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L'efficacité de la réforme verte de la PAC en question

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Publié 26 mars 2012

Les organisations du secteur agricole craignent que le projet de la Commission européenne de rendre la politique agricole commune (PAC) plus respectueuse de l'environnement ne fasse crouler les producteurs sous la paperasse.

Les chercheurs qui étudient les programmes de soutien à l'agriculture comme la PAC affirment que la simplification des mesures d'incitation visant à encourager une agriculture durable pourrait échouer complètement.

Paul Wilson de l'université de Nottingham en Grande-Bretagne affirme que les mesures de conservation et de respect de la biodiversité nécessitent des objectifs déterminés ainsi qu'un contrôle administratif, « plutôt que de présenter des mesures environnementales générales qui auront des résultats, mais pas nécessairement ceux attendus ».

M. Wilson et une équipe de chercheurs de Grande-Bretagne, du Danemark, du Centre commun de recherche de la Commission européenne et des Etats-Unis avancent que « récompenser les résultats » n'est pas aussi efficace que « récompenser les actions ».

Selon cette étude, l'UE dépense quelque 5,5 milliards d'euros en incitants pour promouvoir la conservation, un chiffre qui pourrait fortement augmenter dans le cadre des propositions de la Commission pour la PAC 2014-2020 qui exigent notamment que des terres soient mises en jachère pour favoriser des surfaces d'intérêt écologique.

Simple et efficace

Les projets de l'exécutif européen sur le verdissement de la PAC se concentrent sur :

  • l'amélioration de la biodiversité et la réduction des émissions de gaz à effet de serre ;
  • le recours aux paiements directs pour encourager les agriculteurs à opérer des rotations de cultures afin de réduire l'utilisation d'engrais et de pesticides ;
  • la préservation d'au moins 7 % des terres pour des surfaces d'intérêt écologique telles que des zones tampons ou des prairies permanentes, ce qui contribuerait à réduire les émissions.

Le commissaire à l'agriculture, Dacian Cioloş, a qualifié les propositions pour la prochaine PAC 2014-2020 de « simples et efficaces ».

Plusieurs organisations du secteur de l'agriculture ainsi que des représentants nationaux ont cependant affirmé au Parlement européen qu'ils craignaient que ces propositions plus vertes n'entraînent plus de bureaucratie et ne fassent couler les petits exploitants. Les propositions n'atteindraient alors pas leur objectif s'agissant d'encourager la production à petite échelle et de rajeunir ce secteur vieillissant.

L'organisation qui représente les agriculteurs et les coopératives agricoles en Europe, Copa-Cogeca, a expliqué que les propositions vertes de la Commission imposeraient de nouvelles exigences de rapport tout en menaçant les revenus des exploitants en exigeant, par exemple, que 30 % des paiements directs soient liés au verdissement.

Dans une note publiée en février dernier, l'organisation a déclaré que les amendes pour non-conformité aux mesures de verdissement étaient « inacceptables ».

A propos des exigences concernant les surfaces d'intérêt écologique, Pekka Pesonen, le secrétaire général de Copa-Cogeca, a qualifié ces propositions de contre-productives dans le contexte économique actuel, alors que la sécurité alimentaire est en jeu.

M. Pesonen a déclaré lors d'un entretien que ces nouvelles exigences de verdissement imposeraient « un fardeau administratif important aux agricultures qui devraient rédiger de nombreux rapports, ce qui entraînerait très probablement une augmentation des coûts de production ».

Si ces propositions sur les surfaces d'intérêt écologique sont adoptées, « les agriculteurs qui peine déjà à joindre les deux bouts devront retirer une partie de leur terre de la zone de production ».

Trop générales ?

Certains affirment toutefois que les exigences de performance sont la meilleure manière d'aboutir à des résultats écologiques probants au sein de l'Union des Vingt-Sept.

Henk Westhoek, qui fait partie de l'équipe de la Netherlands Environmental Assessment Agency qui a analysé les propositions de conservation de la PAC, a expliqué à EurActiv que les approches généralisées n'étaient pas la manière la plus efficace d'aboutir à des résultats.

« Il est évident dans les propositions de la Commission qu'elle souhaite que des mesures générales s'appliquent du nord de la Suède au sud de l'Espagne. L'efficacité des mesures est aujourd'hui remise en question », a-t-il déclaré par téléphone.

Il a laissé entendre qu'il serait plus judicieux d'encourager les agriculteurs à travailler ensemble, via des coopératives par exemple, pour atteindre les objectifs environnementaux à plus grande échelle, plutôt que d'adopter une approche disparate fondée sur les exploitations indépendantes.

