EurActiv Logo
Actualités & débats européens
- dans votre langue -
Click here for EU news »
EurActiv.com Réseau

TOUTES LES RUBRIQUES

Energies renouvelables et risques de coupures de courant

Version imprimable
Send by email
Publié 09 février 2012

Après des années passées à tenter de convaincre ses détracteurs, le secteur des énergies renouvelables peine encore à convaincre les producteurs d’électricité que l’intégration d’énergies renouvelables comme l’éolien ou le solaire ne représente pas une menace pour le réseau électrique.

La directrice de la politique énergétique d'Eurelectric, une organisation européenne qui rassemble des entreprises d'électricité, a déclaré à EurActiv que l'Europe devrait ralentir son intégration des énergies renouvelables, afin d'éviter des risques de coupures de courant ou d'instabilité du système en raison de la lenteur de la modernisation du réseau transfrontalier.

« La transition doit soit être rapide, ce qui est impossible [car] les réseaux intelligents sont coûteux et la capacité de stockage insuffisante, soit lente en termes d'intégration des énergies renouvelables au système », a expliqué Susanne Nies d'Eurelectric lors d'un entretien téléphonique accordé à EurActiv.

A choisir entre l'objectif de l'UE de tirer 20 % de son énergie, et 35  % de son électricité, des énergies renouvelables d'ici 2020 et la garantie d'un système stable, Mme Nies préfèrerait la stabilité du système pour que les coupures de courant puissent être évitées. Il s'agit là d'un point plus important selon elle.

Mme Nies s'est référée à un rapport faisant état de l'augmentation du nombre d'incidents graves sur le système, qui est passé de 300  à 1000 l'année dernière en Europe du Nord. La République tchèque a failli être frappée par des coupures générales en novembre et décembre 2010.

« Nous souhaitons atteindre les objectifs de 2020, mais nous devons faire preuve d'une grande prudence », a-t-elle déclaré. Dans le pire des cas, une série de coupures générales en Europe pourrait se produire et perturber le fonctionnement des entreprises publiques d'approvisionnement en électricité, mais peut-être aussi les dispositifs fonctionnant avec des énergies renouvelables. Ce serait un désastre. »

Ses paroles reflètent le pessimisme du secteur de la transmission électrique quant à la probabilité que les sources d'énergie variable comme l'éolien ou le solaire puissent compenser les autres sources d'ici 2020. D'habitude, ce pessimisme n'est toutefois pas exprimé en public.

Extinction des feux

Les défenseurs des énergies renouvelables « souhaitent davantage de panneaux solaires, mais notre objectif est de garder la lumière allumée, a expliqué à EurActiv le mois dernier un autre acteur du secteur. « Si les lumières s'éteignent parce que l'énergie solaire photovoltaïque n'est pas en mesure de maintenir la qualité du courant, alors personne n'y gagne. »

« Si nous relions au système des éléments qu'il ne peut pas supporter, nous augmentons la pression », a-t-il ajouté. « Certaines pensent que les opérateurs de réseaux font preuve de conservatisme lorsqu'ils avancent cet argument, mais ce conservatisme pourrait s'avérer nécessaire si nous souhaitons maintenir un approvisionnement d'électricité stable. Il existe une sorte de compromis entre la sécurité de l'approvisionnement, la fiabilité et les énergies renouvelables ».

Les partisans des énergies renouvelables reconnaissent que les réseaux européens ont été conçus pour des carburants fossiles, mais « cette ère est révolue », a déclaré Arthouros Zervos, le président du European Renewable Energy Council. « Nous devons nous adapter, et vite ».

Pompes hydroélectriques

Le pompage-turbinage est actuellement le moyen le plus efficace d'équilibrer les charges électriques qui peuvent varier avec les énergies renouvelables, lorsque le ciel est couvert ou en l'absence de vent.

