« Je pense que la Commission européenne devrait élaborer une série de mesures visant à promouvoir sa vision d'une croissance soutenue pour le secteur des voitures électriques », a déclaré Ayoul Grouvel lors d'un entretien accordé en exclusivité à EurActiv.
« Il pourrait s'agir d'une autorisation pour un nouveau niveau de taxe ou d'une politique plus générale pour les véhicules électriques en Europe », a-t-il précisé avant d'ajouter que les subventions au secteur étaient actuellement inégalement réparties à travers l'UE.
« Je pense que beaucoup de travail reste à faire », a-t-il ajouté.
Pour jouer son rôle et limiter le réchauffement climatique à 2 °C, l'UE s'est engagée à réduire ses émissions de carbone de 80 à 95 % d'ici 2050, par rapport aux niveaux de 1990. Dans le secteur des transports, cet objectif se traduit par une réduction de 70 % des émissions de gaz à effet de serre, selon les chiffres de 2008.
Les voitures électriques représentent le moyen le plus rentable de réduire à long terme les émissions de CO2 des transports et, si le marché européen en plein essor continue de doubler chaque année, ces véhicules représenteront 3 à 4 % des ventes de voitures d'ici 2020, a expliqué M. Grouvel.
Mais comme pour les innovations comme les téléphones portables et les iPads, il faudra compter au moins dix ans avant que les consommateurs y soient habitués. Dans le même temps, les coûts de la recherche sur les batteries étaient étroitement liés aux voitures équipées de moteurs à combustion interne (MCI) de manière non durable.
« Pour permettre au marché de se développer, il faut compenser cela, pas de façon indéfinie, mais pour un certain laps de temps », a-t-il expliqué.
Les spéculations sur l'ouverture d'une enquête antidumping à Bruxelles sur les constructeurs automobiles sud-coréens Hyunadi et Kia Motors ne sont « pas le problème du jour », selon M. Grouvel. Il faut se concentrer sur l'acceptation des voitures électriques par le grand public.
Mesures d'Arnaud Montebourg
Arnaud Montebourg, le ministre français du redressement productif, a récemment annoncé un train de mesures visant à aider les constructeurs automobiles français en difficulté à acquérir une part importante du marché naissant des véhicules électriques.
Les mesures en question ont suivi l'annonce de la suppression possible de 8 000 emplois chez PSA Peugeot Citroën à cause de la récession. Elles prévoient de :
- faire passer les bonus écologiques à l'achat de voitures électriques de 5 000 à 7 000 euros
- doubler les subventions aux voitures hybrides comme celles proposées par PSA Peugeot Citroën, qui passeront de 2 000 à 4 000 euros
- imposer des amendes aux véhicules polluants
- introduire une obligation de remplacer 25 % du parc automobile du gouvernement par des voitures électriques
- développer rapidement les infrastructures de rechargement électrique dans le pays
M. Grouvel a déclaré que cette proposition répondait à la plupart des attentes de l'industrie automobile et, suite à cette annonce, les ventes de voitures hybrides Peugeot (qui combinent batterie et technologie de combustion) ont triplé au mois d'août.
Le train de mesures de M. Montebourg est, selon M. Grouvel, « l'une des démarches les plus cohérentes en Europe à l'heure actuelle », après celle entreprise par la Norvège. Peugeot aurait toutefois préféré un engagement plus important en matière de taxe sur les véhicules émettant plus de 50 grammes de CO2 par kilomètre (g/km) dans les zones urbaines.
La Norvège, un pays producteur de pétrole, a établi une loi permettant aux véhicules électriques de rouler sur les voies de bus et de bénéficier de places de parking et de bornes de recharge gratuites en centre-ville. La combinaison de ces mesures et de celles de M. Montebourg pourrait servir de base à une réglementation européenne, a suggéré M. Grouvel.
« Nous avons bien des réglementations européennes sur le CO2 et la pollution. Pourquoi ne pas envisager ce type de politique pour développer le secteur des véhicules électriques en Europe ? », s'est-il interrogé.
Des syndicats enthousiastes
Les politiques climatiques transcendent parfois les divisions sociales traditionnelles. Les syndicats de l'industrie automobile sont en effet tout aussi enthousiastes que le patronat à l'idée de soutenir le secteur des voitures électriques.
« Nous prévoyons la création de nouveaux emplois dans le secteur automobile, notamment en raison de la combinaison de technologies qui devront être produites, distribuées et réparées », a déclaré Wolf Jäcklein, conseiller politique de la fédération syndicale IndustriALL, qui affirme représenter 50 millions de travailleurs.
« Nous savons que la technologie du MCI utilisée seule provoquerait une baisse de l'emploi dans les décennies à venir, pour le même nombre de véhicules produits », a-t-il ajouté.
Le nombre d'emplois dans le secteur de la fonderie diminuerait à cause de l'électrification croissante, mais de nouveaux postes seraient ouverts dans le domaine électro-chimique. Les formations dans le domaine de l'électricité haute tension pourraient alors bénéficier aux travailleurs et à l'industrie, a-t-il expliqué.
« Bien sûr, en tant que représentants des syndicats, nous soutenons les politiques favorables aux nouvelles technologies et les investissements dans la R&D pour concrétiser cette transition », a déclaré à EurActiv M. Jäcklein.
« C'est pour le bien de l'industrie automobile et de son avenir à long terme. »


