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Protection des données : Viviane Reding se tourne vers les entreprises

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Publié 29 novembre 2011, mis à jour 20 février 2012

La Commission européenne proposera l'année prochaine qu'en matière de protection des données, les entreprises soient soumises aux réglementations en application dans leur pays d’établissement au sein de l’UE, au lieu d’appliquer, comme elles le font aujourd’hui, différentes lois nationales dans les pays où elles opèrent.

S'adressant aux représentants du secteur du numérique, la vice-présidente de la Commission, Viviane Reding, a annoncé que dans le cadre de la révision de la directive sur la protection des données qui sera publiée d'ici la fin du mois de janvier 2012, l'exécutif proposerait une loi et une autorité uniques pour chaque entreprise.

La commissaire, dont le portefeuille comprend la justice, a déclaré que la loi applicable devrait être celle de l'Etat membre où l'entreprise a son siège.

Mme Reding a également rappelé son souhait d'harmoniser les réglementations nationales. « Nous devons renforcer la coordination et la coopération entre les autorités nationales de protection des données pour nous assurer que les règles sont systématiquement respectées », a-t-elle affirmé hier (28 novembre) à la Chambre américaine de commerce à Bruxelles.

Ce souhait correspond à celui des entreprises qui souhaitent accroître l'harmonisation en favorisant une approche fondée sur le pays d'origine, peut-on lire dans une liste de recommandations remise hier à Mme Reding par l'Industry Coalition for Data Protection (ICDP). Cet organisme a récemment vu le jour et regroupe des opérateurs de la sphère numérique, tels que Microsoft, Apple, IBM et Siemens.

En particulier, le secteur exhorte la Commission à rationaliser les dispositions sur le droit applicable en introduisant le principe du pays d'origine. Ce pays d'origine pourrait être l'Etat membre de l'UE où le siège du contrôleur des données est situé », peut-on lire dans un document commun publié hier.

Alléger les formalités administratives

Le patchwork de lois nationales sur la protection des données est source d'inquiétudes, non seulement pour les entreprises, mais également pour les consommateurs qui craignent que les entreprises tirent profit des différents régimes juridiques pour utiliser de manière abusive leurs données.

C'est la raison pour laquelle plus de 90 % des Européens interrogés lors d'un sondage de la Commission ont affirmé qu'ils souhaitaient que les mêmes règles s'appliquent partout en Europe dans le domaine de la protection des données.

Un cadre plus harmonisé devrait également permettre de réduire la paperasserie et les coûts pour les entreprises, ce qui pourrait entraîner une baisse des prix pour les consommateurs. En réalité, s'agissant des règles sur la protection des données, la fragmentation du marché de l'UE entraîne des coûts administratifs supplémentaires pour les entreprises. Ces coûts sont estimés par l'exécutif européen à 2,3 milliards d'euros par ans.

Le secteur réclame depuis longtemps un allégement du fardeau administratif, bien qu'un tel changement puisse amenuiser la protection des consommateurs.

Mme Reding semble toutefois prête à faire des concessions dans ce domaine. « Je veux réduire de manière drastique la paperasserie en éliminant les coûts inutiles et les fardeaux administratifs, afin de créer un environnement plus favorable aux entreprises », a-t-elle affirmé, promettant de «  se concentrer sur les exigences qui renforcent la sécurité juridique et sont réellement efficaces ».

Frictions éventuelles

Certains éléments font cependant l'objet de controverses. Un différend semble par exemple émerger entre la Commission et le secteur à propos de l'éventuelle introduction de clauses spécifiques pour les différents opérateurs.

Bruxelles estime notamment que les réseaux sociaux en ligne pourraient avoir à respecter des règles complémentaires spécifiques en raison des caractéristiques de leurs utilisateurs qui sont différentes de celles des consommateurs de télécommunications.

Mme Reding souligne en effet dans sa déclaration qu'il devrait exister « une loi pour chaque entreprise », insistant donc sur les différences qui existent entre les fournisseurs de services.

