L'ONU estime qu'une personne sur sept ne mange pas à sa fin aujourd'hui et les experts affirment que nourrir les 9 milliards de Terriens d'ici 2050 représentera un réel défi, surtout s'il faut trouver un équilibre entre production et écologie.
La solution « dépasse les entreprises, elle dépasse même sûrement les pays pris individuellement », a expliqué Joachim Lammel, un éminent chercheur de l'entreprise d'engrais Yara basée en Norvège.
« Ce n'est pas une question de manque de connaissances techniques, c'est tout à fait faisable. Mais il faudrait que l'on se concentre davantage sur la manière de relever ce défi », a affirmé M. Lammel lors d'un entretien accordé à EurActiv.
Les techniques liées à la nutrition, aux pesticides et à l'irrigation ont permis de survivre au baby-boom d'après-guerre. En continuant de progresser dans ce domaine, il serait possible d'accroître les rendements dans les parties du monde où sont attendues les plus grandes croissances démographiques de ce siècle, à savoir l'Afrique subsaharienne et l'Asie du Sud.
Ce type de pratiques agricoles a toutefois un impact sur l'environnement.
L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture prévoit une augmentation de 70 % de la demande agricole mondiale d'ici 2050 et le doublement de la demande dans les pays à faibles et moyens revenus. L'organisation affirme également que le changement climatique, l'utilisation non durable de l'eau et la détérioration des sols menacent la production alimentaire. En outre, l'Organisation de coopération et de développement économiques explique dans un récent rapport que la culture intensive des sols visant à nourrir une planète plus peuplée menace les réserves d'eau douce.
Des Européens prudents
Ces craintes résonnent aux oreilles de la population et des décideurs politiques européens.
Un sondage de l'Eurobaromètre publié la semaine dernière a révélé que 90 % des personnes interrogées pensaient que les pesticides et les engrais agricoles avaient un grand impact ou un impact modéré sur la qualité de l'eau et que 77 % des répondants pensaient qu'une consommation trop importante d'eau par les exploitations agricoles avait un impact sur les réserves d'eau.
Ce sondage montre que les craintes liées à l'utilisation de produits chimiques dans l'agriculture sont presque universelles en Grèce, en France et en Slovénie.
Les débats en cours sur la politique agricole commune (PAC) se concentrent en partie sur le moyen de trouver un équilibre entre la protection de l'environnement et les futurs besoins en matière d'alimentation.
La Commission européenne a proposé une réforme de la PAC pour 2014. Ses propositions encourageraient les agriculteurs à retirer 7 % de leurs terres de la production et à les utiliser à des fins de conservation en les transformant en des surfaces d'intérêt écologique.
Certains défenseurs du secteur agricole affirment cependant que toute politique visant à réduire la surface des terres cultivables n'aurait pas de sens, dans la mesure où la demande mondiale est en pleine croissance.
« Si nous voulons garantir la sécurité alimentaire mondiale, ou la sécurité alimentaire européenne, tout en produisant plus ou moins la même quantité de nourriture, nous devrons accroître notre productivité proportionnellement afin de produire les mêmes volumes », a expliqué Pekka Pesonen, le secrétaire général de l'organisation Copa-Cogeca qui représente des agriculteurs et des coopératives agricoles.
« Ce n'est pas possible à court terme, surtout que le climat politique en Europe n'est pas favorable à l'amélioration de la productivité. »
Le bio, une solution ?
Les incitants qui encouragent les agriculteurs à se prêter à la rotation des cultures et à adopter des techniques de diversification déjà utilisées par les agriculteurs biologiques soulèvent également des questions quant à leur impact sur la production.
Une étude réalisée par des chercheurs de l'université de Wageningen aux Pays-Bas a révélé que le rendement des fermes biologiques était en moyenne 20 % moindre que celui des fermes traditionnelles.
Bien que ce rapport mette en exergue les avantages environnementaux des cultures biologiques, il souligne également que pour aboutir aux mêmes rendements que l'agriculture traditionnelle, plus de terres devraient être allouées à la culture.
Quelque 9,3 millions d'hectares, soit 5 % des terres agricoles européennes, sont consacrés à l'agriculture bio, selon l'Institut de recherche de l'agriculture biologique basé à Frick, en Suisse.
M. Lammel, le responsable de la recherche et du développement de produits et d'applications au centre de recherche de Yara, voit d'un œil positif les efforts de l'exécutif européen pour encourager la création de surfaces d'intérêt écologique dans l'agriculture traditionnelle.
Une meilleure gestion des terres, les pratiques culturales et la réduction des déchets pourraient permettre de répondre à la demande future et de réduire le besoin accru de terres agricoles, a affirmé M. Lammel. Il a ajouté que les technologies et les connaissances agricoles européennes pourraient contribuer au développement des régions qui enregistrent les plus grandes croissances démographiques.
« Nous voyons un énorme potentiel dans les pays en dehors de l'Europe, car tant d'agriculteurs n'utilisent pas encore les nouvelles connaissances et technologies », a expliqué le chercheur.
« Il est fréquent en Afrique de voir des terres exploitées de manière inefficace. Si les agriculteurs concernés avaient accès aux connaissances et aux technologies, ils pourraient doubler, tripler ou quadrupler leurs rendements très facilement », a affirmé M. Lammel. « La recherche et l'innovation [peuvent contribuer] à l'accroissement des rendements actuels. »



