouter des pressions supplémentaires », a expliqué Kostas Rossoglou, conseiller juridique senior pour l'organisation européenne de consommateurs BEUC.

« Au BEUC, nous ne pensons pas que les propositions ou la stratégie aillent suffisamment loin, dans la mesure où il est nécessaire de mettre un terme aux exigences d'obtention des droits par pays au sein des 27 Etats membres. Rien ne montre que la stratégie ou la directive proposée n'aura cet effet », a-t-il ajouté.

« L'économie est sous pression et nous devrions garder les enjeux à l'esprit. Il faut se concentrer sur l'obtention d'un cadre politique à l'échelle de l'Europe pour promouvoir le cloud computing. Le potentiel de cette technologie en matière de compétitivité, de croissance et d'emploi sur le continent est tout simplement trop important pour être ignoré », a déclaré Mark Lange, conseiller politique senior chez Microsoft Europe.

« Les services de cloud computing peuvent se révéler très bénéfiques pour l'Europe : ils pourraient faire baisser les coûts informatiques des services publics, faciliter l'accès des entreprises aux services informatiques et accélérer la croissance des PME technologiques en Europe. Le document stratégique sur le cloud computing est une étape importante si nous voulons aboutir à ce résultat », a déclaré John Higgins, directeur général de DigitalEurope, une organisation du secteur.

Prochaines étapes : 
  • Fin septembre 2012 : la Commission européenne publiera sa stratégie sur le cloud 
Jeremy Fleming - traduit de l'anglais par Amandine Gillet
Thank you for the (cheap) music?
Contexte : 

Le terme « cloud computing » désigne tout un éventail d'infrastructures, de logiciels, de données ou d'applications présents dans le « nuage », et donc non dans des locaux, et qui sont accessibles via Internet.

Une étude réalisée par l'université de Milan, publiée fin 2010, estimait que le cloud computing pourrait entraîner la création de 1,5 million d'emplois en Europe au cours des cinq prochaines années. En 2010, le chiffre d'affaires mondial du secteur était estimé à environ 26 milliards d'euros.

Alors que les entreprises et les gouvernements se perdent en grandes envolées lyriques sur les avantages du cloud computing, la Commission reste plus prudente. En effet, une utilisation accrue des systèmes en nuage signifierait qu'une grande quantité de données publiques et commerciales pourrait migrer vers des serveurs peut-être situés à l'extérieur des frontières nationales, voire sur d'autres continents.

La question des droits d'auteur est au coeur des débats et pourrait remettre en question les modèles d'entreprise des puissantes sociétés de gestion collective qui octroient des licences pour l'utilisation des contenus musicaux à l'intérieur des frontières territoriales.

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