« Pour l'instant, par exemple, la rougeole et la rubéole font de nouveau rage en Europe », a déclaré l'eurodéputée autrichienne Karin Kadenbach lors d'un atelier sur les vaccins, lors du forum qui a rassemblé des décideurs politiques vendredi (5 octobre).
« L'Organisation mondiale de la santé a donc dû repousser son objectif de maîtrise de ces maladies d'ici 2010 à 2015 », a-t-elle ajouté. « Cette situation résulte d'une baisse du taux de vaccination, ce qui mène à une hausse des infections. »
Il serait possible d'empêcher les virus de la rougeole de circuler si 95 % de la population était inoculée, a-t-elle précisé. Les taux de vaccination demeurent toutefois clairement insuffisants dans 53 pays de la région européenne de l'OMS pour enrayer cette maladie extrêmement contagieuse. De récentes études montrent qu'entre 2010 et 2011, le nombre de cas de rougeole a été multiplié par quatre dans l'UE.
Lassitude, scepticisme et coûts
Mme Kadenbach a expliqué que les souvenirs de la victoire de l'Europe contre la polio et la variole s'amenuisaient. La vaccination est victime de son propre succès. La nécessité de se faire vacciner est de moins en moins respectée et la population tend à penser que les injections sont inutiles.
Les coûts sont un autre élément qui empêche de nombreuses personnes de se faire vacciner. C'est notamment le cas des vaccins contre la grippe, a-t-elle affirmé. Les pays qui ont dépensé le moins d'argent pour le financement des vaccins contre la grippe saisonnière ont enregistré le plus faible taux de couverture. L'Autriche, la Pologne et la République tchèque ont les taux de couverture les moins élevés d'Europe.
L'expert de la Banque mondiale pour la santé Armin Fidler a expliqué aux participants du forum que l'immunisation faisait partie des interventions sanitaires les plus rentables, mais que les budgets en baisse pour les soins de santé mettaient en péril la vaccination.
Les pays en développement à la pointe
Cet expert de la Banque mondiale a ajouté que la question de la gratuité de ces interventions médicales ne concernait pas que les pays en développement, souvent à la pointe dans leur approche.
« Dans de nombreux pays à revenu faible ou intermédiaire, les personnes en charge du budget pour la santé sont non seulement prêts à rendre l'immunisation gratuite, mais aussi à payer les citoyens pour qu'ils se fassent vacciner et que le taux de vaccination grimpe par la même occasion.
Dans des pays comme le Brésil, le Mexique et la Turquie, certains services sociaux, comme les frais de scolarité sont liés à la vaccination », a expliqué M. Fidler, affirmant que ces « transferts d'argent conditionnels » donnaient des résultats et devraient être exportés dans d'autres pays.
Internet alimente les craintes de la vaccination
Mme Kadenbach a appelé à une initiative européenne qui rassemblerait les experts de santé et les décideurs politiques, en vue de soutenir les programmes de vaccination sur le plan politique. « Si nous n'agissons pas, les risques de voir ces maladies très contagieuses resurgir dans la région de l'OMS réapparaîtront, entraînant souffrance, handicaps et mort », a-t-elle affirmé.
Internet constituerait une autre entrave à la vaccination, ont pu entendre les participants à un autre séminaire sur l'impact des médias sociaux dans ce domaine.
« Internet regorge de sites de désinformation et certaines personnes organisent des campagnes contre la vaccination en effrayant les parents pour qu'ils ne vaccinent pas leurs enfants », a expliqué John McConnell, journaliste de la revue The Lancet Infectious Diseases.
Il a affirmé que les faits étayés sur les vaccins ou les programmes fructueux de vaccination avaient donc moins de chance d'être pris au sérieux. « L'agressivité des détracteurs de la vaccination prend le dessus sur tout le reste », a-t-il ajouté.
La communauté médicale devrait riposter
Selon M. McConnell, une étude à paraître, réalisée aux États-Unis, laisse entendre que l'utilisation des médias sociaux pour expliquer certains vaccins et des appels à la vaccination pourraient avoir un effet contreproductif, car ils se heurtent aux groupes de pression qui luttent contre la vaccination.
Bien que les médias sociaux se soient révélés problématiques dans l'éducation de la population en la matière, Marc Sprenger, le directeur du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, a expliqué aux participants du forum qu'Internet ne devait pas être négligé par les défenseurs de la vaccination.
« Nous devons nous positionner plus fermement et de manière plus professionnelle sur les réseaux sociaux. Il est particulièrement important de renforcer la confiance de la population dans la vaccination en impliquant des experts indépendants et en ayant recours à des témoignages », a-t-il affirmé.


