La population mondiale devrait passer de 7 milliards à environ 10 milliards d'habitants d'ici 2050. La raréfaction des ressources est donc au centre des préoccupations des décideurs du monde entier.
« Nous sommes confrontés à un réel problème », a déclaré Lars H. Thunell, un Suédois nommé en 2006 au poste de vice-président exécutif de la Société financière internationale (SFI) qui fait partie du Groupe de la Banque mondiale.
« Le problème, c'est la raréfaction des ressources en eau et il existe deux moyens d'y remédier », a expliqué M. Thunell à EurActiv lors d'un entretien.
« L'une des solutions est de commencer le rationnement, une mesure très efficace, mais qui a des effets indésirables. La deuxième solution est d'augmenter les prix, mais il faut le faire de manière responsable sur le plan social. »
L'eau, un droit fondamental
Peu importe la manière d'aborder le problème, la raréfaction des ressources en eau dans le monde forcera les décideurs politiques à fixer un prix pour cette ressource de plus en plus rare, a-t-il affirmé.
Etant donné que l'accès à l'eau potable est officiellement reconnu comme un droit fondamental par les Nations unies, les entreprises et les agriculteurs devront payer le prix.
« Nous devons reconnaître que disposer d'une certaine quantité d'eau par jour est un droit de l'Homme. C'est un fait. Mais il faut garder à l'esprit que seul 1,5 % de l'eau utilisée l'est à ces fins », a argué M. Thunell.
Il faudra donc introduire des mesures de tarification pour gérer les 98,5 % d'eau utilisés à d'autres fins, surtout l'agriculture, les ménages et l'industrie.
« Dans un monde où les ressources se raréfient, il faut fixer des prix. Mais il faut également prendre en compte la dimension sociale », a ajouté M. Thunell.
« Par exemple, en Afrique du Sud, vous recevez une certaine quantité d'eau gratuite chaque jour, mais si vous voulez l'utiliser à des fins industrielles, pour remplir une piscine ou prendre dix douches par jours, vous devez payer. »
Pas de solution miracle
M. Thunell a cependant insisté sur le fait qu'il n'existait pas de solution miracle. L'eau ne peut pas être transportée facilement et il faut donc trouver des solutions au niveau local pour chaque bassin.
C'est ce que l'UE tente de faire via sa directive-cadre sur l'eau. Adoptée en 2000, cette directive a introduit un modèle de gestion de l'eau fondé sur les bassins fluviaux et les zones géographiques, plutôt que sur les frontières administratives ou politiques. Elle stipule que pour chaque bassin, un plan de gestion doit être défini et mis à jour tous les six ans par les autorités compétentes.
Un aspect clé de la directive est l'obligation pour tous les pays d'instaurer des politiques de tarification. Ces politiques devraient encourager une utilisation plus efficace de l'eau et couvrir le coût des services de base, comme le traitement des eaux usées et la maintenance des systèmes de distribution.
Toutefois, la manière dont les gouvernements ou les entreprises couvrent ces coûts est une question très politique qui doit être abordée au niveau local, y compris pour les problèmes sociaux qu'elle implique.
« Il faut se rendre compte que [la tarification de l'eau] peut engendrer des problèmes pour la population », a souligné M. Thunell. « D'un autre côté, nous devons admettre que les investissements dans [les infrastructures] sont à la traîne. De nombreux systèmes de distribution d'eau dans les grandes villes du monde, y compris dans les pays développés, ont enregistré des pertes allant de 30 à 40 %. Ce n'est pas viable, nous devons investir. »
Implication du secteur privé
C'est la raison pour laquelle M. Thunell estime que des investisseurs tels que la SFI ont un rôle à jouer en finançant des partenariats public-privé pour les infrastructures de distribution de l'eau.
Dans la mesure où les budgets alloués à l'aide au développement ont été réduits en raison de la crise économique, M. Thunell pense que la SFI pourrait mobiliser les fonds privés nécessaires pour investir dans des infrastructures de distribution et d'assainissement.
Il a néanmoins rejeté l'idée que les entreprises privées de distribution d'eau puissent être les garantes d'une bonne gestion. « Non, je ne pense pas que ce soit une garantie », a-t-il déclaré, soulignant que les décisions dans ce domaine devraient être prises à l'échelle locale.
L'implication de la SFI dans les projets liés à la gestion de l'eau dans des pays tels que les Philippines s'est révélée controversée, certains dénonçant des tentatives de privatiser la distribution de l'eau dans les pays pauvres.
M. Thunell a reconnu que certains projets financés par la SFI auraient pu être couronnés de succès. « Je sais que nous avons un projet à Manille où la moitié de l'eau pour la ville a été privatisée et l'autre moitié perdue. »
Il ne faut pas pour autant négliger l'implication du secteur privé, selon lui.
« L'une des solutions est d'impliquer le secteur privé. Ce n'est pas une solution miracle, mais il faut conserver un certain équilibre », a-t-il martelé.
« Ce sont des questions sensibles et très politiques, il faut analyser chaque situation individuellement. »
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