L'eau est une ressource très convoitée. Les pays européens sont de plus en plus touchés par la sécheresse et la raréfaction de l'eau.
Plus de 11 % des Européens et 17 % du territoire de l'Europe ont été affectés par la raréfaction de l'eau ces dernières années. C'est ce qu'a récemment expliqué la Commission à l'occasion de sa révision de la politique actuelle. Pour l'UE, les pertes s'élèvent à environ 100 milliards d'euros de dommages et de potentiel économique gâché.
Quelque 20 % de l'eau utilisée en Europe sont destinés à un usage public pour les habitations et les bâtiments qui en sont les premiers consommateurs, selon la Commission.
Certains observateurs notent toutefois que les économies d'eau potentielles ne sont pas réalisées de la même manière dans tous les États membres et que la réglementation de l'UE n'est pas encore appliquée dans tous les pays.
« La directive-cadre sur l'eau n'a pas été mise en oeuvre », a constaté Sarolta Tripolszky du Bureau européen de l'environnement (BEE), une ONG. Lors d'un atelier organisé par la Fondation EurActiv le 10 mai dernier, elle a déclaré que les groupes de défense de l'environnement avaient exhorté la Commission à prendre davantage d'initiatives par le biais de cet instrument législatif ambitieux visant à protéger les ressources en eau de l'Europe.
La Commission devrait publier en novembre prochain un plan détaillé sur les politiques de l'eau à l'horizon 2020. Il s'agit du programme de sauvegarde des eaux européennes. Bien que ce document soit censé aborder la question de la sécurité de l'eau, la balle reste dans le camp des États membres, ont précisé des fonctionnaires de l'UE.
Fuites d'eau
« L'objectif premier de ce programme est de réduire les fuites. Nous n'avons cependant pas besoin d'objectifs, car les différences entre les États membres sont significatives », a déclaré Henriette Faergemann, chef de l'unité « pénurie et sécheresse » de la DG Environnement de la Commission européenne.
L'eurodéputé autrichien Richard Seeber (Parti populaire européen), membre de la commission Environnement au Parlement européen et expert dans les questions relatives à l'eau, estime que les chiffres montrent que le niveau de fuite en Bulgarie atteint les 50 %, contre 3-4 % en Allemagne.
« Nous devons nous garder d'imposer trop de normes aux États membres. Mais je les inviterai à mettre en oeuvre la directive existante qui est efficace », a-t-il précisé.
Les pays européens pauvres aux infrastructures obsolètes ne sont pourtant pas les seuls coupables. Selon l'organisation à but non lucratif European Water Partnership, certaines villes italiennes sont en proie à des niveaux de fuite proches des 70 %, et 35 % à Londres.
Des représentants du secteur estiment qu'il faudrait investir davantage dans du matériel capable de contenir ces fuites, en remplaçant par exemple les vieux conduits en ciment. « Avec les nouvelles matières disponibles, nous pouvons réduire ces fuites de manière significative », a déclaré à EurActiv Hans Telgen, le président de la TEPPFA (European Plastic Pipes and Fittings Association).
Des normes pour une utilisation efficace de l'eau
Au-delà des objectifs, la Commission prend en compte la technologie et la gestion de l'eau. Elle examine également la capacité des produits qui permettent une meilleure utilisation de l'eau à agir sur l'efficacité des bâtiments.
Les économiseurs d'eau pour les douches, qui devraient être introduits dans la directive européenne relative à l'écoconception, sont un bon exemple de produits qui pourraient améliorer l'efficacité globale des bâtiments et réduire les factures d'eau. « C'est une solution très facilement applicable », a déclaré Mme Tripolszky.
M. Seeber pense toutefois que cette mesure n'est pas nécessaire, car des robinets efficaces sont déjà sur le marché, à la disposition des consommateurs.
« On ne doit pas dire au gens quelle pomme de douche ils doivent utiliser », a affirmé M. Seeber avant d'ajouter que la consommation domestique d'eau ne représentait que 7 % de la consommation d'eau, bien moins que l'agriculture ou l'industrie.
Les niveaux de fuite sont certes différents d'un pays européen à l'autre, mais les États membres ont en commun la recherche et l'innovation, a souligné Luisa Prista, chef de l'unité Technologies environnementales de la DG Environnement de la Commission.
« Les défis sont significatifs à l'échelle de l'UE, mais les besoins sont très variés et les modes de gestion sont différents », a-t-elle expliqué lors de l'atelier de la Fondation EurActiv.
Appliquer les techniques existantes
Bien que l'UE soit un leader mondial dans le domaine des politiques de l'eau, les États membres sont à la traîne en matière de mise en oeuvre.
« Nous avons dépensé plus de 500 000 euros dans des technologies innovatrices relatives à l'eau, il est temps de mettre en oeuvre les résultats de ces recherches », a martelé Mme Prista.
« Nous devons passer du développement à la démonstration de ces technologies, puis à leur mise en oeuvre », a-t-elle ajouté.
Elle a pour cela suggéré une approche intersectorielle et une action coordonnée de l'UE et des autorités régionales et locales : « Nous avons besoin d'un partenariat à l'échelle européenne. »
Dans le même temps, les fabricants de tuyaux estiment que l'UE devrait encourager l'innovation et les mesures efficaces déjà prises par le secteur via la réutilisation d'eau dans les bâtiments et la conservation, par exemple.
« Je pense que la Commission européenne n'est peut-être même pas au courant que nous prenons ce type de mesures », a déploré M. Telgen. « Si ces mesures sont introduites dans une réglementation ou une directive afin que les États membres et les autorités locales soient presque forcés ou du moins incités à utiliser ce type de produits, alors l'eau potable, l'eau de pluie, mais aussi l'énergie pourront être utilisées de manière bien plus efficace. »



