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Le cloud computing éveille l’intérêt de l’industrie du disque

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Publié 13 février 2012, mis à jour 16 février 2012

Le cloud computing pourrait permettre d'avoir accès légalement à de la musique en ligne, augmentant ainsi les recettes des grandes maisons de disques et des labels indépendants. Toutefois, en Europe, les systèmes nationaux d'octroi de licences pourraient ralentir le développement de ce nouveau pan du secteur de la musique, selon des experts.

La « cloud music » (musique placée dans le nuage, ou « cloud ») est rapidement devenue une réalité du marché en raison de la valeur ajoutée qu'elle représente en termes de portabilité de la musique. Les utilisateurs qui s'inscrivent à l'un des services disponibles peuvent écouter de la musique stockée sur des serveurs à distance, et ce quel que soit l'appareil utilisé.

L’écoute de musique est en train de passer d'un système fondé sur l'appareil utilisé (les iPods par exemple) à une approche basée sur l'accès, où il faut s'inscrire auprès d'énormes bibliothèques musicales numériques dans le nuage.

Le secteur se félicite de cette récente évolution, dans la mesure où les maisons de disque s'attendent à une augmentation du trafic dans leurs boutiques numériques si les consommateurs se mettent à utiliser le nuage pour stocker ou accéder à leur musique.

« Le marché montre que les consommateurs sont prêts à payer pour la portabilité de leur musique », a expliqué Charles Caldas, directeur exécutif de Merlin, une organisation basée à Amsterdam qui représente les labels indépendants.

Accéder au lieu de posséder

L'accès à la musique est en train de devenir une alternative à la possession de musique, alors que de nombreux utilisateurs combinent aujourd'hui l'écoute de musique en streaming et le téléchargement.

« Le fait que ces deux modèles de consommation coexistent promet pour l'avenir », a déclaré Rob Wells, président des activités numériques internationales chez Universal.

« Nous n'avons fait qu'effleurer le potentiel de la musique numérique au cours de la dernière décennie. Nous commençons seulement à creuser, et ce à l'échelle mondiale », a-t-il ajouté.

De nombreux acteurs du secteur pensent qu'une utilisation accrue des services de cloud computing serait bénéfique pour l'industrie du disque, qu'il s'agisse des grands labels ou des maisons de disques indépendantes.

Des chiffres étayent cette opinion. Entre 2009 et 2010, les ventes de musique via des services de cloud computing ont augmenté de 4,6 %. Dans le même temps, le secteur de la musique numérique a accru ses ventes mondiales de 5,3 %.

En outre, la cloud music fonctionne via des services qui nécessitent des licences. Seule la musique protégée par les droits d'auteur est donc disponible, ce qui pousse les utilisateurs à ne pas consommer de la musique piratée.

Les principaux acteurs

En 2008, une start-up suédoise à lancé Spotify, un système qui fournit un accès à de la musique protégée par les droits d'auteurs à ses abonnés.

Ce service est gratuit, mais pour un abonnement mensuel de seulement 5 euros pour la formule la moins chère, Spotify permet d'écouter de la musique en streaming sans limites, et ce sans publicités. Il s'agit d'une sorte de YouTube amélioré, où les utilisateurs payent de faibles frais d'abonnement pour avoir accès à du contenu de haute qualité, disposer de contenu non disponible ailleurs et éviter les problèmes liés à la sécurité.

Pour 10 euros, Spotify permet également à ses utilisateurs abonnés de télécharger directement de la musique disponible dans le nuage sur leurs téléphones portables.

En novembre dernier, iTunes d'Apple, le leader du marché de la musique numérique, a lancé le service iTunes Match aux Etats-Unis, qui arrive doucement en Europe. Ce service permet aux utilisateurs abonnés de télécharger du contenu protégé par les droits d'auteurs à partir du nuage.

D'autres services ont suivi, comme Google Music, qui n'est actuellement disponible que dans quelques pays en dehors de l'UE.

« Nous n'avons lancé Google Music qu'aux Etats-Unis pour le moment et nous n'avons rien à annoncer concernant les autres pays pour le moment, bien que nous souhaitions élargir ce service », a expliqué un représentant de Google à EurActiv.

