Les serveurs informatiques, l'équipement de stockage de données ainsi que quatre autres groupes de produits sont récemment passés en tête de liste des priorités de la directive sur l'écoconception en raison de leur potentiel important en matière d'économie d'énergie.
La Commission a déclaré que les économies d'énergie combinées de ces produits pourraient représenter 1157 TWh par an d'ici 2030, soit le double de la consommation d'énergie annuelle de la Suède.
« Si l'industrie sait que ces produits seront soumis à des réglementations, cela la poussera à prendre des mesures écologiques », a déclaré Edouard Toulouse de l'ECOS ( European Environmental Citizens Organisation), qui a participé aux discussions sur la directive.
Les géants du secteur du cloud computing comme Microsoft, Google, Facebook et Amazon, pourraient assoir leur pouvoir en lançant le débat sur l'efficacité des serveurs.
« Il est dans leur intérêt de disposer d'ordinateur avec un bon rendement énergétique. Ces entreprises adoptent une approche constructive et progressiste à cet égard », a expliqué M. Toulouse à EurActiv.
Améliorer l'efficacité des serveurs et du matériel de stockage des données pourrait permettre de réduire les frais des entreprises et les factures des consommateurs, selon une organisation européenne de défense des consommateurs, le BEUC.
Les parties prenantes devaient se rencontrer à nouveau cette semaine pour discuter des prochains groupes de produits visés par cette directive sur l'écoconception.
Au cours des prochains mois, la Commission devra évaluer les progrès accomplis dans le domaine des serveurs et du matériel de stockage des données et définir, le cas échéant, les problèmes à régler.
« Cela les pousse à se pencher sur la question. Si leur approche volontaire est jugée satisfaisante, nous n'aurons pas besoin d'une réglementation », a expliqué M. Toulouse.
Si la Commission relève des lacunes qui ne peuvent pas être comblées par des accords volontaires du secteur, alors elle devra intervenir en élaborant des lois au cours des trois prochaines années.
L'utilisation du cloud computing
Les fournisseurs de services de cloud computing (une technologie permettant à des entreprises ou à des particuliers de stocker des logiciels et des données utilisables à distance) doivent acquérir un grand nombre de serveurs, les systèmes centralisés nécessaires au fonctionnement de ces programmes et services.
« Le cloud pose encore un problème non négligeable. Les particuliers ne l'utilisent pas assez, même si des entreprises comme Microsoft tentent d'en simplifier l'utilisation autant que possible » a déclaré à EurActiv un programmateur d'une entreprise informatique internationale.
« Mais lorsqu'ils se rendront compte qu'ils peuvent répondre à la nécessité d'acheter un programme de recherche spécifique et embaucher du personnel pour des situations ponctuelles, ou éviter les pannes de serveurs, par exemple, ils voudront plutôt « louer » ces services par le biais du cloud computing. »
Le secteur informatique prend les devants
Alors que les fournisseurs de services de cloud computing se préparent à la croissance de ce marché, ils s'apprêtent également à assumer des frais supplémentaires, notamment le coût de l'énergie nécessaire pour faire fonctionner les serveurs.
Ce marché a déjà pris de l'avance dans ce domaine, ce qui augmente ses chances de parvenir à un accord volontaire sur l'efficacité énergétique des serveurs avec la Commission.
A titre d'exemple, Microsoft a engagé des discussions sur l'efficacité énergétique et Google encourage l'économie d'énergie pour la gestion du courant et du refroidissement des centres de stockage des serveurs.
L'un des exemples les plus récents pour Google concerne le centre de données établi sur la côte finlandaise, à Hamina, où de l'eau est injectée dans un tunnel souterrain afin de refroidir le bâtiment.
Mais le refroidissement de ces centres n'est pas la priorité de ces entreprises. L'efficacité énergétique des serveurs et les méthodes de conversion du courant offrent les meilleures opportunités d'économiser de l'énergie.
Un investissement de 19 000 euros dans des systèmes permettant d'économiser de l'énergie peut générer un retour sur investissement de 50 000 euros par an, selon Google.
Les constructeurs ne sont pas d'accord
Dans les semaines à venir, les parties prenantes s'exprimeront sur les obstacles possibles à l'inclusion des serveurs et du matériel de stockage des données dans la directive sur l'écoconception. Les coûts de départs des améliorations dans ce domaine devraient être une question épineuse.
Certaines entreprises affirment qu'elles travaillent déjà avec la Commission sur la définition de critères d'écoconception pour certains systèmes de serveurs.
« La Commission doit mettre ce sujet sur le devant de la scène et prendre en compte le fait que le secteur des centres de données évolue à un rythme bien plus rapide que la réglementation, afin de déterminer si l'écoconception est le meilleur procédé », a déclaré Kirsty Macdonald, responsable senior pour la politique énergétique d'Intel Corporation.
Le BEUC affirme quant à lui que le secteur a retardé la mise en œuvre des mesures européennes contraignantes et est peu favorable à une nouvelle réglementation. « Le secteur des TIC s'est clairement exprimé contre l'inclusion des serveurs et du matériel de stockage des données dans le plan de travail », a déclaré dans un communiqué le groupe de défense des consommateurs.
Cependant, tout porte à croire que l'UE instaurera une nouvelle réglementation (ou conclura des accords volontaires avec le secteur) sur les serveurs dans un avenir proche.
Pour cela, les ressources doivent toutefois correspondre à celles disponibles aux États-Unis et ailleurs, selon une étude commandée par l'UE sur l'efficacité de la directive et rédigée par l'organisme CSES (Centre for Strategy and Evaluation Services) basé au Royaume-Uni.
« Pour donner du poids à l'élargissement de cette directive, il faut s'assurer que l'application des critères juridiques est envisageable et rentable », peut-on lire dans cette étude.


