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Les travailleurs allemands en tête dans la révolution des emplois verts en Europe

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Publié 06 juin 2012

Le programme allemand de rénovation des bâtiments a déjà mobilisé 100 milliards d'euros d'investissements, créant environ 300 000 emplois directs par an, selon un récent rapport de l'Organisation internationale du travail. Il reste toutefois beaucoup à faire pour tenir la promesse des emplois verts, affirment les experts.

Selon le dernier rapport de l'Organisation internationale du travail (OIT), la rénovation du parc immobilier européen a déjà un impact considérable sur l'emploi.

En Allemagne, le programme de rénovation des bâtiments en faveur de l'efficacité énergétique a mobilisé 100 milliards d'euros d'investissements, réduit les factures énergétiques et les émissions de dioxyde de carbone et permis la création de 300 000 emplois directs par an, selon l'OIT.

L'OCDE a elle aussi salué l'Allemagne, leader en matière de politiques pour l'environnement et nouveau « laboratoire de la croissance verte ».

« L'économie européenne génère déjà de nombreux emplois dans le domaine des constructions liées à l'efficacité énergétique. Cette tendance se poursuivra dans les décennies à venir », a affirmé Yves Leterme, secrétaire général adjoint de l'OCDE.

Pour les secteurs impliqués dans l'isolation des bâtiments, la dynamique en faveur de l’efficacité énergétique est très prometteuse en termes d'emploi.

« La rénovation des bâtiments publics et commerciaux pourrait entraîner la création de deux millions d'emplois, relancer l'économie et donner à l'Europe un avantage concurrentiel dans l'économie mondiale », estime Thomas Bauwens de l'organisation PlasticsEurope.

Adapter les compétences et la formation

Le manque de compétences demeure toutefois un obstacle majeur à la croissance verte.

Il faut absolument insister sur la formation de la prochaine génération de travailleurs « verts », a souligné M. Leterme lors de la présentation du rapport de l'OCDE « The Jobs Potential of a Shift towards a low-carbon Economy », le 4 juin.

Depuis le siège bruxellois de la Commission européenne, M. Leterme a expliqué que la transition vers l'emploi vert n'aurait pas lieu sans des efforts pour adapter les connaissances et les compétences des travailleurs.

« Nous avons un besoin énorme de compétences dans ce domaine », a-t-il ajouté. « Mais nul besoin de réinventer la roue. La plupart des connaissances vertes dont les nouveaux entrants sur le marché auront besoin peuvent être progressivement introduites dans les formations et les programmes pédagogiques actuels », a-t-il expliqué.

Paul L. Swain, économiste de l'OCDE et auteur du rapport, reste lui aussi prudent. Il estime que le potentiel d'emplois verts est loin d'être atteint. « L'emploi progresse déjà dans le secteur de l'efficacité énergétique, mais nous sommes aujourd'hui très loin d'en avoir atteint les limites », a-t-il expliqué à EurActiv.

Les experts de la gestion immobilière ont confirmé que le marché de l'emploi vert était encore largement sous-développé. « L'Europe manque de compétences professionnelles dans ce domaine », a fait remarquer Laura Lindberg, en charge des relations publiques pour l'organisme mondial des professionnels de l'immobilier RICS. « Il est très important [...] de tenir compte des lacunes que nous avons en matière de connaissances et de formation professionnelle, afin de mieux les comprendre », a ajouté Mme Lindberg.

Des consommateurs pas assez informés

Il reste encore beaucoup à faire pour stimuler le marché de l'emploi dans le domaine de l’efficacité énergétique.

Du côté de la demande, les consommateurs ne sont pas encore conscients des avantages que présente la rénovation des bâtiments. Mme Lindberg, qui représente les gestionnaires immobiliers et fonciers au RICS, estime que le caractère incomplet des recherches scientifiques est en partie responsable de cette situation. Bien que les programmes de rénovation soient généralement considérés comme bénéfiques d'un point de vue économique, d'autres aspects ne sont pas évoqués.

L’efficacité énergétique « sert à économiser de l'argent et permet de retirer une certaine satisfaction de faire quelque chose qui contribue à notre bien-être, en améliorant par exemple la qualité de l'air ».

« Il s'agit de vivre dans un meilleur environnement. Si vous travaillez dans un endroit chaud, mal isolé et bruyant, votre qualité de vie et de travail diminue », a expliqué Mme Lindberg.

Mais bien sûr, les coûts financiers de ces rénovations sont un fardeau de taille pour les investisseurs en cette période de difficultés économiques. En période de récession mondiale, les propriétaires de bâtiments pourraient opter pour une qualité moindre ou complètement abandonner leurs projets de rénovation. « Les gens décident d'investir dans des équipements moins coûteux, car ce n'est pas une bonne période », a commenté Mme Lindberg.

