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La directive sur l'efficacité énergétique pourrait multiplier par trois le marché des services de l'énergie

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Publié 05 juin 2012, mis à jour 11 juin 2012

La directive européenne relative à l'efficacité énergétique pourrait envoyer un signal suffisamment clair pour lancer le marché des services énergétique dans les bâtiments commerciaux, ont expliqué des experts du secteur à EurActiv.

Ce projet de loi comporte les plus fortes incitations jamais proposées qui seraient susceptibles de promouvoir le marché des services d'amélioration de l'efficacité énergétique, selon de nombreux experts du secteur.

Dans sa forme actuelle, l'ébauche de directive enjoint les gouvernements centraux à rénover 3 % des bâtiments qu'ils occupent par an. Elle oblige également les entreprises énergétiques à économiser 1,5 % d'énergie par an vis-à-vis de leurs clients, notamment les propriétaires de grands bâtiments commerciaux et publics.

En conséquence, les entreprises d'électricité devraient modifier leurs modèles d'entreprise afin de tirer profit de la vente de services énergétiques, plutôt que de se concentrer exclusivement sur l'approvisionnement.

« Si le texte final se situe entre les propositions du Parlement et les recommandations des [États membres],  je pense que nous pourrons aboutir à quelque chose d'assez solide », a expliqué Brook Riley du groupe de défense de l'environnement des Amis de la Terre Europe, à l'issue du dernier tour des négociations tripartites entre les trois institutions de l'UE, le 29 mai dernier.

Cela suffirait pour réellement lancer le marché des services d'amélioration de l'efficacité énergétique, a-t-il ajouté.

Un marché qui devrait tripler

Adrian Joyce, expert senior en politiques chez EuroAce, une organisation représentant les entreprises du secteur des biens et services liés aux économies d'énergie, s'est également montré optimiste. Avec les incitations adéquates, « l'offre et la demande en services relatifs à l'efficacité énergétique devraient doubler et même tripler dans les cinq années à venir », a-t-il fait savoir à EurActiv.

Selon Brook Riley des Amis de la Terre, seules des mesures juridiquement contraignantes pourraient permettre au marché d'attirer les investisseurs dont il a besoin. « Avec une dimension contraignante, nous aurons un réel marché pour les économies d'énergie », a-t-il déclaré. « Les investisseurs ont besoin de garanties de la part de l'État », a-t-il poursuivi avant de citer en exemple la popularité grandissante des  investissements pour l’efficacité énergétique aux États-Unis, où ils sont encouragés par des lois nationales.

En Europe, l'exemple du Danemark est à relever : le secteur public y a garanti un retour sur investissement. Les prix des carburants fossiles ne faisant qu'augmenter, l'entreprise danoise Dong Energy a constaté que la vente de services d'amélioration de l'efficacité énergétique était plus rentable que la vente d'énergie en elle-même.

Cette situation s'est traduite par l'explosion du marché des services d'amélioration de l'efficacité énergétique au Danemark. Associée à des campagnes nationales de sensibilisation et à un changement de comportement de la part des consommateurs, cette évolution a mené à une meilleure isolation des bâtiments et à leur automatisation. Les factures énergétiques s'en sont donc trouvées réduites.

Ce système ne fait pourtant pas l'unanimité. L'Association danoise pour l'énergie a indiqué à EurActiv qu'elle comprenait pourquoi les gouvernements européens restaient sceptiques quant au financement de programmes pour l'efficacité énergétique. Les coûts sont élevés pour des finances publiques déjà en proie à des coupes budgétaires importantes.

« Il faudra toujours assumer des coûts de départ avant de pouvoir économiser de l'énergie. Avec les mesures d'austérité qui touchent toute l'Union, la question de la rentabilité de cet investissement revient inévitablement sur la table », a expliqué un porte-parole de l'association.

Ces mesures ont été prises au Danemark il y a quelque temps, bien avant la crise économique que l'Europe traverse aujourd'hui, mais au moment de la crise pétrolière des années 1970, qui avait poussé les gouvernements à prendre des mesures d'urgence. Même s'il a été difficile à introduire, le système danois a eu des résultats positifs, selon les évaluations qui ont été réalisées.

Le secteur privé prend déjà des mesures

Même si les incitations du gouvernement sont les bienvenues, certaines entreprises n'ont pas attendu l'adoption de règles contraignantes pour proposer des services aux propriétaires de grands bâtiments commerciaux et publics.

