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L'UE demande à un médiateur de régler la question des redevances pour les copies à usage privé

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Publié 25 mai 2011

La Commission européenne jette l'éponge et confie à un médiateur la tâche d'harmoniser les redevances pour les copies à usage privé de CD et de livres dans l'Union afin de surmonter les nombreuses pierres d'achoppement en travers du chemin vers un marché numérique unique .

Les groupes de pression du secteur de l'informatique et les détenteurs de droits, comme les sociétés de gestion collective, sont en guerre pour déterminer les redevances qui pourront être prélevées sur les CD et les clés USB par exemple, des appareils qui peuvent servir de support pour copier de la musique, des livres et du matériel audiovisuel.

De manière générale, les détenteurs de droits veulent des redevances plus élevées sur davantage d'appareils, alors que le secteur de l'informatique veut moins de redevances sur moins d'appareils.

Dans le cadre de la stratégiede l'UE sur les droits de propriété intellectuelle, dévoilée hier, la Commission européenne a déclaré qu'elle inviterait un médiateur indépendant de haut niveau pour aider les groupes de pression en désaccord à trouver un compromis sur les redevances et les appareils auxquels elles s'appliqueront.

L'année dernière, la Cour de justice européenne avait éliminé les redevances sur les iPods Apple dans la mesure où ils n'étaient pas conçus exclusivement pour réaliser des copies, contrairement aux imprimantes ou aux lecteurs MP3, mais une source à la Commission a déclaré que tous les appareils seraient abordés lors des prochaines discussions.

Un montant juste

Actuellement, la différence en termes de redevances entre les différents pays peut être très importante. La taxe sur une imprimante à jet d'encre est de 12 euros en Allemagne mais de 178,84 euros en Belgique, selon les chiffres de Hewlett Packard.

Selon la même étude, les redevances appliquées sur les téléphones portables munis d'un lecteur de musique intégré inférieur à 4 Go sont inférieures à un euro en Italie, d'un peu plus de 2 euros en Belgique et de 12 euros en Autriche.

Le secteur de l'informatique affirme payer 1,88 milliard d'euros de coûts administratifs liés aux redevances chaque année en tentant de satisfaire les différents régimes en vigueur dans les Etats membres, selon une étude menée par l'Université libre de Bruxelles (ULB).

Dès qu'il sera nommé, le médiateur reprendra le travail de la Commission là où il s'était arrêté : essayer de faire en sorte que les producteurs de matériel et les détenteurs de droits représentant le secteur de la création se mettent d'accord sur la manière de fixer les redevances et sur les appareils concernés.

Les parties prenantes ne seraient pas d'accord sur la manière de déterminer les redevances, sur le fait que la taille de la mémoire ou la fréquence d'utilisation soient prises en compte dans le montant imposé par exemple.

Le candidat choisi, qui devrait idéalement s'y connaître en droit de la propriété intellectuelle, sera nommé cette année et devra disposer d'une « personnalité engageante et d'une autorité naturelle » pour pouvoir réconcilier les deux parties, a déclaré une source de la Commission à EurActiv.

Quels progrès ?

Depuis le début des discussions supervisées par la Commission européenne en 1995, aucun progrès n'a été réalisé, a ajouté cette source.

Le GESAC, une organisation française qui regroupe des sociétés de gestion collective, n'est pas du même avis. En 2008, les deux parties ont commencé à se parler franchement pour déterminer le montant des redevances et le type d'appareils visé, ainsi que l'application de ces redevances aux exportateurs, a expliqué à EurActiv Véronique Desbrosses, la secrétaire générale du GESAC. Les discussions se sont envenimées à nouveau en 2010.

Mme Desbrosses insiste sur le fait que les détenteurs de droits comme le GESAC ne cèderont pas aux demandes du secteur qui souhaite abandonner les redevances.

La Business Software Alliance, un groupe du secteur de l'informatique, demande depuis longtemps la suppression des redevances pour les copies à usage privé, alors que d'autres groupes de pression souhaite un autre système qui augmenterait le coût du matériel original protégé par le droit d'auteur, comme un film, mais réduirait significativement les redevances sur les copies.

