« Je vous encourage à faire preuve de soutien plutôt que d'émettre des réserves sur un sujet crucial pour notre génération », a déclaré avec passion M. Oettinger lors de la table ronde ministérielle à Bruxelles.
Les réseaux électriques européens sont actuellement bloqués dans « le monde des principautés du XIXe siècle ». Si les réseaux de transmission énergétiques ne se déploient pas rapidement « ce sera la fin de l'Europe », a averti M. Oettinger, esquissant un tableau très sombre de la situation.
« Nous avons la crise de l'euro, la crise de l'énergie, la crise économique et ce continent (vous et moi) ne mériterait plus d'être pris au sérieux », a-t-il affirmé.
Le paquet européen sur les infrastructures énergétiques, lancé en octobre dernier, a innové en allouant des fonds du budget de l'UE pour 2014-2020 aux réseaux de transmission énergétiques, afin de connecter les réseaux européens et d'y intégrer les énergies renouvelables.
Ces subventions serviraient de « capitaux de démarrage » pour des projets comme les interconnexions de réseau nord-sud, des projets innovants de stockage d'énergie et des réseaux dans la mer du Nord, afin de transporter de l'énergie éolienne vers le contient.
Austérité
Certains pays européens se plaignent des coûts de modernisation des infrastructures en cette période difficile d'austérité, mais le commissaire a répliqué que les 9,1 milliards d'euros alloués ne représentaient qu'une fraction du budget de l'UE pour 2014-2020, seulement 4,5 % des 200 milliards d'euros nécessaires pour les dépenses d'infrastructures en 2020.
« Nous ne pouvons pas céder dans les négociations sur ces 9 milliards d'euros, car une somme de 4 milliards ne suffira pas », a-t-il expliqué. « Dans ce cas-là, nous ferions mieux d'effectuer les interconnexions nous-mêmes. »
Certains États membres rechignent à prendre des mesures qui favoriseraient un intérêt à première vue européen face à des considérations purement nationales, un processus souvent désigné par le terme de « principe de subsidiarité », la dévolution des pouvoirs à la plus petite unité.
Lors de la table ronde des ministres, la République tchèque a demandé que la répartition des coûts prenne en compte les pays qui bénéficient de projets d'infrastructures.
Le ministre tchèque de l'énergie a également déclaré que les propositions de limiter à trois ans la possibilité de recours en matière de planification étaient « lourdes de conséquences » et que le transfert de pouvoir des organismes nationaux ne pourrait être soutenu par les gouvernements.
Les « maîtres de réseaux »
Dans le cadre des propositions de l'UE, un délai maximal de trois ans pour le lancement de procédures d'appel contre les projets de construction serait imposé. Ces procédures sont en effet réputées pour traîner pendant des dizaines d'années. Des « maîtres de réseaux » seraient créés afin de rejeter les projets qui feraient l'objet d'objections de la part des communautés locales.
À Bruxelles, certains fonctionnaires sont secrètement frustrés que les États membres qui avaient condamné la décision allemande de ne pas coordonner sa sortie du nucléaire puissent s'opposer aux tentatives d'action coordonnée pour les réseaux électriques.
« Nous partageons les mêmes réseaux, l'électricité ne connaît pas de frontières nationales », a déclaré une source à EurActiv. « Ce qui se passe à une extrémité du réseau affecte tout le monde en Europe. »
Une « révolution culturelle » était nécessaire pour faire changer les mentalités et favoriser l'intérêt collectif avant l'intérêt national, a déclaré un fonctionnaire.



