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Les politiques agricoles de l’UE entraînent une demande impossible à satisfaire

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Publié 28 mars 2012

Les efforts de l’Europe pour rendre son agriculture plus écologique n’ont pas vraiment réglé le problème de son empreinte écologique croissante à l'étranger, explique un expert de l’ONU favorable à une transition vers une consommation plus durable.

Olivier De Schutter, le rapporteur spécial de l'ONU sur le droit à l'alimentation, a fustigé les politiques agricoles de l'Union européenne, car celles-ci engendreraient une demande « littéralement impossible à satisfaire » requérant de larges quantités de « terres virtuelles » dans d'autres pays.

« Aujourd'hui l'UE utilise 640 millions d'hectares de terres, soit environ 1,5 fois sa propre surface », a récemment expliqué M. De Schutter, professeur de droit belge et expert indépendant auprès des Nations unies.

La demande en biocarburants, en aliments pour le bétail et en fleurs stimule les importations en provenance des marchés émergents d'Asie, d'Amérique latine et d'Afrique.

« La mondialisation place des populations bénéficiant de pouvoirs d'achat différents en concurrence directe », a déclaré M. De Schutter lors d'un évènement organisé à Bruxelles le 20 mars par l'organisation caritative Compassion in World Farming.

La conférence de l'ONU sur le développement durable, qui se déroulera à Rio de Janeiro en juin prochain, offre l'opportunité de s'éloigner du « paradigme productiviste » pour s'engager envers une « production durable », a poursuivi l'expert.

Plus de personnes et de conflits

Les inquiétudes quant aux conflits entre production alimentaire et durabilité des ressources sont exposées dans un nouveau rapport de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture. Ce rapport prévoit une augmentation de 70 % de la demande agricole mondiale d'ici 2050 et le doublement de la demande dans les pays à faibles et moyens revenus. L'organisation affirme également que le changement climatique, l'utilisation non durable de l'eau et la détérioration des sols menacent la production alimentaire.

Des fonctionnaires de l'UE se sont engagés à profiter de l'évènement de Rio pour promouvoir les politiques européennes. Pour le commissaire à l'environnement, Janez Potočnik, il s'agit de trouver « des objectifs, des calendriers et des orientations politiques » dans le but de protéger l'écologie et de créer une « économie sans gaspillage ».

Dans le même temps, le Parlement européen et les gouvernements nationaux sont en train d'examiner les propositions de « verdissement » de la PAC présentées par la Commission européenne.

Ces propositions visent à accroître la biodiversité et à réduire les émissions de gaz à effet de serre ; à utiliser les paiements directs de la PAC pour encourager les agriculteurs à pratiquer une rotation des cultures afin de réduire leur utilisation d'engrais et de pesticides ; et à réserver au moins 7 % des terres à la création de zones tampons ou d'espaces verts permanents pour réduire les émissions.

Ces réformes tentent également de rendre l'élevage plus compatible avec les autres objectifs pour l'environnement, en réduisant par exemple les ruissellements issus des sites de stockage du fumier, qui contribuent à la pollution au nitrate des cours d'eau.

Ces mesures ont toutefois suscité un débat sur la question de savoir si l'Europe devrait réellement envisager de limiter sa production alors qu'elle doit importer des quantités toujours plus importantes de denrées alimentaires.

« Aujourd'hui, nous utilisons 35 millions d'hectares en dehors de l'Europe pour satisfaire nos besoins alimentaires de d'alimentation du bétail », a déclaré Friedhelm Schmider, le directeur général de European Crop Protection, une organisation représentant l'industrie des pesticides. « Nous produisons donc en Afrique ou en Asie pour notre alimentation en Europe, ce qui s'appelle l'accaparement des terres. »

M. Schmider a déclaré à EurActiv lors d'un entretien : « Nous devons accroître la productivité des terres, mais nous devons le faire de manière durable. »

Régimes et déchets alimentaires

Les habitudes alimentaires occidentales ont également d'autres conséquences, selon les experts.

Elles sont en train de s'étendre au reste du monde, en particulier au sein des nouvelles classes moyennes qui émergent dans des pays comme l'Inde, le Brésil et la Chine. Cette tendance s'accompagne d'une augmentation de la consommation de viande et d'aliments contribuant à l'explosion de l'obésité, révèlent des chiffres de l'Organisation mondiale de la santé.

