Tant que les gouvernements ne s'attaqueront pas au problème de précarité énergétique qui touche une part importante de la population, la région continuera d'être menacée de déforestation massive, ont expliqué des experts à EurActiv.
Les paysages arides de la Grèce et de la Turquie, où le même phénomène de déforestation lié à la récolte de bois illégale a eu lieu il y a des dizaines d'années, devraient faire réfléchir les décideurs politiques en Bulgarie et dans d'autres pays des Balkans occidentaux quant à leur responsabilité en matière de conservation des forêts. C'est ce qu'a affirmé Georgi Stefanov, chargé de missions sur le climat et l'énergie au WWF Bulgarie.
L'utilisation de bois pour le chauffage est en effet une pratique de plus en plus courante dans les Balkans occidentaux. Ces pays souffrent de la transition difficile d'une économie centralisée à un marché libre. Les guerres successives qui ont mené au démantèlement de la Yougoslavie ont également affaibli les Balkans occidentaux.
Pas de statistiques fiables
Les prix de l'électricité ont explosé et les salaires ont stagné ces dernières années. Le recours au bois de chauffage est devenu donc un moyen de remplacer l'électricité dans les zones rurales, mais aussi dans les villes. Selon certains experts, les systèmes de chauffage centralisés hérités de l'ère communiste ne constituent pas une solution pour chauffer les habitations de la région.
Même si les statistiques de l'ONU suggèrent que les zones boisées en Bulgarie se sont étendues depuis 1990, certaines études révèlent que la consommation est bien plus importante que ne l'indiquent les statistiques officielles. La collecte de bois illégale est une pratique répandue et on parle parfois même de « mafia du bois ».
En Serbie, certains experts estiment que la consommation de bois de chauffage atteint 12 millions de mètres cubes en période hivernale depuis plusieurs années, contre 2 millions selon les statistiques nationales.
La consommation de bois de chauffage au Kosovo est estimée à plus de 2 millions de mètres cubes, au moins cinq fois plus qu'indiqué par les statistiques officielles. Ce schéma se répète en Albanie, en Bosnie-Herzégovine, en Macédoine et au Monténégro. En Croatie, l'écart entre les estimations et les statistiques officielles est moins important.
« Le point positif, c'est que la Bulgarie, la Roumanie, la Serbie, la Macédoine et les autres pays des Balkans sont encore très boisés », a déclaré M. Stefanov. Il affirme avoir pu constater, en grandissant à la frontière serbo-bulgare, que les autorités locales étaient confrontées aux mêmes problèmes des deux côtés.
Il a également souligné que contrairement aux pays occidentaux plus prospères, où le bois de chauffage est utilisé par les plus aisés, cette ressource est surtout utilisée par les plus modestes dans le Sud-Est de l'Europe, dans des poêles à très faible efficacité énergétique.
En Bulgarie, ces poêles en acier sont appelés « amour bohème » car ils chauffent rapidement et s'éteignent encore plus vite.
Désastres écologiques
Dans certaines zones démunies, comme le massif montagneux des Rhodopes à l'Est, près de la ville de Momchilgrad, la majorité des habitants contribuent à la déforestation, simplement parce qu'ils n'ont pas assez d'argent. Dans ce genre de situations, précarité énergétique rime avec désastre écologique, a commenté M. Stefanov.
« Des collines entières sont complètement déboisées en à peine une ou deux saisons », a-t-il précisé en traçant un parallèle avec les régions de son pays habitées par de grandes populations roms.
Selon lui, ce problème s'est aggravé en raison de l'indifférence des autorités locales et des acteurs politiques face à ce problème. Les médias, a-t-il ajouté, passent également ce problème sous silence.
La combustion de bois contribue également à la mauvaise qualité de l'air du pays. Selon le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), la mauvaise qualité de l'air a des conséquences mortelles en Bulgarie et en Roumanie, qui ne dépassent que l'Arménie, avec le second taux de mortalité lié à la pollution de l'air urbain.
Le Rapport de développement humain du PNUD en 2011, publié le 2 novembre, démontre que même si le taux de mortalité annuel lié à la qualité de l'air est légèrement plus élevé en Roumanie (439 décès par million d'habitants, contre 437 en Bulgarie), la Bulgarie est en tête de liste en matière d'intensité de la pollution de l'air en Europe. Elle fait partie des 25 % de pays les plus pollués sur les 187 inclus dans le rapport.
Seule l'Arménie enregistre un taux de mortalité annuel plus élevé que ces deux pays de l'UE, avec 882 cas de décès par million d'habitants, dans un pays qui compte 3 millions d'individus.
Duper Bruxelles
M. Stefanov a déclaré que le gouvernement bulgare avait tenté de duper l'UE dans le but d'atteindre ses objectifs en matière d’énergies renouvelables, en rapportant que deux tiers de la population utilisaient la biomasse pour se chauffer grâce à des poêles ayant une efficacité supérieure à 75 %. En réalité, cette proportion de la population remplit ses poêles de bois, dont l'efficacité est extrêmement faible.
Heureusement, Bruxelles a rejeté cet argumentaire, a commenté M. Stefanov.
« Si le gouvernement avait appliqué une politique d'introduction d'appareils de chauffage plus efficaces, il aurait obtenu de bons résultats », a-t-il ajouté.
La seule aide accordée aux plus pauvres en saison hivernale est du charbon ou du bois de mauvaise qualité, selon M. Stefanov. Depuis maintenant deux ans, le WWF tente de faire passer le message que cette aide, à laquelle un sixième de la population peut prétendre, devrait prendre la forme d'une promotion de l’efficacité énergétique via des programmes d'aide sociale soutenus par les grandes entreprises énergétiques.



