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La capture du carbone devrait recevoir un milliards d'euros du paquet sur les infrastructures

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Publié 08 février 2012, mis à jour 09 février 2012

Une technique expérimentale pour la capture, le stockage et l'enfouissement des émissions de carbone dans des formations géologiques devrait recevoir jusqu'à 1,37 milliards d'euros du paquet Infrastructures énergétiques de l'UE, a appris EurActiv.

Ces financements pourraient s'avérer controversés, dans la mesure ou la capture et le stockage du dioxyde de carbone (CSC) est une technique non éprouvée qui n'est, selon ses détracteurs, ni rentable, ni sûre, et qui a des effets néfastes sur le climat.

Les partisans de la CSC affirment quant à eux que cette technique jouera un rôle clé dans la réduction de l'impact sur le climat des carburants fossiles comme le charbon et le gaz naturel, dont le monde continuera de dépendre pendant des dizaines d'années, selon l'Agence internationale de l'énergie. La Commission européenne a déjà soutenu la CSC à hauteur de 1 milliard d'euros.

António Correia de Campos, le rapporteur en charge du paquet Infrastructures énergétiques au Parlement européen, a déclaré à EurActiv que « 10 à 15 % » des 9,1 milliards de fonds de ce paquet seraient consacrés à la technique du CSC.

« La CSC est par nature sous-développée et cette aide lui sera d'un grand secours », a-t-il affirmé.

Même si elle a bénéficié de milliards d'euros de financements européens, la CSC a accumulé des retards.

Des 12 centrales pilotes de CSC qui devaient commencer à opérer en 2015,  entre quatre et six seulement devraient être opérationnelles, et ce d'ici 2020.

« L'instrument utilisé auparavant pour le financement de projets, de recherches, d'études et de planification devrait davantage servir au CSS », a expliqué M. de Campos.

« Mais nous ne pouvons pas nous limiter à cela, car si nous n'utilisons que l'ancienne méthode, la CSC sera pris au piège et ne sera jamais développé », a-t-il précisé.

Le paquet Infrastructures énergétiques

Le paquet Infrastructure énergétique met en exergue la possibilité, grâce à la technique de la CSC, de réduire les émissions de dioxyde de carbone à grande échelle tout en autorisant la consommation de carburants fossiles.

Ainsi, « la mise en place dans le futur d'un réseau transnational de transport du dioxyde de carbone impose de prendre dès maintenant des mesures pour la planification et la mise en œuvre d'infrastructures au niveau de l'Europe », peut-on lire dans ce paquet de mesures.

L'allocation de fonds tirés de ce paquet à la CSC n'a pourtant fait l'objet que de peu de discussions. Pour les acteurs du secteur des énergies renouvelables, ce financement n'a aucun sens d'un point de vue financier ou politique.

« Comment bâtir des infrastructures pour quelque chose qui n'a pas encore été mis en œuvre ? », s'est interrogé Arthouros Zervos, le président de European Renewable Energy Council, une organisation qui représente ce secteur. « Ce serait un gouffre financier supplémentaire. »

« Même les personnes impliquées dans la CSC admettent que cette technique ne sera pas viable d'un point de vue commercial avant 2030. En outre, en allouant de l'argent à la CSC, on en retire ailleurs, dans des projets d'infrastructures électriques dont l'Europe a pourtant urgemment besoin », a-t-il ajouté.

En 2008, l'Agence internationale de l'énergie a estimé que le prix du CO2 capturé par CSC oscillait entre 40 et 90 dollars (30-68 euros) par tonne, alors que le prix actuel du carbone est plutôt de l'ordre de 11 dollars (9 euros) par tonne.

Les entreprises énergétiques comme Shell ont encensé la capture de carbone pour sa capacité à atténuer les émissions des carburants fossiles utilisés à grande échelle.

Récupération assistée du pétrole

Le carbone liquéfié, un produit dérivé de la CSC, peut également être injecté dans des puits pétroliers épuisés pour ramener à la surface les carburants fossiles restants. Dans la province canadienne de l'Alberta, trois des quatre projets CSC financés par le secteur public seront utilisés pour la récupération assistée du pétrole issu des « sables bitumineux »

Cependant, en plus de nier le fait que cette technique puisse permettre de réduire les émissions de gaz à effet de serre, les défenseurs de l'environnement soulignent l'impact négatif de la CSC sur les communautés locales. 

En janvier 2011, le journal canadien Whitehorse Star a rapporté qu'une étude réalisée à la demande d'agriculteurs avait conclu que le plus grand projet de CSC au monde, mené par le géant de l'énergie Cenovus, laissait s'échapper du dioxyde de carbone.

Les agriculteurs travaillant sur le gisement de pétrole de Saskatchewan se sont en effet plaints de la mort de leurs animaux et du fait que les eaux souterraines remontaient sous forme de mousse.

Cenovus avait injecté plus de 13 millions de tonnes de gaz carbonique dans le sol à cet endroit.

La construction de deux centrales de CSC en Allemagne et en Grande-Bretagne a récemment été annulée. De nombreux projets sont à présent mis en péril en raison d'objections réglementaires, de manque de financements, de l'opposition du public et de la remise en cause de leur contribution à l'atténuation du changement climatique.

Malgré ces faits, la feuille de route de l'UE pour l'énergie en 2050 estime toujours que la contribution de la CSC à la réduction des émissions eu Europe oscillera entre 19 et 32 % d'ici 2050.

Prochaines étapes : 
  • 28 février : date butoir pour l'ébauche de rapport du Parlement européen sur le paquet « Infrastructures énergétiques ».
  • 22 mars : date butoir pour la présentation d'amendements à ce texte.
  • Mars : ENTSO-E (le réseau européen des gestionnaires de réseaux de transport d’électricité) lancera le premier plan de développement de réseau officiel sur dix ans.
  • 31 mai : vote sur l'ébauche du rapport par la commission ITRE.
  • 2020 : le premier projet pilote européen sur la CSC devrait être présenté en ligne.
  • 2050 : la CSC devrait représenter entre 19 et 32 % des réductions d'émissions en Europe.
Arthur Neslen — Article traduit de l'anglais
Contexte : 

La capture et l'enfouissement du dioxyde de carbone des centrales électriques sont considérés comme des techniques prometteuses pour réduire l'impact sur le climat de carburants fossiles comme le charbon et le gaz, dont le monde continuera de dépendre pendant des dizaines d'années. 

Toutefois, l'arrivée de cette technique sur le marché du carbone mondial s'est avérée une opération coûteuse et controversée. Le Mécanisme pour un développement propre (MDP) établi par le protocole de Kyoto attribue des crédits aux projets permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre. 

Avec une valeur de 2,7 milliards de dollars (2 milliards d'euros) l'année dernière, le MDP permet aux entreprises d'investir en faveur des réductions d'émissions dans les pays émergents. Elles obtiennent en échange des crédits compensatoires après vérification de leurs projets par des « Entités opérationnelles désignées ».

L'inclusion de la CSC dans ce système a été retardée à maintes reprises en raison du fait que cette technique n'est pas encore éprouvée. Selon certaines études, cette technique ne sera pas disponible à grande échelle avant 2030 et il est possible que les pays en développement n'en bénéficient pas.

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