« Les décideurs européens doivent réaliser que les politiques difficiles d'austérité portent atteinte à leur économie et à la santé de leur population », a expliqué le professeur Martin McKee de la London School of Hygiene and Tropical Medicine, lors du forum du 4 octobre.
Les effets négatifs de la crise et des politiques d'austérité sur la santé des citoyens et les systèmes de soins de santé sont de plus en plus flagrants, a déclaré M. McKee qui termine une étude sur l'impact de la crise économique qui devrait être publiée cette année.
Le ministère grec de la santé a enregistré une hausse de 40 % du nombre de suicides au premier semestre de l'année dernière, en comparaison à la même période en 2010, a-t-il ajouté.
Une récente étude a révélé qu'une hausse de 1 % du chômage était accompagnée d'une augmentation du nombre de suicides de 0,79 % et qu'une hausse du chômage de plus de 3 % faisait grimper le taux de suicide de plus de 4,45 %, a-t-il précisé.
Plus de problèmes de santé
La santé mentale se détériore en raison des mesures d'austérité, a affirmé M. McKee qui est également directeur de recherche pour l'Observatoire européen des systèmes et des politiques de santé.
« En Espagne, les médecins généralistes voient leur nombre de patients atteints de problèmes mentaux augmenter, surtout ceux souffrant de dépression », a-t-il déclaré.
M. McKee a exhorté les institutions européennes à évaluer les effets des mesures d'austérité sur la santé de la population : « Le coût de l'austérité reste invisible pour l'instant. »
« Dans certains cas, la raréfaction des médicaments ou des équipements disponibles mènera inévitablement au rationnement », a expliqué Edwin Borman, le secrétaire général de l'Union européenne des médecins spécialistes.
Le commissaire à la santé, John Dalli, a reconnu que les mesures d'austérité s'accompagnaient de conditions difficiles, expliquant lors d'une conférence de presse que la direction générale de la santé à la Commission faisait tout ce qu'elle pouvait pour insister sur la nécessité de préserver les budgets de santé de la crise.
La crise, vecteur de changement
Lors de la séance plénière de clôture du forum le 5 octobre, M. Dalli a expliqué qu'il était possible d'accroître l'efficacité de ce secteur. « Je pense que la crise présente de nouvelles opportunités de penser de manière créative et d'opérer des réformes en profondeur. »
Il a cité l'e-Santé comme un moteur de l'innovation qui pourrait connaître un nouvel essor dans le sillage de la crise. Après le forum, Robert Madelin, qui dirige la DG Réseaux de communication, contenu et technologies de l'exécutif européen, a annoncé que la Commission publierait sa stratégie sur la santé électronique pour les cinq prochaines années dans une quinzaine de jours.
Il a ajouté que cette initiative pourrait ouvrir la voie à un meilleur partage des dossiers sur le continent et jeter les fondations d'un système de gestion des données permettant à la médecine personnalisée de se développer.
Modifier le traité
Le professeur Helmut Brand, le nouveau président du forum Gastein, a expliqué lors d'une conférence de presse que la crise économique devrait servir à relever le niveau d'engagement paneuropéen en faveur de la résolution des problèmes qui touchent le secteur de la santé.
Il a appelé au développement du mandat de l'UE sur la santé défini dans le traité de Maastricht.
« Le sujet de la santé fait l'objet de trop peu d'attention dans les discussions sur la crise économique et financière », a-t-il affirmé.
« Il pourrait s'agir d'une opportunité au niveau européen et national de mettre en oeuvre des réformes qui n'auraient pas été possibles sans la crise, notamment une réforme du mandat de l'UE sur la santé. »


