Interrogé sur le financement de cette transition, le directeur exécutif d'EDF Energy, Vincent de Rivaz, a déclaré lors d'une réunion au Parlement européen qu'il faudrait absolument augmenter la capacité dans de nombreux pays, notamment la Grande-Bretagne.
« Il serait ridicule de nier que les prix vont augmenter », a-t-il ajouté. « On ne peut pas investir 110 milliards de livres (134 milliards d'euros) dans la génération d'électricité sans prévoir un impact sur les prix à court terme. »
Lorsqu'il a présenté sa réforme du marché de l'électricité en mai dernier, le ministère britannique de l'énergie et du changement climatique a en effet déclaré qu'il faudrait investir jusqu'à 110 milliards de livres dans la génération et la transmission d'électricité d'ici 2020.
Le ministre de l'énergie et du changement climatique, Ed Davey, avait annoncé la couleur en déclarant que les factures énergétiques « augmenteraient sans doute progressivement, surtout en raison de l'augmentation des prix des carburants fossiles », plutôt qu'à cause des investissements visant à réduire les émissions de carbone.
Selon Stephen Thomas, un expert en libéralisation énergétique de l'université de Greenwich contacté par EurActiv, le financement de projets pour l'énergie propre n'a jusqu'à présent pas eu d'impact sur les prix de l'électricité pour les ménages.
« Je pense que c'est surtout une excuse bien pratique », a-t-il poursuivi. « Si l'on prend en considération les quantités impliquées, on peut difficilement arguer que l'augmentation des prix au Royaume-Uni pourrait être attribuée aux sources à faible teneur en carbone. »
Ambitions revues à la baisse
Le projet de loi britannique sur l'énergie a été fustigé par les défenseurs de l'environnement qui estiment qu'il permettra aux centrales de gaz et de charbon d'émettre plus de dioxyde de carbone qu'aujourd'hui, et ce jusqu'en 2045. Ils affirment que ce projet affaiblit l'objectif européen de réduction du carbone à hauteur de 80-95 % d'ici 2050, par rapport aux niveaux de 1990.
Selon M. de Rivaz, pourtant, les réformes du gouvernement britannique « sont la voie à suivre », car elles permettront de réduire les coûts en capital aujourd'hui élevés.
Il s'est toutefois montré moins clément envers les acteurs politiques qui, selon lui, « tournent autour du pot et ne se montrent pas honnêtes lorsqu'il s'agit de soulever la question des coûts ». « Si nous ne sommes pas honnêtes dès le début, nous ne pourrons jamais gagner la confiance du public. Sans cette confiance, aucune solution ne sera trouvée. »
« Le problème se répètera avec les compteurs intelligents, lorsqu'il faudra investir des dizaines de milliards d'euros dans ce secteur », a ajouté M. de Rivaz.
Les compteurs intelligents sont des systèmes numériques qui permettent aux utilisateurs de consommer de l'énergie en dehors des heures de pointe. Ils peuvent par exemple programmer leur machine à laver ou leur sèche-linge au milieu de la nuit, lorsque la demande est plus faible sur le réseau.
Les pays de l'UE doivent préparer leur calendrier pour le déploiement de cette technologie, dans le cadre des directives sur le gaz et l'électricité comprises dans le troisième paquet énergétique de 2009 pour la libéralisation du marché européen de l'énergie.
Au moins 80 % des consommateurs d'électricité en Europe devraient être équipés de compteurs intelligents d'ici 2020.
Cela devrait coïncider avec un plan sur dix ans élaboré par le Réseau européen des gestionnaires de réseaux de transport d'électricité (ENTSO-E), visant à étendre le réseau électrique européen, afin d'intégrer une part accrue d'énergies renouvelables dans le bouquet énergétique.
La somme nécessaire au financement de 51 500 km de lignes à haute tension en huit ans est estimée à environ 104 milliards d'euros.
Marché intérieur
Toutes les mesures nécessaires pour compléter le marché intérieur européen devraient être en place d'ici 2014, bien que le commissaire à l'énergie, Günther Oettinger, ait déjà exprimé des doutes quant à la probabilité que ce délai soit respecté.
Une communication sur la mise en oeuvre des engagements européens pour la libéralisation du marché de l'énergie aurait dû être publiée au second trimestre de 2012, selon une feuille de route européenne. Plusieurs sources à Bruxelles affirment à présent que ce document ne verra pas le jour avant l'automne.
Jan Panek, un fonctionnaire européen en charge des marchés du charbon et du pétrole, a déclaré lors d'une réunion au Parlement européen que la communication en question présenterait les progrès du programme de libéralisation de l'énergie.
« J'espère que cela suscitera des réactions de la part des États membres, du Conseil, du Parlement, ainsi que des nombreuses parties prenantes », a-t-il déclaré.
Ce document abordera les problèmes liés à l'harmonisation des règles de marché et au financement inapproprié des programmes d'infrastructure énergétique. Il traitera également de l'application des aides publiques et des règles de concurrence dans le secteur de l'énergie.
Quelque 18 Etats membres font aujourd'hui face à des procédures d'infraction car ils n'ont pas transposé ce paquet dans leur droit national.



