Les bâtiments publics et commerciaux représentent 25 % du parc immobilier européen, un pourcentage bien faible par rapport aux bâtiments résidentiels.
Toutefois, les efforts en matière d'efficacité énergétique donnent des résultats plus rapides dans les bâtiments publics et commerciaux, dans la mesure où les réductions des factures d'électricité sont bien plus importantes.
Cela devrait suffire pour convaincre les propriétaires de bâtiments de ce type d’investir. Mais c'est sans compter les affres de la crise financière qui les a rendus plus frileux à l'idée d'investir dans l'efficacité énergétique.
« Chaque investissement est examiné à la loupe », a déclaré Adrian Joyce d'EuroAce, une association professionnelle qui représente les grandes entreprises du secteur des économies d'énergie et des services énergétiques.
« En période de croissance, les entreprises sont plus enclines à investir, mais en période d'austérité, elles se concentrent sur leur domaine de prédilection et l'efficacité énergétique en fait rarement partie », a expliqué M. Joyce, qui s'exprime au nom d'entreprises comme Johnson Controls, Saint Gobain, BASF et United Technologies. « Trop peu de projets sont en cours, les entreprises ne s'y mettent pas encore suffisamment. »
Rénover les bâtiments publics, par exemple, peut se révéler très coûteux, dans la mesure où ils ont une valeur historique qui peut compliquer les améliorations traditionnelles en matière d'efficacité énergétique. « Les autorités publiques considèrent encore les dépenses pour l'efficacité énergétique comme une dépense publique », a-t-il précisé.
« Mais selon nous, ce n'est pas la bonne approche, comme le retour sur investissement est rapide. »
Financement
L'une des raisons de la réticence de certains propriétaires est bien souvent le montant de l'investissement de départ et la nécessité de constater des résultats immédiats.
Le fardeau de l'investissement initial peut toutefois être étalé grâce à des sociétés de services énergétiques (SSE), comme la Kreditanstalt für Wiederaufbau (KfW), une banque de développement qui appartient au gouvernement et est basée à Francfort. KfW accorde, via des banques traditionnelles, des crédits à long terme aux propriétaires de bâtiments résidentiels, mais aussi aux autorités publiques et aux entreprises qui souhaiteraient rénover leurs installations ou rendre leur production plus efficace sur le plan énergétique.
Ce qui rend le système de la KfW attractif pour les investisseurs, c'est qu'elle prend à sa charge une partie du risque de l'investissement, ce qui en fait un leader dans le domaine de l'efficacité énergétique. Pour chaque euro dépensé, les investisseurs enregistrent un retour sur investissement de 5 euros, calculé sur la base du nombre d'emplois créés ou de leurs bénéfices. L'Irlande dispose d'un système similaire.
L'obstacle le plus fréquent en termes d'efficacité énergétique demeure cependant la longue attente avant le retour sur investissement. Les propriétaires de bâtiments commerciaux ne devraient toutefois pas s'en faire à ce propos, a argué M. Joyce.
« Ils peuvent investir dans leurs biens, à savoir leurs bâtiments, et ainsi l'investissement n'apparaît pas dans la comptabilité. Ils économisent donc non seulement sur leurs factures d'électricité, mais aussi sur leurs fiches d'impôts », a expliqué M. Joyce.
Selon M. Joyce, généralement, les consommateurs changent d'avis quant à l'analyse coût-bénéfice après un premier audit sur leur efficacité énergétique, et ce même en temps de crise.
« De nombreux consommateurs ne savent pas combien ils pourraient économiser », a déclaré Michel van Roozendaal, chargé des solutions énergétiques chez Trane, une entreprise mondiale spécialisée dans les services d'efficacité énergétique pour le secteur public et commercial.
Dans certains cas, le retour ne survient que six moins plus tard si les entreprises opèrent dans un secteur où le gaspillage d'énergie est important, a expliqué M. van Roozendaal. De manière générale, le retour sur investissement est enregistré deux à cinq ans plus tard.
Avantages sociaux et sanitaires
Malgré leurs réticences à investir, de nombreuses entreprises européennes s'adonnent actuellement à des rénovations de leurs bâtiments pour les rendre plus efficaces sur le plan énergétique, a affirmé Maureen Lally de Trane. Bien que la principale raison de leur choix soit économique, les entreprises optent pour des bâtiments à faible intensité énergétique pour des questions de productivité et de bien-être des employés, a-t-elle ajouté.
M. Joyce pense lui aussi qu'il s'agit d'un « bon marché » pour les bâtiments commerciaux, mais il reste persuadé que ce n'est pas suffisant. Il s'est plaint de l'attitude des propriétaires et du fait que les textes et les débats politiques sont trop cloisonnés.
« Tout le monde semble se concentrer uniquement sur les mesures économiques, mais les avantages sont aussi de nature économique et sociale. Dans les bâtiments rénovés, la productivité est accrue et le confort également », a-t-il expliqué.
Fiers d'être verts
Lorsque les raisons économiques et sociales ne suffisent pas à convaincre les entreprises ou les organismes publics à rendre leurs bâtiments plus verts, l'argument des relations publiques fonctionne bien souvent, a déclaré Jon Slowe, directeur du Delta Institute for Energy. La réputation joue un rôle central pour les entreprises. Lorsqu'elles s'améliorent sur le plan énergétique, les entreprises peuvent adapter leur message commercial et mettre en avant leur responsabilité en matière de gestion de leur empreinte carbonique.
La plupart des grandes entreprises, sinon toutes, disposent déjà de plans de durabilité. Tous les secteurs se sont déjà adonnés à ce genre d'améliorations.
Dans le secteur de l’hôtellerie, une meilleure efficacité énergétique implique davantage de confort pour les clients, également sur le plan sanitaire. Il est possible, par exemple, de mettre en marche l'air conditionné une fois la carte de la chambre passée dans le boîtier à l'entrée. Les réceptionnistes ou des appareils spécialisés peuvent en outre contrôler la température des chambres, en vérifier la qualité de l'air et ainsi fournir des services de haute qualité tout en respectant l'environnement.
Les hôtels sont fiers d'avoir recours à ce type de systèmes et ils n'hésitent généralement pas à s'en vanter auprès de leurs clients. A Bruxelles, des hôtels de luxe et des bâtiments du gouvernement se sont vu attribuer un label écologique décerné par la Fédération Inter-Environment Wallonie en 2011, après avoir prouvé leur efficacité en matière de consommation d'eau, d'énergie et de gestion des déchets.
Ce label leur permet de communiquer plus facilement avec leurs clients sur les moyens qu'ils utilisent pour devenir plus respectueux de l'environnement.



