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La qualité médiocre de l'air en Bulgarie reflète un problème à l'échelle de l'UE

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Publié 14 novembre 2011, mis à jour 16 novembre 2011

La pollution chronique fait de la Bulgarie l'un des endroits les plus irrespirables en raison de la pauvre qualité de l'air, et ce malgré des années d'efforts pour améliorer les contrôles et se conformer aux normes européennes. La Bulgarie n'est toutefois pas la seule à rencontrer ce type de problèmes et cette question suscite de plus en plus d'inquiétude au sein des Etats membres.

Depuis son adhésion à l'EU en 2007, la Bulgarie a fait des progrès réguliers en matière de surveillance de l'environnement et de réglementations sur la qualité de l'air, de l'eau et de l'environnement.

Selon certains analystes, ces initiatives n'ont pourtant pas été correctement mises en oeuvre, et les autorités nationales et européennes n'y ont pas porté suffisamment d'attention.

« Nous disposons d'excellents systèmes de réglementation et de surveillance, mais notre plus gros problème est qu'il n'existe pas d'agence d'Etat pour mettre ces règles en œuvre », a déclaré Georgi Stefanov, responsable politique et changement climatique du WWF. « Nous avons tout ce qu'il faut, mais rien n'est mis en œuvre. »

Alors que la Commission européenne commence à envisager de modifier la directive de 2008 de l'UE sur la qualité de l'air, les analystes avancent que la Bulgarie, à l'instar de nombreux autres pays de L'Union, n'est pas parvenue à mettre en œuvre cette directive.

La Commission devrait remettre à jour ses normes sur la qualité de l'air d'ici à 2013.

A la fin de l'ère communiste en 1989, l'industrialisation lourde a laissé un héritage toxique en Bulgarie. Aujourd'hui, toutefois, les problèmes qu'elle rencontre sont plutôt liés à la vétusté son infrastructure industrielle et énergétique, ainsi que de son réseau de transports.

Selon M. Stefanov, la pauvreté y contribue également, notamment dans le cas des communautés nomades qui dépendent du bois et d'autres combustibles de chauffage et de cuisine, qui affectent la qualité de l'air, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur des bâtiments.

Selon le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), la mauvaise qualité de l'air a des conséquences mortelles en Bulgarie et en Roumanie, avec le second taux de mortalité lié à la pollution de l'air urbain, juste derrière l'Arménie.

Le Rapport de développement humain du PNUD en 2011, publié le 2 novembre, démontre que bien que le taux de mortalité annuel lié à la qualité de l'air soit légèrement plus élevé en Roumanie (439 décès par million d'habitants, contre 437 en Bulgarie), la Bulgarie est en tête de liste en matière d'intensité de la pollution de l'air en Europe. Elle fait partie des 25 % de pays les plus pollués sur les 187 inclus dans le rapport.

Seule l'Arménie a un taux de mortalité annuel plus élevé que ces deux pays de l'UE, avec 882 cas de décès par million d'habitants, dans un pays qui ne compte que 3 millions d'individus.

Les conclusions du PNUD mettent en exergue les risques énormes que représentent la pollution de l'air au-delà de la Bulgarie, dont le niveau de pollution urbaine est deux fois plus élevé que la moyenne régionale. Selon le rapport, la Turquie, candidate à l'adhésion européenne, a également un niveau élevé de pollution urbaine avec 37 microgrammes par mètre cube, contre 25 microgrammes en moyenne dans la région.

Au sein de l'UE, la Commission a pris des mesures à l'encontre des 20 Etats membres qui violaient les normes de qualité de l'air.

Pas de monopole sur la mauvaise qualité de l'air

Même si la directive européenne sur la qualité de l'air devrait être modifiée, certains experts de santé pensent que nous ne sommes pas suffisamment attentifs à la qualité de l'air extérieur.

« La plupart des décisions politiques prises en ce moment négligent souvent de prendre en compte les problèmes de santé publique, ou n'y accordent pas assez d'importance », a déclaré Juha Pekkanen, un physicien à la tête du département de santé de l'institut de santé publique finlandais THL.

D'après M. Pekkanen, la pollution de l'air représente une menace sérieuse pour la santé. Il a affirmé que près de 2000 Finlandais succombaient chaque année à une exposition à des matières particulaires sur le long terme. Il appelle à des politiques plus solides visant à réduire la pollution de l'air grâce à des combustibles plus propres et une meilleure efficacité des transports.

Les écologistes craignent également que les règles souvent contradictoires de l'UE et des Etats (des décisions sur le diesel et les biocarburants aux politiques énergétiques qui subventionnent encore l'industrie charbonnière) ne tiennent pas compte de la nécessité d'améliorer la qualité de l'air.

Les polluants atmosphériques, notamment le dioxyde de soufre émis lors de la combustion du charbon ou par le plomb présent dans les carburants automobiles, ont été en partie responsables de la mort de 370 000 personnes dans toute l'Europe en 2000. Même avec des normes de qualité de l'air plus strictes et une réduction drastique des toxines, l'Agence européenne pour l'environnement (AEE) estime que le taux de mortalité sera toujours de 230 000 en 2020.

