Dans le cadre d'une stratégie visant à développer les échanges commerciaux en ligne, Bruxelles a annoncé hier (28 mars) la création d'un centre pour combattre la criminalité sur Internet.
Ce centre sera établi au coeur de l'Office européen de police, Europol, à La Haye. Europol s'occupe déjà des crimes informatiques, mais ce nouveau centre devrait permettre d'intensifier la lutte contre la cybercriminalité grâce à 55 employés à temps plein et un budget annuel de 3,6 milliards d'euros.
Des obstacles majeurs menacent toutefois de compliquer le fonctionnement de ce nouveau centre : la difficulté de collecter des informations dans des régions aux juridictions différentes et la réticence probable du secteur privé.
« Dans la mesure où le cyberespace et les infrastructures Internet sont pour la plupart aux mains du secteur privé, seule une approche commune entre les différentes communautés permettra de donner des résultats durables dans la lutte contre la cybercriminalité », peut-on lire dans un communiqué de la Commission.
Les entreprises de télécommunications qui possèdent la quasi-totalité des réseaux se sont par le passé révélées vivement opposées aux initiatives visant à les transformer en « policiers de la toile ». Les coûts et les responsabilités qui résultent d'une telle activité sont en effet considérés comme trop importants. Convaincre ces acteurs incontournables d'apporter leur pierre à l'édifice sera donc un test quant à l'efficacité du centre.
La cybercriminalité coûte des milliards
L'unité de sécurité en ligne Norton de Symantec Corporation estime que la cybercriminalité coûte 85 milliards d'euros chaque année. Selon elle, les citoyens ont plus de chances d'être victimes d'un crime en ligne que dans le monde réel.
Les cyber-crimes les plus fréquents sont les virus et les logiciels malveillants (malwares) qui attaquent les ordinateurs, les endommagent ou volent les informations confidentielles qu'ils contiennent.
« Plus d'un million de personnes sont victimes de la cybercriminalité chaque jour », a affirmé la commissaire européenne aux affaires intérieures, Cecilia Malmström, lors d'une conférence de presse à Bruxelles.
Les crimes d'ordre économique sont en pleine croissance. Les groupes du crime organisé se spécialisent en effet dans le vol de données sensibles, comme les mots de passe et les numéros de carte de crédit. Le marché noir prospère dans ce domaine.
La lutte contre ce phénomène est depuis longtemps l'une des priorités de nombreuses organisations nationales et internationales. Les institutions européennes souhaitent à tout prix éradiquer ce type d'activités, alors qu'elles continuent de promouvoir l'e-commerce sans frontières.
Le marché en ligne pourrait en effet faire tomber les dernières barrières qui empêchent la mise en place d'un véritable marché intérieur européen. Les dangers que représente la cybercriminalité pourraient toutefois retarder l'émergence d'un réel marché européen en ligne, dans la mesure où les consommateurs ont encore peur de faire leurs achats sur Internet.
L'objectif du nouveau centre européen sera également de rendre la toile plus sûre pour les millions de jeunes Européens qui l'utilisent et y créent des profils en ligne sur les sites des réseaux sociaux et autres plateformes.
Les risques liés aux réseaux sociaux ne sont pas négligeables. Entre 250 000 et 600 000 comptes Facebook sont bloqués chaque jour pour couper court à des tentatives de piratage, affirme la Commission.
Vers une directive sur les cyber-attaques
Dans le même temps, une nouvelle directive vouée à prévenir et à contrer les cyber-attaques contre les infrastructures stratégiques pourrait bientôt être adoptée par les institutions européennes.
Cette semaine, la commission des libertés civiles du Parlement européen a adopté un nouveau texte avec une majorité écrasante, ce qui devrait faciliter son approbation en plénière dans les semaines à venir.
Un accord avec les Etats membres devrait être conclu avant les vacances d'été.
Si ces nouvelles règles sont adoptées, les attaques contre les systèmes électroniques stratégiques deviendront des crimes punissables par au moins deux ans de prison partout dans l'UE. Cette initiative fait suite à une cyber-attaque massive menée contre l'Estonie en 2007 (voir « Contexte »).







