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Le Parlement cède sur le paquet télécom [FR]

Publié 23 octobre 2009
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Les internautes suspectés de contrevenir aux règles sur les droits d’auteur pourront se faire suspendre leur connexion internet ou subir d’autres mesures administratives sans qu’une décision de justice ne soit nécessaire, si l’on en croit une nouvelle proposition présentée par le Parlement européen.

Ce nouveau texte représente un véritable volte-face en comparaison de la position défendue par les eurodéputés au moment des élections européennes de juin. A présent, la proposition devrait satisfaire certaines revendications des Etats membres, ouvrant la voie à une adoption définitive du paquet télécoms.

Le Parlement a d’abord décidé en mai dernier de révoquer d’anciens accords avec le Conseil, bloquant l’adoption d’un nouvel ensemble détaillé de règles en matière de communications électroniques dans l’UE.

En votant en faveur du célèbre Amendement 138, les eurodéputés avaient souligné la nécessité d’une protection judiciaire pour les internautes à chaque fois qu’ils étaient suspectés de téléchargements illégaux de chansons ou de films sur Internet.

L’Amendement 138 introduisait l’obligation d’obtenir un jugement préalable par les autorités judiciaires avant que des mesures, quelles qu’elles soient, ne soient prises à l’encontre des utilisateurs. Le nouveau texte supprime la référence à un jugement préalable proposée par l’eurodéputée S&D Catherine Trautmann, qui s’était battu avec vigueur avant les élections de juin pour la conserver.

La nouvelle proposition de texte est formulée de manière moins radicale, disposant que les mesures ne pourront être prises qu’après une procédure préalable juste et impartiale. Le mot « judiciaire » a été enlevé de la phrase clef de l’amendement. La proposition, cependant, va obliger un réexamen judiciaire effectif et dans les délais une fois que les mesures auront été prises.

Concrètement, si ce texte devient une loi, les Etats membres seront autorisés à introduire des dispositions permettant aux autorités administratives de couper les connexions Internet des coupables présumés sans décision judiciaire préalable. Les connexions seraient restaurées plus tard avec l’autorisation d’un contrôle de légalité. La durée de la procédure de recours reste floue.

La France a adopté une loi anti-piratage en septembre, qui va permettre aux autorités de déconnecter les personnes téléchargeant illégalement de manière répétée. Le gouvernement britannique a proposé une législation similaire.

Les principes de la présomption d’innocence et le droit d’être entendu font partie du nouveau texte soutenu par le Parlement, en accord avec ce qui avait été proposé précédemment par les Etats membres (EurActiv 14/10/09).

Les services juridiques du Parlement ont expliqué qu’une référence explicite à l’obligation d’une décision judiciaire préalable aurait eu un impact sur les compétences exclusives des Etats membres, notamment au regard de leur système judiciaire. C’est en effet une question dans laquelle le Parlement européen ne peut pas légiférer. Il reste à expliquer pourquoi les eurodéputés ne se sont pas rendu compte de cette difficulté avant de lancer une bataille juridique interinstitutionnelle de longue haleine.

Selon les règles européennes, le Parlement et le Conseil devront démarrer une procédure officielle de conciliation pour se mettre d’accord sur un texte final commun. Cette procédure commencera le 4 novembre et se terminera le 30 décembre. Si aucun autre obstacle inattendu ne surgit, le paquet télécoms devrait devenir une législation officielle de l’UE dans les tous premiers mois de l’année 2010.

Réactions : 

L’eurodéputé espagnol Alejo Vidal-Quadras (PPE), qui préside la délégation du Parlement européen au comité de conciliation, a déclaré qu’il [PPE] se rendait aux négociations dans un esprit de compromis, mais qu’il restait déterminé à défendre les droits des utilisateurs et qu’il s’engageait au développement d’un cadre règlementaire basé sur la promotion des investissements et l’ouverture du marché. Nous ferons tout ce que nous pouvons pour parvenir à une bonne solution, mais le Conseil doit comprendre que le Parlement défendra sans hésitation la liberté des citoyens qu’il représente.

La délégation du Parlement a accepté une proposition de compromis qui servira de base pour les négociations et sur lequel le Conseil et la Commission pourront converger, a affirmé l’eurodéputé française, rapporteuse du texte Catherine Trautmann (S&D).

Au lieu d’assurer qu’aucune restriction à l’accès Internet ne sera imposée sans la décision préalable d’un juge, l’Amendement 138 va en réalité être remplacé par une disposition faible qui n’apporte aucune garantie importante pour les libertés des citoyens, a commenté la Quadrature du Net, un groupe de défense qui promeut les droits et libertés des citoyens sur Internet.

Prochaines étapes : 
  • 4 nov. 2009 : Première rencontre du comité de conciliation.   
  • Début 2010 : Adoption possible finale du paquet télécoms.   
Contexte : 

Le 13 novembre 2007, la Commission européenne a proposé une révision générale des règles gouvernant les communications électroniques. Ce paquet envisageait la création d’une nouvelle autorité des télécommunications au niveau de l’UE, l’introduction d’une séparation fonctionnelle pour inciter à la concurrence, une révision de la gestion du spectre radioélectrique et une série de mesures de protection des consommateurs (voir EurActiv LinksDossier). Les nouvelles règles ont été approuvées par le Parlement européen en première lecture en septembre 2008. Mais le Conseil des ministres de l’UE a adopté des positions divergentes sur un certain nombre de questions, provoquant une série de négociations interinstitutionnelles qui ont débouché sur des compromis en mars et avril 2009.

La question la plus controversée concerne la protection des utilisateurs d’Internet, que l’on trouve dans le célèbre Amendement 138. Le Parlement, de manière surprenante, a bloqué la réforme en mai 2009 en rejetant un compromis précédent avec les Etats membres sur la protection des droits des internautes (EurActiv 07/05/09).

Ce rejet répond à un projet de loi anti-piratage français, qui a causé des protestations parmi les eurodéputés et des groupes de défense des consommateurs car il proposait que les connexions Internet des utilisateurs des sites de partage de fichiers puissent être coupées sans l’intervention préalable des autorités judiciaires.

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