« Il est important que les gouvernements offrent des incitations », a déclaré à EurActiv Maureen Lally, du fournisseur de services énergétiques Trane. Cependant, de nombreux propriétaires de bâtiments agissent déjà en sollicitant les services d'entreprises spécialisées, a-t-elle fait remarquer.

Une évaluation de la consommation d'énergie est d'abord effectuée, afin de déterminer dans quel domaine les propriétaires gaspillent le plus d'énergie et comment ils pourraient réduire leurs factures de gaz et d'électricité. « Suite à cette évaluation, nous pouvons identifier les points à améliorer », a expliqué Michel Rozendaal, expert en énergie chez Trane. « Cela peut impliquer l'installation de systèmes de commande ou de nouveau matériel, ou de prendre des mesures de conservation de l'énergie, par exemple. Nous élaborons alors une analyse coût-bénéfice et décidons si cela est envisageable d'un point de vue économique. Nous construisons ensuite des maquettes pour prévoir comment les bâtiments évolueront au fil du temps », a poursuivi cet expert.

Les entreprises comme Trane ont développé leurs propres modèles analytiques au fil du temps, en fonction de leurs projets existants et de certains facteurs comme les conditions météorologiques et géographiques, l'humidité ou le nombre d'heures entre le lever et le coucher du soleil.

Du point de vue du consommateur, la période nécessaire pour rentabiliser cet investissement reste un obstacle majeur. Mais certains experts qui disposent des bons outils peuvent parfois répondre à cette réticence à investir sur le long terme. « Nombreux sont les consommateurs qui se rendent compte qu'ils doivent économiser de l'énergie et commencent à chercher des solutions. Mais beaucoup de gens n'ont aucune idée de ce qui peut être réalisé », a affirmé M. Rozendaal.

La plupart des investissements que nous effectuons chez Trane deviennent rentables au bout de deux à cinq ans. Les bâtiments commencent alors à économiser sur leurs factures énergétiques et parviennent à couvrir l'intégralité des coûts initiaux. Les avantages sociaux sont eux aussi considérables, selon les experts.

La productivité des travailleurs augmente lorsqu'ils sont dans des bâtiments commerciaux ou publics plus confortables, dans un environnement plus sain. C'est du moins ce que pense Adrian Joyce, expert en énergie du groupe EuroAce.

Réactions : 

L'efficacité d'un bâtiment est également liée à la qualité de son système de ventilation. Des pièces mieux ventilées contribuent au confort, à une meilleure santé et à une productivité accrue, selon Ruedi Kriesi, vice-président de l'entreprise Minergie en Suisse, une organisation sans but lucratif qui crée des labels énergétiques pour les bâtiments en Suisse et offre des solutions pour l'efficacité énergétique des bâtiments, ainsi que des certifications et des formations pour les professionnels.

La ventilation réduit le bruit du trafic, évite la moisissure et protège l'environnement intérieur des poussières extérieures, a-t-il ajouté. Pour certains consommateurs énergétiques, ces avantages sont clairement plus importants que la réduction de la consommation d'énergie, a-t-il affirmé.

Prochaines étapes : 
  • 13 juin 2012 : dernière réunion tripartite entre le Conseil, la Commission et le Parlement (à l'exception des réunions techniques régulières) en première (et potentiellement dernière) lecture.
  • 1er juillet 2012 : Chypre succèdera au Danemark à la présidence du Conseil de l'UE.
Ana-Maria Tolbaru — Article traduit de l'anglais
Contexte : 

L'Europe cherche à réduire sa consommation d'énergie primaire de 20 % d'ici 2020, un objectif qui n'est pas juridiquement contraignant.

La directive sur l'efficacité énergétique a été proposée par la Commission en 2011 dans le but d'atteindre cet objectif.

Selon les estimations de la Commission, l'objectif de 20 % ne sera pas atteint à moins que l'UE ne redouble d'efforts en faveur des économies d'énergie.

La Commission européenne propose dans cette directive des mesures individuelles pour chacun des secteurs qui pourraient intervenir dans la réduction de la consommation d'énergie. L'obligation pour les entreprises énergétiques de réduire de 1,5 % par an leur approvisionnement d'énergie aux consommateurs est particulièrement controversée.

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