Le GESAC doit également faire face à des critiques selon lesquelles les sociétés de gestion collective récoltent des profits grâce aux redevances mais ne rémunèrent pas les artistes en conséquence à moins d'y être forcées. « Souvent, les artistes ne savent même pas que leur travail est copié », a déclaré une source du secteur qui a préféré conserver l'anonymat.

Selon un rapport publié par Younison, un lobby qui représente les musiciens, en moyenne, les redevances pour les copies privées représentent entre 4 et 10  % du revenu des sociétés européennes de gestion collective, alors que les artistes ne reçoivent qu'une infime partie de cet argent.

Comme la plupart des réglementations contestées, il existe souvent des études qui démontrent le contraire. En fonction de leurs intérêts, les lobbyistes produisent des études qui peuvent démontrer que les redevances n'arrivent pas sur le compte des artistes, ou le contraire, mais que le piratage en ligne réduit les profits des maisons de disques et donc les revenus des sociétés de gestion collective.

Le médiateur devra donc régler ces nombreuses questions.

Claire Davenport

Article traduit de l'anglais par EurActiv

Réactions : 

Une organisation française qui regroupe des sociétés de gestion collective, le GESAC, a souligné « l'importance de la rémunération des copies privées pour les auteurs et son rôle dans l'assurance d'un équilibre économique au sein du secteur culturel. Les systèmes de rémunération des copies privées assurent un équilibre entre les intérêts des auteurs et celui des consommateurs qui peuvent dès lors faire des copies d'œuvres protégées par le droit d'auteur », a déclaré lasecrétaire générale de l'organisation, Véronique Desbrosses.

« Il est impératif que l'Europe entreprenne une action législative pour gérer le système fragmenté des redevances et des licences de contenu qui a un impact négatif sur les consommateurs, les artistes et le secteur », a expliqué Bridget Cosgrave de DIGITALEUROPE dans une déclaration hier.

L'association européenne du secteur de l'imprimerie et de l'imagerie, Eurimag, a publié une déclaration encourageant la Commission à explorer de nouvelles méthodes de compensation des auteurs pour les copies privées de leurs œuvres conformément à l'ère du numérique.

« Nous recommandons à la Commission européenne de prendre en compte l'étude britannique d'Hargreves récemment pu bliée qui présente d'autres systèmes voués à compenser les détenteurs de droits », a précisé Irena Bednarich, la présidente de l'association.

« Une augmentation de 1,11-1,19 % du prix des livres, l'équivalent de 13-15 cents d'euro par livre, suffirait pour assurer une compensation plus élevée que celle  qui serait collectée via les redevances, avec un réduction significative des retombées négatives sur l'économie », a ajouté Mme Bednarich.

Monique Goyens, la directrice générale de l'organisation européenne des consommateurs, le BEUC, a déclaré que l'UE devait « réformer le système exorbitant des redevances pour droits d’auteur en vue de refléter l’utilisation réelle par le consommateur ».

« Les Européens ont besoin d’un cadre légal actualisé, équilibré et à l’épreuve du temps en ce qui concerne le système de protection des droits d’auteur. Actuellement, c’est un droit antique qui s’applique aux services les plus modernes. Les DPI devraient permettre au consommateur d’avoir accès au contenu en ligne, protéger l’oeuvre des artistes et promouvoir l’innovation en Europe », a continué Mme Goyens, commentant la stratégie de la Commission sur les droits d'auteur.

Prochaines étapes : 
  • Automne 2011 : l'UE nommera un médiateur pour régler la question des redevances sur les copies privées.
Contexte : 

Les redevances pour les copies à usage privé ont pour objectif de rémunérer les auteurs, comme les écrivains et les musiciens, pour les copies privées consommées par la population au sens large. Les appareils qui sont taxés via ces redevances sont actuellement les imprimantes, les lecteurs MP3 et les CD vierges, mais les lois varient en fonction des Etats membres.

Par exemple, en Finlande, le pays d'où est originaire la marque Nokia, les téléphones portables ne sont pas taxés via des redevances, alors que c'est le cas en Belgique. En Suède, le privatkopieringsersättning (redevance pour les copies) est calculée par minute et par mégaoctet de stockage alors que dans d'autres pays, les frais à payer sont calculés par appareil.

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