Le secteur est contre une approche sur mesure. « Nous ne soutiendrons pas un instrument horizontal comprenant des instruments juridiques supplémentaires visant des technologies ou des services spécifiques, dans la mesure où cela ne nous fournira pas la sécurité juridique nécessaire », peut-on lire dans le document remis par le secteur.

Mme Reding plaide également pour que les citoyens doivent donner leur consentement explicite aux opérateurs afin que ceux-ci puissent utiliser leurs données. « Les individus devraient être bien informés sur les politiques portant sur la vie privée, et leur consentement devrait être spécifique et donné explicitement », a-t-elle martelé hier.

Le secteur souhaiterait plutôt une approche flexible face à cette question complexe. Les entreprises craignent que si l'on demande trop souvent leur consentement aux utilisateurs, ceux-ci n'apprécient plus autant leur temps sur la toile.

« Une approche moderne du consentement devrait permettre aux contrôleurs des données de choisir, en fonction du contexte, la manière la plus appropriée de fournir des informations, d'obtenir un consentement et de donner le pouvoir aux détenteurs de données, en leur offrant la possibilité de contrôler leurs données », peut-on lire dans le livre blanc de l'ICDP.

Réactions : 

La vice-présidente de la Commission européenne Viviane Reding a déclaré : « Tout le monde attend un cadre solide, cohérent et à l'épreuve de l'avenir pour la protection des données, avec des règles cohérentes dans tous les Etats membres et avec toutes les politiques de l'Union. Et je suis déterminée à y parvenir. »

« La révision des règles en matière de protection des données dans l'UE devrait renforcer l'harmonisation et fournir une sécurité juridique qui permettra au marché unique de fonctionner à plein régime », a déclaré John Higgins, le directeur général de DIGITALEUROPE qui s'est exprimé au nom de l'Industry Coalition for Data Protection.

« Dans ses efforts pour stimuler l'innovation et permettre à l'UE de respecter ses promesses en termes de croissance et d'emplois, l'Europe doit encourager les entreprises et leur permettre d'être compétitives sur la scène mondiale en rationalisant et en simplifiant les règles sur les transferts internationaux de données », a conclu M. Higgins.

Thomas Boué, le directeur européen pour les affaires gouvernementales à la Business Software Alliance, a déclaré : « Nous sommes arrivés à la croisée des chemins dans l'économie de l'information en Europe. Nous pouvons soit harmoniser aujourd'hui le patchwork confus de réglementations en vigueur pour la protection des données, ou risquer d'entraver la croissance de nouveaux marchés importants comme le cloud computing. La Business Software Alliance a rejoint dix autres associations afin de fournir une série de recommandations concrètes qui contribueront à créer un réel marché unique pour les données via une approche qui prend en compte nos intérêts communs en matière de protection des données, de promotion de l'innovation et de libre circulation des informations. »

Prochaines étapes : 
  • Fin janvier 2012 : la Commission devrait publier sa révision de la directive relative à la protection des données.

 

EurActiv.com - traduit de l'anglais par Amandine Gillet
Contexte : 

Les règlementations européennes existantes sur la protection des données ont été adoptées en 1995, alors que l'Internet n'en était encore qu'à ses balbutiements. Selon l'UE, en 1993, l'Internet ne contenait que 1 % des informations électroniques. Ce chiffre a grimpé à 97 % en 2007.

Bien que le nombre croissant de produits et de services sur mesure apportent des avantages non négligeables aux consommateurs, ils impliquent une utilisation importante des données personnelles.

Les informations confidentielles peuvent être des renseignements financiers, comme les numéros de carte de crédit ou les détails des comptes bancaires, ou des informations relatives à la santé ou encore à l'orientation sexuelle et politique, entre autres.

Les possibilités d'usage impropre ou abusif de ces informations sont infinies. La Commission a déjà proposé plusieurs options pour améliorer la protection des données, notamment via une prise de conscience des données utilisées et des possibles atteintes à la sécurité des renseignements personnels; l'introduction du droit à l’oubli; des méthodes claires afin de requérir l'autorisation des détenteurs de données pour la gestion de leurs données personnelles.

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