Selon M. Zervos, certains pays comme l'Italie disposent d'une capacité de stockage excessive alors que d'autres en manquent. 

En conséquence, « nous pourrions limiter nos besoins en stockage en améliorant nos interconnexions [transnationales], ce qui permettrait d'utiliser la capacité de stockage des pays frontaliers », a-t-il expliqué à EurActiv.

Anders Eldrup, le directeur exécutif de Dong Energy et ancien secrétaire permanent au ministère danois des finances, a également relevé dans son pays des inquiétudes similaires quant à l'intégration des énergies renouvelables. 

« Quand le Danemark a fait ses débuts avec l'énergie éolienne sur terre et en mer il y a 35 ans, les gens parlaient déjà d'instabilité du système au-delà du seuil des 5 % de l'approvisionnement total », a-t-il déclaré à EurActiv.

« On a ensuite parlé du seuil des 10 %, mais nous y sommes parvenus. Ce pourcentage atteint aujourd'hui les 22 %. Le gouvernement souhaite le faire passer à 50 % en 2020 et pour le moment, le système reste stable. »

Un algorithme commun

Pour mener à bien l'intégration du marché de l'électricité d'ici 2014, l'UE compte sur l'application d'un « algorithme commun » déterminant les prix de l'électricité à travers l'Europe.  

Cette même année, les exigences liées aux codes de réseau commun pour les réseaux électriques européens devraient entrer en vigueur. Elles sont actuellement définies par le Réseau européen des gestionnaires de réseaux de transport d'électricité (ENTSO-E).

« L’avenir sera un défi », a affirmé une source d'ENTSO-E à propos des inquiétudes liées à l'intégration des réseaux actuels. « Notre objectif principal est de garantir la sécurité du système dans les années à venir et nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour atteindre cet objectif, dans le cadre de nos compétences. »

Mme Nies a appelé l'UE à organiser une campagne pour convaincre le public de la nécessité de surmonter les objections à la construction du réseau de transmission, d'équilibrer l'approvisionnement en énergies renouvelables, de développer le pompage-turbinage et les interconnexions et d'améliorer les dispositifs permettant de répartir les risques. Elle souhaite également que les problèmes de flux de courant soit réglés, notamment via l'envoi d'électricité dans plusieurs pays afin d'éviter les problèmes de transmission.

Mme Nies a toutefois appelé à la prudence quant à un éventuel marchandage sur le paquet Infrastructures énergétiques.

« J'ai bien peur que les États membres refusent d'utiliser les fonds régionaux dans ce paquet pour des projets qui ne serviraient pas uniquement leurs intérêts nationaux », a-t-elle expliqué.

« Pour les interconnexions transnationales dont nous avons besoin, les États membres doivent s'engager en adoptant un point de vue européen. Il sera impossible d'y parvenir avec une approche de type Corée du Nord ou nationaliste. »

Réactions : 

Mark Johnston, directeur politique senior du World Wildlife Fund, a déclaré : « Les réseaux doivent se développer parallèlement au développement des énergies renouvelables. Ces nouvelles propositions renforcent un cadre national qui fonctionne déjà bien. L'Europe fait ce qu'elle peut, mais elle est limitée. Il revient à présent aux autres parties prenantes, notamment aux États membres, aux autorités locales et aux régulateurs, de faire leur part du travail. »

Dans un commentaire écrit envoyé à EurActiv après s'être prêtée à un entretien, Susanne Nies, la directrice de la politique énergétique d'Eurelectric, a souligné l'importance de clarifier le fait qu'une transition rapide pour améliorer les systèmes de réseaux impliquait de « développer le système nécessaire pour compléter l'intégration des énergies renouvelables, notamment les interconnexions et les réseaux, les réseaux intelligents, le stockage et la capacité de secours ». Si ce développement n'avait pas lieu à cause de l'opposition du public sur le plan financier, dit-elle, « il faudrait ralentir l'intégration de nouvelles énergies renouvelables au système ». « En outre, cette démarche doit être abordée avec une approche européenne, afin de garantir la rentabilité. »

Mme Nies a également exhorté l'UE à « se pencher sur les problèmes d'investissement et sur la nécessité d'améliorer les dispositifs permettant de répartir les risques. Une approche européenne de la stabilité du système doit assurer que les problèmes actuels de flux de courant soient résolus et que les transformateurs de phase aux frontières ne deviennent pas la règle », a-t-elle affirmé.