Selon Paul L. Swain de l’OCDE, certains pays comme l'Australie ont trop rapidement tenté de promouvoir les emplois verts en accordant d'importantes subventions pour la rénovation des maisons et des bureaux. Lorsque le pays est entré en récession en 2009, les autorités australiennes se sont rendu compte que ce système ne fonctionnait pas correctement et que la plupart des financements accordés n'avaient servi à rien. « Ils ont essayé de dépenser cet argent rapidement, ce qui a rendu le contrôle de qualité plus difficile. Cette situation était problématique », a expliqué M. Swain.

Les laissés pour compte de la révolution verte

Du côté de l'offre, la promesse d'une révolution verte de l'emploi a encouragé des milliers d'entreprises du secteur du BTP à demander des accréditations gouvernementales pour reconnaître leurs compétences en matière d’efficacité énergétique.

Ils ont néanmoins été confrontés à de nombreux obstacles. En Angleterre, la crise économique a mis à mal les plans du gouvernement et laissé près de 8000 professionnels accrédités face à une demande insuffisante, a déclaré Martin Russel de RICS London.

L'appellation « expert vert » leur avait en outre déjà coûté cher. Au Royaume-Uni, par exemple, les professionnels doivent verser à l'organisme gouvernemental UKAS près de 7 000 euros pour obtenir une accréditation et pouvoir mettre en oeuvre des mesures d’efficacité énergétique spécifiques dans les bâtiments. Pour être reconnu comme un conseiller en matière d’efficacité énergétique, il faut débourser environ 15 000 euros.

Le trop grand nombre de professionnels de l'efficacité énergétique et leur mécontentement face à la demande insuffisante ont également posé problème en Irlande, selon l’Agence internationale de l'énergie (AIE). La promotion intensive de cursus scolaires par les organismes dispensant des formations commerciales a poussé des milliers de personnes à s'engager sur cette voie, alors que la demande demeurait insuffisante sur le marché.

En Irlande, la demande a fini par grimper, a noté l'AIE. L'Agence en a conclu qu'un certain degré de surplus était nécessaire pour assurer une concurrence saine sur le marché.

Mais les problèmes qui ont découlé de ce surplus ont fini par engendrer un manque de confiance entre les organisations professionnelles et les autorités nationales à propos des accréditations professionnelles, a fait remarquer M. Russel.

« Ce programme suscite un intérêt certain, mais je pense que les gens préfèrent prendre leur temps et faire preuve de prudence. C'est un problème de confiance », a-t-il expliqué.

Il estime toutefois que dans l'ensemble, le marché européen des accréditations pour l'efficacité énergétique progresse et que si la demande s'avère suffisante, les professionnels entreront dans une logique économique qui leur redonnera confiance.

Réactions : 

L’Union européenne a tenté de régler le problème du manque de compétences pour les emplois verts via des programmes de formation spécifiques.

IDES-EDU est un projet européen supervisé par la Commission européenne et conçu pour répondre à la demande en professionnels « verts » en Europe. Ce programme offre des masters et des cours universitaires de troisième cycle dans des classes d'une cinquantaine d'étudiants de plus de 21 ans dans 15 universités européennes.  

« Ce projet était destiné à répondre à la demande sur le marché. Dans le domaine de la conception, la tendance générale est à la rénovation et à la consommation d'énergie faible ou nulle. Il faut alors réunir toutes les expertises nécessaires, ce qui est l'objectif de nos cours », a expliqué à EurActiv Peter Op't Veld, coordinateur du projet IDES-EDU.

Contrairement à certains programmes nationaux comme ceux disponibles au Royaume-Uni et qui se concentrent sur une compétence particulière, les cours de l’IDES-EDU reposent sur une approche fragmentée. Les étudiants acquièrent ainsi des connaissances dans différents domaines.

« Ils seront ensuite diplômés et accrédités dans toutes les disciplines, mais l'objectif premier est de connaître toutes ces disciplines et d'avoir des connaissances de base avant de choisir plusieurs spécialisations approfondies », a expliqué M. Op't Veld.

Ana-Maria Tolbaru, édité par Frédéric Simon - Article traduit de l'anglais
Contexte : 

Les bâtiments sont responsables de plus de 40 % de la demande énergétique européenne et représentent une source majeure d’émissions de gaz à effet de serre, ce qui fait de l’économie d’énergie un élément clé des objectifs européens de lutte contre le changement climatique.

L'instrument clé de l'UE pour atteindre cet objectif est la directive relative à la performance énergétique des bâtiments (EPBD) adoptée en 2002. Elle était censée réduire la consommation d'énergie de l'UE de 6 % maximum, soit bien en deçà de l'objectif de 20 %. Cette directive a été révisée en 2010 (lire le texte dans son intégralité) afin de couvrir les constructions résidentielles et non résidentielles.

>> Lire notre LinksDossier sur l'efficacité énergétique des bâtiments.

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