Les déchets alimentaires posent également problème à l'échelle mondiale et ont des répercussions sur l'environnement et la chaîne d'approvisionnement. Le Parlement européen a récemment réclamé des mesures radicales pour réduire le gaspillage, afin de préserver les ressources et réduire l'enfouissement des déchets.

« De plus en plus de personnes mangent trop, en comparaison au nombre de ceux qui ne mangent pas assez », a récemment déclaré à EurActiv Jan Lundqvist,  conseiller scientifique sénior de l'Institut International de l'Eau de Stockholm.

Il s'inquiète de voir la consommation excessive de nourriture progresser à mesure que les classes moyennes émergent dans les pays en développement. « Je pense qu'il faut prendre ces aspects en compte lorsque l'on parle de l'alimentation et des réserves en eau dans le monde. »

M. De Schutter a déclaré au Conseil des droits de l'Homme de l'ONU, qui s'est tenu le 6 mai dernier à Genève, que la propagation des habitudes alimentaires occidentales mettait à mal les efforts d'amélioration de la nutrition à travers le monde et encourageait l'augmentation de l'obésité.

« L'urbanisation, la mondialisation et la diffusion mondiale du mode de vie occidental ont bouleversé les habitudes alimentaires traditionnelles. Cela a des conséquences désastreuses sur la santé publique », a déclaré l'expert de l'ONU à Genève.

Il a appelé à l'instauration d'une taxe sur les produits alimentaires mauvais pour la santé, à la règlementation des aliments riches en matières grasses, en sucre et en sel, à l'imposition de restrictions pour les publicités alimentaires et à la réforme des subventions agricoles « mal distribuées ». Il pense aussi que les productions agricoles locales devraient être plus largement soutenues.

Réactions : 

L'Association laitière européenne a déclaré dans un communiqué en date du 19 mars que l'objectif de la politique agricole commune (PAC) devrait être de garantir la sécurité alimentaire pour les citoyens de l'UE tout en contribuant à la sécurité alimentaire du reste du monde.

« L'industrie de transformation européenne a un intérêt immédiat dans le succès et la compétitivité des producteurs laitiers européens », a expliqué dans un communiqué le secrétaire général de l'organisation, Joop Kleibeuker.

« Pour prospérer dans un marché de plus en plus mondialisé, l'industrie de transformation européenne a besoin de réserves de lait cru de haute qualité à des prix concurrentiels. Dans le même temps, les producteurs et transformateurs laitiers doivent relever le défi de l'amélioration de la durabilité. »

Philip Lymbery, le directeur exécutif de l'organisme caritatif britannique Compassion in World Farming, a déclaré lors de l'évènement du 20 mars dernier :

« Notre société gaspille actuellement presque la moitié de nos aliments […] nous nourrissons les animaux avec des céréales qui pourraient être fournies aux hommes et satisfaire les besoins de milliards de personnes. »

Craig Willy et Timothy Spence - article traduit de l'anglais
Contexte : 

Vingt années de modifications apportées à la politique agricole commune ont mené à la réduction de l'offre excédentaire et à l'octroi de subventions pour le stockage de ces produits excédentaires, expliquent les experts.

L'Europe n'a toutefois pas réussi à réduire le gaspillage alimentaire chez les consommateurs. L'exécutif européen estime que jusqu'à 140 millions de tonnes de déchets alimentaires et végétaux sont produites chaque année dans l'UE, soit l'équivalent de 300kg par personne, dont les deux tiers auraient pu être consommés.

Les déchets alimentaires ont un impact nutritionnel et environnemental à l'échelle mondiale. Selon un récent rapport de McKinsey Global Institute, le monde produit 10 millions de tonnes de déchets consommables par jour, soit jusqu’à 30 % de la quantité de nourriture globale.

Les chiffres de l'Organisation mondiale de la santé révèlent qu'au moins 2,8 millions d'adultes décèdent chaque année en raison d'une surcharge pondérale. En outre, 44 % des diabètes et 23 % des maladies cardiaques sont imputables au surpoids et à l'obésité.

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