« Les Pays-Bas sont un bon exemple : la moitié du pays est occupé par des coopératives agricoles qui travaillent ensemble sur des mesures vertes. C'est efficace et stimulant pour les agriculteurs. »

L'étude de l'université de Nottingham, « The cost of policy simplification in conservation incentive programs », a été réalisée avant que la Commission ne dévoile ses propositions pour la PAC en octobre dernier.

M. Wilson affirme toutefois qu'une approche généralisée de l'agriculture respectueuse de l'environnement serait un peu simpliste. Il a reconnu que des exigences écologiques plus ciblées entraîneraient plus de bureaucratie aux niveaux national et régional pour la mise en conformité.

« Il ne s'agit pas de microgérer les agriculteurs et d'accroître le fardeau administratif », a-t-il affirmé, précisant que des agriculteurs avaient été interrogés dans le cadre de cette étude.

Pour trouver des solutions, il faudrait que les décideurs politiques déterminent des objectifs en matière de biodiversité qui auraient un sens dans le contexte régional. Une gestion administrative au niveau national serait également nécessaire : « différents paiements, différentes zones et différents résultats dans le domaine de l'environnement ».

Réactions : 

« Aujourd'hui dans l'Union européenne, nous avons besoin d'une agriculture durable non seulement sur le plan environnemental et économique, mais aussi démographique », a déclaré Joris Baecke, le président du Conseil européen des jeunes agriculteurs, lors d'une conférence marquant le 50e anniversaire de la PAC le 21 mars dernier. Il a noté que moins de 6 % des agriculteurs européens étaient âgés de moins de 35 ans.

« Nous ne disposons pas d'une vision politique claire de l'avenir de l'agriculture dans l'Union européenne et nous avons trop d'objectifs dans ce domaine », a déclaré l'eurodéputé polonais Janusz Wojciechowski (Conservateurs et Réformistes européens) lors d'un forum organisé par le Comité des régions le 7 mars. « Nous rajoutons des objectifs via le verdissement. »

La présidence danoise du Conseil de l'UE a affirmé qu'elle s’emploierait « à promouvoir une simplification de la politique agricole commune pour réduire les charges administratives pesant sur les entreprises mais en préservant une alimentation sûre et de qualité ».

Le Danemark souhaite également « que l’aide aux revenus agricoles soit davantage axée sur l’innovation, la recherche et le développement et s’efforcera notamment de permettre de cibler l’aide agricole sur les installations de biogaz par exemple et des mesures similaires en faveur de l’environnement. De plus, il devrait être possible d’utiliser l’ensemble de la politique agricole commune pour des interventions ciblées sur des productions agricoles respectueuses de l’environnement, et ce au bénéfice notamment du climat et de l’environnement. » 

Prochaines étapes : 
 
  • 26 mars : conférence « Cap Heritage, Landscape and Rural Development » à Copenhague.
  • 26-27 mars : réunion du Conseil Agriculture et pêche à Copenhague.
  • 14-15 mai : réunion du Conseil Agriculture et pêche à Copenhague.
  • 20-22 juin : Conférence de l'ONU sur le développement durable à Rio de Janeiro, au Brésil.
  • 2014-2020 : prochaine phase de la PAC.
Timothy Spence - traduit de l'anglais par Amandine Gillet
Vignobles bio à Burgenland en Autriche. Photo par Timothy Spence
Contexte : 

Lancée en 1962, la politique agricole commune (PAC) est un système de subventions et de programmes agricoles qui représente la plus grande part des dépenses du budget de l'UE.

Les débats qui se tiennent actuellement au Parlement ne sont que le début d'une longue bataille sur la révision de la PAC. S'il est approuvé tel quel, ce programme de 435,6 milliards d'euros sur sept ans représenterait près de 40 % des dépenses de l'UE. Sur cette somme, 317,2 milliards d'euros serviraient à financer les paiements directs aux agriculteurs dans le cadre du premier pilier de la PAC.

Les propositions de la Commission sur les espaces verts sont vivement controversées, dans la mesure où les organisations d'agriculteurs et leurs défenseurs au Parlement affirment qu'elles entraîneraient un fardeau administratif supplémentaire. D'autres affirment que la réduction des terres cultivables à une époque où les prix de l'alimentation grimpent en flèche et où la demande mondiale ne fait qu'augmenter n'a aucun sens.

Environ 70 % des dépenses de la PAC sont allouées aux paiements directs pour les agriculteurs, 20 % du budget est dépensé pour des mesures de développement rural et le reste est utilisé pour des subventions à l'exportation à destination des entreprises alimentaires. La France, l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie et la Grande-Bretagne sont les plus grands bénéficiaires de la PAC.

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