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Le Parlement souhaite conserver un Internet ouvert

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Publié 18 novembre 2011, mis à jour 02 mars 2012

Le Parlement européen a adopté hier (17 novembre) une position tranchée sur la neutralité du Net, accordant la priorité au maintien d'un Internet ouvert plutôt que d'en augmenter l'utilisation à des fins commerciales.

Une résolution adoptée par les eurodéputés à Strasbourg exhorte la Commission européenne à s'assurer que les « prestataires de services Internet ne puissent pas bloquer, discriminer ou nuire à la capacité de toute personne d'utiliser ou d'offrir tout service, contenu ou application de son choix, indépendamment de la source ou de l'objectif ».

Alors que l'Internet évolue dans un marché qui offre toujours plus de services, de nombreux prestataires tentent de hiérarchiser le trafic afin d'offrir les services les plus rapides et les meilleurs à ceux qui payent plus d'argent.

La question la plus controversée est le ralentissement intentionnel des connexions Internet pour les clients qui ne payent pas le prix plein. Certains souhaiteraient même bloquer des services spécifiques comme Skype pour éviter la concurrence avec leurs services de téléphonie traditionnels.

Dans leur résolution, les eurodéputés ont reconnu la nécessité d'une gestion « raisonnable » du trafic des données pour s'assurer que l'Internet continuer de fonctionner normalement. Le Parlement a cependant clairement souligné que les pratiques anticoncurrentielles ne devraient pas être permises.

Les eurodéputés ont demandé à la Commission « de surveiller étroitement, en coopération avec l'ORECE et les États membres, l'évolution des habitudes de gestion du trafic ainsi que les accords en matière d'interconnexion, en particulier en matière de blocage et de limitation ou de tarification excessive de la VoIP et du partage de fichiers, ainsi que de comportement anticoncurrentiel ou de dégradation excessive de la qualité ».

Le texte adopté a réitéré les inquiétudes quant à la protection des données et de la vie privée soulevées par le Contrôleur européen de la protection des données (CEPD) qui a publié une opinion en octobre dernier mettant en garde contre de sérieuses implications pour la sécurité des données personnelles en raison d'une gestion du trafic trop intrusive.

La Commission reste à l'écoute

La commissaire européenne en charge de la stratégie numérique, Neelie Kroes, est toujours accusée par les eurodéputés de conserver une approche « ambiguë » sur la neutralité du Net.

La Commission n'a en effet pas adopté de position définitive sur la gestion du trafic dans sa communication sur la neutralité du Net publiée en avril dernier. Elle a néanmoins été claire sur le fait qu'un contrôle plus strict des pratiques suspectes était nécessaire et pourrait mener à de nouvelles réglementations dans le futur.

Cette analyse est toujours en cours, a expliqué le porte-parole de Mme Kroes, Ryan Heath.  « La Commission surveille l'évolution de la gestion du trafic. Pour ce faire, elle a chargé l'ORECE (organe des régulateurs européens des communications électroniques) de réaliser une étude sur la neutralité du Net et la gestion du trafic, y compris en matière de ralentissement et de blocage du trafic. C'est en cours », a déclaré M. Heath, affirmant qu'aucune décision ne serait prise avant la fin de cette étude.

A ce stade, il est difficile de déterminer si la Commission présentera des « orientations » ou une législation contraignante pour le secteur.

Réactions : 

« Une gestion satisfaisante du trafic de données est nécessaire et très utile pour éviter la congestion du réseau et assurer un bon fonctionnement des applications et des services. Néanmoins, il est clair que les pratiques de gestion du trafic ne doivent pas être utilisées à des fins anticoncurrentielles », a déclaré l'eurodéputé allemand Herbert Reul (Parti populaire européen) qui préside la commission de l'industrie, de la recherche et de l'énergie.

Outre les questions de concurrence, les socialistes et les Verts s'inquiètent des effets négatifs que les violations de la neutralité du Net pourraient avoir sur les droits fondamentaux, comme la liberté d'expression.

