Dans d'autres régions du sud de l’Europe en proie à une sécheresse accrue, le dessalement est source d'opportunités pour les agriculteurs et les foyers à la recherche d'eau douce, selon les organisations qui considèrent cette technique comme vitale pour l'Union européenne et l'approvisionnement en eau à long terme.
« Sans cela, nous sommes perdus », a déclaré Miriam Balaban, la secrétaire générale de la European Desalination Society à Rome. « Il n'existe qu'une seule autre source d'eau, c'est l'eau des usines qui est traitée, mais certaines personnes refusent de la boire. »
La Commission européenne devrait publier une proposition sur la sauvegarde des ressources en eau cette année. Ce document consistera en une analyse des risques de sécheresse et de pénurie, tout en proposant des alternatives au puisement de l'eau dans les rivières et les nappes aquifères pour répondre à la demande.
Les distributeurs d'eau en Espagne, ainsi qu'en Italie, en Grèce et à Malte, se tournent de plus en plus vers le dessalement pour répondre aux besoins en eau douce lors des sécheresses, alors que les rivières et les réservoirs s'assèchent en raison du changement climatique et de la demande de l'agriculture et des ménages.
Chypre génère plus de 60 % de son eau potable grâce à des centrales de dessalement, selon les chiffres du gouvernement. Dans les régions pluvieuses, comme Londres ou Amsterdam, l'eau saumâtre est traitée pour la consommation.
L'Europe rassemble 10 % des capacités de dessalement du monde. Le Moyen-Orient est le leader en la matière, avec 70 % des capacités. L'Espagne a quant à elle doublé sa production au cours de la dernière décennie. L'organisation de Mme Balaban cite 180 entreprises européennes qui œuvrent dans ce domaine.
En Espagne, ces entreprises sont notamment Aqualia, Acciona et Bifesa, ainsi que des multinationales comme Dow Chemical, Siemens, Veolia et General Electric qui font partie des leaders mondiaux dans la gestion et la construction de centrales de dessalement.
Malédiction ou bénédiction
Alors que les pénuries d'eau sont source d'inquiétudes dans certains pays d'Europe, le dessalement pourrait représenter une solution.
Cette technique soulève toutefois des questions sur le respect de l'environnement : rendre l'eau de mer potable coûte cher et nécessite un processus très énergivore en fonction du niveau de salinité de l'eau.
Le traitement de l'eau de mer requiert une technologie thermique qui utilise de la chaleur et de la pression pour extraire le sel. Cette technique coûte trois fois plus cher que le traitement de l'eau via un système d'osmose inverse qui utilise des membranes pour enlever les impuretés.
Des organisations vertes, dont le WWF et le Bureau européen de l'environnement, s'inquiètent depuis longtemps du développement des centrales de dessalement et des dommages qu'elles pourraient causer aux habitats côtiers. Elles génèreraient en outre plus de gaz à effet de serre que les centrales d'assainissement traditionnelles.
Un récent rapport rédigé par l'Agence européenne pour l'environnement (AEE) alimente ces craintes. Cette agence de l'Union affirme que le processus de dessalement produit des déchets chimiques et de la saumure, un résidu plus lourd que l'eau de mer qui peut porter atteinte à la faune et à la flore des fonds marins.
L'énergie nécessaire pour purifier l'eau constitue également un problème, selon ce rapport. Le dessalement « pourrait mettre en péril la réduction de la consommation énergétique prévue dans le cadre du paquet climat et énergie de l'UE ».
De l'eau et de l'air plus propres
Le secteur du dessalement affirme qu'il travaille à la réduction de son impact sur l'environnement. Les fabricants des membranes utilisées pour le stade de la purification prennent des mesures pour réduire leur consommation d'énergie et les nouvelles technologies rendent la purification plus efficace, a affirmé Santi Talo, le directeur des ventes pour l'Europe, l'Afrique et le Moyen-Orient d'Hydranautics, un producteur de membranes.
« La consommation d'énergie est cruciale et les entreprises [de dessalement] tentent de réduire leur consommation et de rendre la production plus efficace », a expliqué M. Talo lors d'un entretien.
Mme Balaban, de la European Desalination Society, a rejeté ces critiques et a affirmé que les décideurs politiques européens n'en faisaient pas suffisamment pour promouvoir une technologie qui pourrait permettre de répondre aux problèmes liés à la raréfaction de l'eau. A titre d'exemple, le partenariat d'innovation européen dans le domaine de l'eau, annoncé le 14 mai dernier, ne cite pas le dessalement dans ses propositions.
Les énergies renouvelables pourraient permettre de régler le problème des émissions de carbone, ce qui se révèlerait moins coûteux sur le long terme, a-t-elle expliqué.
Selon Mme Balaban, le coût de la purification de l'eau de mer se rapproche de celui du traitement des eaux souterraines et des rivières, car ces systèmes coûtent de plus en plus cher en raison de la pollution et de la contamination.
« L'eau conventionnelle devient rapidement plus chère et le dessalement moins cher, la différence est de plus en plus mince », a déclaré M. Balaban.
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