Ce système d'achat groupé consiste à vendre aux enchères le monopole de la distribution énergétique pour une communauté donnée, un mécanisme qui, selon ses partisans, a déjà fait ses preuves en Belgique, où les consommateurs ont pu économiser 250 euros en moyenne sur leurs factures d'énergie.
En outre, 100 % des contrats d'électricité utilisés dans le programme belge portaient sur des sources d'énergie renouvelable reconnues par l'UE, ce qui a rendu le système attractif d'un point de vue environnemental.
Les décideurs politiques écossais ont décidé de s'inspirer du modèle belge en convenant d'une table ronde le 28 juin.
Parmi les experts qui participeront au « sommet de Dundee sur l'énergie » se trouvent David Sigsworth du Scottish Fuel Poverty Forum, des Belges et des Néerlandais qui ont mis en place ces systèmes et des représentants des observateurs britanniques Ofgem et Consumer Focus Scotland.
L'objectif affiché est de réduire les factures d'énergie des communautés.
« Les gens ont vraiment des difficultés à payer leurs factures d'électricité », a déclaré la députée écossaise Jenny Marra. Le parti travailliste a organisé cet événement.
« Environ 35 % des foyers sont en situation de précarité énergétique à Dundee, mais même les gens qui ne le sont pas et gagnent un bon salaire ont du mal à payer leurs factures. »
Le sommet de Dundee sera la première tentative d'appliquer un programme d'achat groupé au Royaume-Uni. Le groupe de consommateurs Which? avait rassemblé 300 000 personnes favorables à ce programme mais il avait dû essuyer des critiques quant au fait que les contrats proposés n'étaient pas les plus avantageux.
Il faut pourtant de toute urgence trouver des solutions pour ceux qui ne peuvent plus payer leurs factures.
Précarité énergétique
Le Royaume-Uni a été le premier pays à définir la « précarité énergétique » en Europe comme le fait, pour un consommateur, de dépenser 10 % de son revenu dans le chauffage domestique. La Fédération syndicale européenne des services publics prévoit pourtant que le taux de précarité énergétique au Royaume-Uni augmente de 40 % d'ici 2016, touchant ainsi 9,1 millions de personnes.
Même si les chiffres pour 2010 révèlent que le nombre de foyers en situation de précarité énergétique a diminué de 750 000, leurs factures ont depuis augmenté de 185 euros en moyenne. Quelque 400 000 personnes de plus sont à présent touchées par la précarité énergétique.
Les prix ont augmenté en 2011 et pour chaque augmentation de 5 % des prix des carburants, quelque 46 000 foyers supplémentaires sont touchés par la précarité énergétique en Ecosse.
Mme Marra pense dès lors que les communautés seront favorables aux achats groupés.
Détails pratiques
La table ronde en Ecosse devrait passer en revue les détails techniques à régler avant qu'un organisme intermédiaire puisse entamer le processus d'enregistrement de 10 000 consommateurs d'énergie, le nombre nécessaire pour qu'un contrat collectif soit ouvert aux appels d'offres.
« Si ce système fonctionne pour les communautés ou les associations de locataires, nous pourrons l'étendre à l'échelle communale. C'est notre objectif. »
David Sigsworth, le président de l'agence écossaise de protection de l'environnement (Scottish Environment Protection Agency), le régulateur environnemental du gouvernement du Parti nationaliste écossais, a toutefois des ambitions plus modestes.
« Il s'agira plutôt d'une discussion conceptuelle, qui mènera à l'application du système belge si possible », a-t-il expliqué à EurActiv.
Un rapport intérimaire présenté au parlement écossais parlait déjà de ces achats énergétiques groupés comme d'une « opportunité potentielle », a-t-il commenté.
Expérience belge
Les achats groupés ont commencé en 2008 en Belgique, dans le cadre d'une expérience sur le mazout de chauffage ensuite appliquée à la province d'Anvers par le parti socialiste flamand, le sp.a.
Le meilleur tarif est sélectionné à l'issue d'une vente aux enchères en ligne où s'affrontent les fournisseurs d'énergie. Les consommateurs ont ensuite le choix d'accepter ou de rejeter l'offre.
« Pour les fournisseurs d'énergie, c'est un bon moyen de se faire de nouveaux clients », a expliqué Filip Vissers d' iChoosr, la plateforme qui organise ces ventes en Belgique. « Les entreprises énergétiques font tout ce qu'elles peuvent pour remporter la vente, leurs offres sont parfois inférieures au tarif [social]. »
Cinq provinces belges utilisent aujourd'hui ce système d'achat groupé pour le gaz et l'électricité. En comptant les Pays-Bas, quelque 850 000 personnes y ont recours aujourd'hui.
« C'est un marché complexe », a déclaré M. Vissers, mais la précarité énergétique est une problématique tout aussi complexe.
Une question de définition
Suite à l'adoption de la directive de 2009 sur la libéralisation des marchés de l'énergie, qui demandait aux États membres de l'UE de définir la notion de « consommateur vulnérable », les ministres de l'énergie se sont mis d'accord pour produire une définition commune.
Une porte-parole de la DG Énergie de la Commission européenne a toutefois affirmé qu'elle ne savait pas si ce projet était en cours ni quand il serait mené à terme.
Dans le cadre d'une révision de la directive européenne sur l'efficacité énergétique des bâtiments, un amendement proposant une définition de la précarité énergétique similaire à celle des Britanniques a été avancé. La définition proposée était donc : « une situation dans laquelle un foyer doit dépenser plus d'un dixième de son revenu pour régler ses factures, afin de chauffer sa propriété à un niveau acceptable, selon les niveaux recommandés par l'OMS [l'Organisation mondiale de la santé]. »
Il s'agit toutefois d'une question plus complexe, selon certains groupes comme l'EPEE (European Partnership for Energy and the Environment), car la précarité énergétique est un « phénomène à plusieurs facettes » qui reflète la profondeur et la variété des conditions.
Selon une étude de l'EPEE, le nombre de foyers espagnols en proie à la précarité énergétique « peut varier d'un facteur de cinq » selon des critères qualitatifs (comme l'humidité, la capacité et les retards de paiement), au lieu d'une part de 10 % du revenu.
Dans ce rapport l'organisation a néanmoins reconnu que les locataires à bas salaire étaient la catégorie la plus affectée par la précarité énergétique.



