Dan , le personnage central d'une vidéo satirique de lutte contre le tabagisme financée par l'UE, fait peut-être de son mieux pour protéger la santé des autres, mais ses cigarettes ne sont pas les seules sources de pollution intérieure dangereuses.
Après le succès des campagnes visant à limiter le tabagisme dans les lieux publics, les défenseurs de la santé exhortent à présent la Commission européenne à examiner de plus près les autres dangers de la pollution de l'air et à renforcer les réglementations sur les produits chimiques présents dans d'innombrables produits que l'on retrouve dans les foyers et sur les lieux de travail.
Pourtant, améliorer la qualité de l'air à l'intérieur des bâtiments ne s'avère pas aussi facile que de vivre dans une bulle.
« Il s'agit d'une question très complexe qui mêle facteurs biologiques et facteurs chimiques. On peut difficilement affirmer qu'il n'y a qu'un seul problème », a déclaré Anne Stauffer, la directrice adjointe du groupe de pression Alliance pour la santé et l'environnement (HEAL).
« Mais nous sommes certains que la qualité de l'environnement extérieur joue un rôle important », a-t-elle affirmé lors d'un atelier sur la qualité de l'air, organisé récemment par EurActiv. « Nous percevons également les émissions chimiques des produits de consommation comme un sujet d'inquiétude ».
Les émissions dégagées par les véhicules et l'industrie, à l'origine de la pollution particulaire tenue responsable de milliers de décès chaque année à travers l'UE, sont la première cause de pollution intérieure. De nombreux pays ne parviennent pas à mettre en œuvre les lois européennes sur la qualité de l'air, ce qui représente un pas en arrière en matière de pollution intérieure et extérieure.
A l'instar de la fumée de cigarette, certaines causes majeures de la mauvaise qualité de l'air intérieur, comme l'humidité, le radon et l'amiante, sont régies par des lois sur la santé et des réglementations relatives à la construction. Ces sources de pollution peuvent être évitées dans la construction de nouveaux bâtiments, et identifiées et neutralisées dans les structures existantes.
Au-delà de REACH
L'Alliance et d'autres groupes assurent cependant qu'il faudrait en faire davantage pour éliminer les produits chimiques qui sont une source de pollution intérieure.
Ils invitent la Commission européenne à élargir sa réglementation sur les produits chimiques, REACH, qui devrait être révisée en 2012.
Un fonctionnaire de la Commission a déclaré à EurActiv que cette révision se concentrerait probablement sur la mise en œuvre des règles actuelles, plutôt que sur une modification majeure de la législation, qui est entrée en vigueur en 2007 après une douzaine d'années de tensions continues entre l'industrie et les groupes militant pour la protection de la santé.
Cette perspective inquiète le secteur de la santé et les groupes de consommateurs, qui souhaitent ajouter des centaines de produits chimiques à la liste noire de l'UE, et que davantage d'informations soient mentionnées sur les produits à l'intention des consommateurs.
« Les lacunes de la législation européenne sur les produits chimiques sont généralement liées au fait que nous ne disposons pas d'un cadre horizontal pour les substances chimiques présentes dans les produits », a affirmé Sylvia Maurer, responsable des politiques de sécurité et de l'environnement du Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC).
Selon Mme Maurer, les politiques disparates ne prennent en compte que certains produits, ce qui rend la mise en œuvre difficile. « Nous n'avons rien pour lutter contre les produits chimiques en général, ce qui n'est pas cohérent. Certains composants chimiques, par exemple, peuvent être interdits dans la fabrication de jouets, mais pas dans les textiles ou dans d'autres produits. »
Mme Maurer a déclaré à EurActiv qu'une application plus vigoureuse des règles serait nécessaire, notant que selon une récente étude publiée par son organisation, les entreprises enregistraient des résultats peu reluisants en matière de respect des exigences d'information au consommateur sur la composition chimique des produits, imposées par REACH.
« Nous espérions que ce droit à l'information des consommateurs permettrait de tirer les choses au clair dans la chaîne d'approvisionnement », a-t-elle poursuivi. « Mais quand cet outil ne fonctionne pas, les consommateurs ne sont pas en mesure de jouir de leur droit à l'information pour réclamer des produits qui ne contiennent pas certains composants chimiques. »
Des risques supplémentaires
Dans le même temps, l'industrie chimique assure qu'elle tient compte des inquiétudes des consommateurs et se considère comme une cible facile pour les critiques.
Loredana Ghinea, chargée de la politique d'innovation et des avancées scientifiques du Conseil européen de l'industrie chimique, considère qu'il est « un peu absurde » de montrer du doigt les composants chimiques des produits de consommation alors que d'autres facteurs, notamment la mauvaise qualité de l'air urbain, représentent des sources majeures de pollution intérieure.
« Nous devons nous pencher sur la question de l'interactivité et décider ce que nous pouvons mettre en place, quelles sont les mesures possibles pour s'assurer que l'impact sur la santé soit bien pris en compte », a-t-elle déclaré, ajoutant que le CEFIC apportait un soutien important à la recherche pour la sécurité chimique.
Le secteur de la santé souhaite toutefois que l'UE s'investisse davantage.
Le comité permanent des médecins européens a exhorté l'UE à imposer le remplacement des produits chimiques dangereux par des alternatives plus sûres lorsque cela est possible.
Le secrétariat chimique international Göteborg, en Suède, définit 378 composants chimiques utilisés dans des produits de consommation comme « des substances extrêmement préoccupantes » qui devraient être remplacées par des alternatives plus sûres, en application du règlement européen sur les produits chimiques.
L'Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a publié en octobre 2008 la première liste possible des 15 substances chimiques les plus inquiétantes. Cette liste a depuis été mise à jour et comprend maintenant plus de 50 substances.
L'une des substances les plus utilisées que le groupe souhaite placer sous surveillance est le formaldéhyde, un composé souvent utilisé dans les produits désinfectants, les cosmétiques, les textiles, les produits dérivés du bois et la peinture. Ce composé est également libéré dans l'atmosphère par l'incinération de matières organiques et l'utilisation de poêles à bois, qui rencontrent un succès grandissant dans les pays d'Europe Centrale et du Nord.
La réglementation de ces substances est un terrain politiquement miné dans la mesure où les sources ne sont pas toujours facilement identifiables. Le formaldéhyde, par exemple, n'est pas seulement produit par l'homme. Il est également présent dans des sources naturelles telles que les fruits pourris, les mégots de cigarette ou même la bière.