Concernant les objectifs européens pour 2020, « les décideurs politiques et les autres parties prenantes doivent prêter attention aux conséquences et prendre leurs responsabilités en termes de réseaux, de stockage, de capacité de secours et de réglementation ». Enfin, elle a fait part de ses inquiétudes de voir l'UE « se contenter de vouloir intégrer des énergies renouvelables rentables, d'effectuer des modifications rétroactives hâtives des programmes de financement, comme ce fut le cas en Espagne ou en Estonie, ou de s'inquiéter quant à la stabilité du système et à d'éventuelles coupures de courant générales en Europe. C'est la raison pour laquelle le soutien au développement pourrait s'essouffler, même pour les énergies renouvelables. »

Brook Riley, porte-parole à l'énergie des Amis de la Terre, ne s'est toutefois pas montré très convaincu. « Eurelectric a beau tenir ces propos, elle fait quand même tout ce qu'elle peut pour bloquer l'élaboration d'une directive solide sur l'efficacité énergétique», a-t-il déclaré à EurActiv. « Bien sûr, ils ne parlent pas du fait que si l'on réduisait la demande énergétique globale, l'objectif européen de 20 % d'énergies renouvelables serait plus facile à atteindre. La manière la plus simple d'augmenter la part d'énergies renouvelables est de réduire la demande énergétique, ce à quoi Eurelectric est plus ou moins ouvertement opposée. »

Arthur Neslen - Article traduit de l'anglais

COMMENTS

  • Je pense que M. Zervos se trompe en disant que les réseaux européens ont été conçus pour des carburants fossiles : ils ont été conçus pour des sources fiables, non-aléatoires et non pour des technologies de "cueillette" comme l'éolien.
    H.G.B.

    By :
    Barsczus
    - Posted on :
    09/02/2012
  • les énergies renouvelables tels l'hydrolique et la géothermie ...c'est trés bien ...par contre effectivement
    l'éolien industriel c'est vraiment du gaspillages avec de multiples effets pervers . couplage avec du nouveau thermique donc c02 , dépendance énergétique , gaspillage , nouvelle lignes a trés haute tension pour les pics , impactes sociologiques , dénaturation des paysages , perte valeur immobilières pour quel résultat !!!?

    By :
    hvidsten
    - Posted on :
    10/02/2012
Contexte : 

On 30 June 2009, the European Commission adopted its national renewable energy action plans (NREAPs) framework, requiring member states to explain how they would meet a binding target of providing for 20% of their energy consumption from renewable sources.

Member states were forced to provide sectoral targets for the proportion of renewable energy they would use in transport, electricity, heating and cooling, and offer a road map for getting there. They were also obliged to submit future implementation reports every two years.

EU countries must also spell out what steps they are taking to cut red tape on administrative procedures and explain any "unnecessary obstacles". To further help the integration of renewable electricity into the grid, infrastructure development plans have to be reported, including reinforcement of interconnections with neighbouring countries. 

Although each nation was required to submit its plans to the Commission by 30 June 2010, Hungary did not submit its proposals until near the end of 2010. Should the EU executive rule a plan insufficient, it can start infringement proceedings against the member state concerned.

A lire aussi

More in this section

Publicité

Vidéos

Video General News

Euractiv Sidebar Video Player for use in section aware blocks.

Video General Promoted

Euractiv Sidebar Video Player for use in section aware blocks.

Publicité

Publicité