Selon les statistiques de l'AEE sur les dix dernières années, 20 à 50 % des citadins européens étaient exposés à des niveaux de concentration particulaire supérieurs aux normes journalières, provoquant des effets à court terme tels que des démangeaisons oculaires ou des problèmes de sinus, voire des problèmes respiratoires à long terme, des maladies cardiaques ou des cancers.

Mais les politiques, aussi bien intentionnées soient-elles, n'aboutissent pas toujours aux meilleurs résultats. L'UE a encouragé l'utilisation du diesel au lieu de l'essence, car c'est un carburant plus efficace qui émet moins de dioxyde de carbone, même s'il produit plus de pollution particulaire, tout aussi dangereuse pour l'homme. Les biocarburants sont plus propres que les carburants fossiles, mais on s'interroge toutefois sur l'impact de leur production sur la qualité de l'air, les sols et les ressources en eau.

Même le changement d'opinion sur la sécurité de l'énergie nucléaire pourrait engendrer un bouleversement de la qualité de l'air. À court terme, les pays comme la Belgique et l'Allemagne, qui souhaitent éradiquer l'énergie atomique, devront utiliser des combustibles fossiles pour combler le fossé entre la demande et l'approvisionnement.

La mauvaise qualité de l'air en Bulgarie

La Bulgarie, quant à elle, devrait appliquer des mesures drastiques pour améliorer sa gestion de la pollution. En outre, suite à des tensions avec la Roumanie, les deux pays doivent à présent oeuvrer en faveur d'une surveillance de la pollution à leurs frontières le long du Danube afin de respecter les accords de l'ONU sur la pollution transfrontalière.

La Bulgarie a cependant un long chemin à parcourir pour mettre en pratique les règles nationales et communautaires définies sur papier. L'année dernière, la Commission a mis en garde le pays contre sa violation des limites d'émission de dioxyde de soufre, notamment par les usines de charbon. Le dioxyde de soufre est partiellement responsable des pluies acides et, à fortes concentrations, peut entraîner de sérieux  problèmes respiratoires pour l'Homme.

M. Stefanov du WWF a déclaré qu'il se plaignait régulièrement, en vain, auprès des autorités des alentours de Sofia à propos des incinérations illégales de déchets ou de pneus visant à récupérer des pièces métalliques destinées au recyclage.

Selon lui, les véhicules anciens, provenant principalement des autres Etats membres, contribuent au smog urbain, et ce problème pourrait être réglé en imposant une taxe sur les véhicules polluants. Le gouvernement et les municipalités ont mis plus de temps que les entreprises privées pour moderniser les réseaux publics d'électricité et les centrales thermiques par le biais de filtres de fumées d'usine.

Il déplore le manque de volonté politique, avec un gouvernement qui préfère se concentrer sur la croissance économique et l'emploi.

« Aucun de nos hommes politiques ne fait le lien entre la pollution de l'air et la santé publique », a-t-il affirmé le jour suivant les élections locales et présidentielles du 30 octobre. Il considère que la Commission européenne se montre trop indulgente en matière de mise en oeuvre des réglementations sur la qualité de l'air et d'autres normes environnementales.

« Ils attendent encore et encore, jusqu'à ce qu'il soit trop tard. »

Prochaines étapes : 

Janvier à mi-2012 : phase de consultation sur la révision de la directive européenne sur la qualité de l'air.

Début 2013 : la directive révisée sera examinée par le Parlement européen.

2013 : « Année de l'air » annoncée par le commissaire à l'environnement, Janez Potočnik.

Timothy Spence — Article traduit de l'anglais
Centrale de chauffage urbain en Bulgarie. Photo de Anton Popov/Dnevnik
Contexte : 

La pollution de l'air comprend plusieurs particules : la fumée, la saleté et la poussière issues des grosses particules (PM10); les métaux et les fumées toxiques issues de la fonte de métaux, des gaz d'échappement, des centrales nucléaires et de l'incinération des déchets (matières à fines particules PM2.5).

La directive de 2008 sur la qualité de l'air visait à harmoniser et renforcer la législation européenne sur la pollution et les normes de qualité de l'air. Elle devrait être révisée d'ici 2013, et le commissaire à l'environnement, Janez Potočnik, souhaite consolider et réunir de nombreuses réglementations européennes sur la qualité de l'air et la pollution en une seule loi générale.

Les normes de 2008 imposent des objectifs de réduction des concentrations de fines particules, décrites par les professionnels de santé comme dangereuses pour la santé de l'Homme. Ces polluants sont partiellement responsables de problèmes respiratoires et sinusaux, entre autres.

Selon cette directive, les Etats membres sont tenus de réduire leur exposition aux matières à fines particules de 20 % en moyenne d'ici 2020, par rapport aux niveaux de 2010.

La plupart des politiques appliquées proviennent de la stratégie de 2005 sur la pollution de l'air, qui vise à réduire les émissions de dioxyde de soufre (SO2)  de 82 %, les émissions d'oxyde d'azote (NOx) de 60 %, les émissions de composés organiques volatiles de 51 %, les émissions d'ammoniac de 27 %, et les particules primaires de 59 % par rapport aux niveaux de 2000.

Les groupes de protection de la santé pensent que les coûts engendrés par la réduction des émissions, grâce à des filtres de fumées d'usine, des véhicules propres et l'adoption de carburants renouvelables, seraient plus que compensés en évitant les complications liées à la mauvaise qualité de l'air.

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