« Certaines entreprises utilisent la gestion du trafic non seulement pour résoudre les problèmes de congestion rapidement, mais aussi pour bloquer et ralentir certains services, ce qui entrave la liberté d'expression, la concurrence et le choix du consommateur », a déclaré Catherine Trautmann, porte-parole sur la neutralité du Net pour les Socialistes & Démocrates (S&D).

« Nous demandons à la Commission d'assumer ses responsabilités et de présenter une législation contraignante pour garantir la neutralité du Net, car les orientations se sont bien souvent révélées inefficaces », a-t-elle ajouté.

La position de Mme Trautmann a été relayée par les Verts. « Internet repose sur les principes de neutralité et d'ouverture du réseau.  Aujourd'hui, ils sont menacés tant dans les Etats membres qu'au-delà. Le Parlement européen a encore une fois exprimé clairement son attachement à ce principe », a déclaré l'eurodéputé vert Philippe Lamberts.

« Les Verts au PE demandent à la Commission d'inscrire la neutralité de l'internet dans le droit européen, et à la Commissaire Kroes d'en finir avec son attitude ambigüe sur cette question cruciale », a-t-il ajouté dans un communiqué.

Mais tous ne sont pas du même avis.

« La résolution du Parlement européen est un retour en arrière. La gestion du trafic devrait être autorisée quand elle se révèle nécessaire tout en garantissant les intérêts des utilisateurs finaux et en encourageant les investissements dans les nouveaux réseaux. Les eurodéputés semblent prêts à sacrifier l'avenir de la société de l'information sur l'autel d'un mot séduisant en apparence. « Mais « neutre » ne signifie pas « stupide », a déclaré Andrea Renda du Centre for European Policy Studies (CEPS), un groupe de réflexion.

« Nous ne pensons pas que la résolution du Parlement européen contredise l'approche de la Commission. Cette résolution exhorte la Commission à surveiller l'évolution de la gestion du trafic, à assurer l'application et la mise en oeuvre des règles européennes existantes, ainsi qu'à déterminer si d'autres mesures sont nécessaires. C'est exactement ce que fait la Commission », a expliqué Ryan Heath, le porte-parole de la commissaire en charge de la stratégie numérique, Neelie Kroes.

Prochaines étapes : 
  • 13 déc. 2011 : les ministres européens en charge des télécommunications aborderont la question de la neutralité du Net.
  • Fin 2011/début 2012 : la Commission européenne terminera l'analyse des pratiques de la gestion du trafic.
EurActiv.com - traduit de l'anglais par Amandine Gillet

COMMENTS

  • Voulez-vous avoir une Europe féodale, sans informations, sans l´échange d'idées? Il ne faut pas céder aux pressions commerciales, il faut que l´internet soit neutre, libre, financièrement accessible à tout le monde:pourquoi ne vous inspirez-vous pas des Etats-Unis avec le net gratuit à l'intérieur d'un Etat(ds le Wisconsin p.e.)?

    By :
    Melanie Fiserova
    - Posted on :
    22/11/2011
Contexte : 

Le fait de savoir si l'accès aux services Internet ou à différents contenus devrait être contrôlé et filtré ou non selon le principe du « meilleur effort » (« best effort ») est au cœur de la controverse sur la neutralité du Net.

Le principe du « meilleur effort » implique qu'aucun fournisseur ne puisse donner la priorité à un trafic sur la toile pour des raisons économiques. Les fournisseurs devraient donc faire de leur mieux pour servir les utilisateurs. Ce critère a subi des dérogations afin de permettre une utilisation plus professionnelle de l'Internet. Par conséquent, un utilisateur professionnel qui consent à payer plus cher pourrait bénéficier d'une connexion meilleure et plus rapide.

Toutefois, élargir ce concept à un nombre beaucoup plus grand d'utilisateurs comporterait le risque de voir une majorité de personnes recevoir un service moins performant, ce qui les empêcherait d'utiliser l'Internet de manière optimale. Les frontières entre ces deux impératifs sont actuellement en train d'être définies et sont sujettes à des évolutions technologiques et réglementaires.

Le problème de la neutralité du Net a fait pour la première fois l'objet d'un débat aux Etats-Unis il y a quelque temps et suscite aujourd'hui des débats animés à Bruxelles. En avril, la Commission a présenté un document qui a laissé de nombreuses questions en suspens.

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