Obstacles juridiques pour la musique portable

Bien que loués pour la portabilité de la musique, en Europe, les services de cloud computing sont confrontés à des obstacles juridiques difficiles à surmonter.

Spotify, le principal acteur du secteur eu Europe, n'est pas disponible dans tous les pays de l'UE. « Je suis inscrit en Belgique, mais je ne peux pas avoir accès à mon compte lorsque je suis en Grèce, car Spotify ne fonctionne pas dans ce pays », a expliqué Kostas Rossoglou, responsable juridique pour le BEUC, une organisation de défense des consommateurs.

Mais même si un service est disponible dans 27 pays, les abonnés peuvent se trouver dans l'impossibilité d'avoir accès à leur musique. Tout dépend des licences, qui restent une compétence nationale. Une même chanson peut être autorisée en Allemagne et non en France, ce qui empêche à l'utilisateur d'y avoir accès une fois la frontière passée.

Un système paneuropéen d'octroi de licence serait une solution, mais il est peu probable que cette option soit choisie, dans la mesure où les sociétés de gestion collective luttent pour leurs privilèges nationaux. Elles dressent ainsi des barrières invisibles, mais très solides en travers de l'établissement d'un marché intérieur sans frontières dans l'UE.

Réactions : 

Les régulateurs sont satisfaits de l'arrivée de la musique dans les services de cloud computing, dans la mesure où ils estiment que ces nouveaux systèmes encourageront les consommateurs à écouter de la musique légalement. La commissaire européenne en charge de la stratégie numérique, Neelie Kroes, a déclaré dans un courriel envoyé à EurActiv : « Je pense que le cloud computing est une grande opportunité s'agissant de fournir plus de contenu légal aux Européens. Qu'il s'agisse de musique, de films ou d'autres contenus, le nuage facilite les choses et rend l'utilisation de ces systèmes plus abordable pour les consommateurs et les créateurs. »

« Nous savons tous que l'industrie du disque est en plein changement. Cette évolution est synonyme d'optimisme et d'opportunités », a déclaré le célèbre chanteur d'opéra et directeur de l'IFPI, Placido Domingo.

« Grâce à l'incroyable technologie de l'Internet, le public pour la musique enregistrée croît rapidement à travers le monde. Les artistes qui ne pourraient pas diffuser leur musique autrement peuvent tirer parti de ces nouveaux systèmes pour distribuer leurs œuvres. »

Mark Piibe, le vice-président exécutif d'EMI Music, a déclaré : « Nous pensons que l'existence de services d'accès peut décupler le marché. »

Les labels indépendants s'accordent sur les avantages des services basés sur l'accès, comme Spotify ou iTunes Match. « Il est clair que les services de streaming fonctionnant via des abonnements ne dévaluent pas les autres services », a déclaré Charles Caldas, directeur exécutif de Merlin, une organisation qui représente les labels indépendants à travers le monde.

La directrice exécutive de l'association de labels indépendants Impala, Helen Smith, a déclaré : « Bien que les nouveaux services tels que les bibliothèques de musique numérique soient les bienvenus pour stimuler le marché en ligne, ils suscitent également des questions fondamentales. Ces bibliothèques de musique numérique devraient être fondées sur des modèles d'octroi de licence simples et la monétisation de ces services devrait rémunérer les artistes et les labels de manière juste. »

« C'est essentiel pour le développement de nouveaux services dans le nuage. Il faut également s'assurer que ces services soient compatibles avec les petites et moyennes entreprises de droits d'auteur, autant qu'avec les grands détenteurs de droits », a-t-elle ajouté.

Le BEUC, une organisation de défense des consommateurs, a souligné les avantages des services fournissant de la musique dans le nuage, lorsqu'il s'agit de permettre aux consommateurs d'avoir légalement accès à du contenu. Le BEUC a cependant rappelé que bon nombre de questions restaient sans réponse.

« Les consommateurs devraient pouvoir utiliser la musique qu'ils ont achetée légalement sur leur appareil, au moment et dans l'endroit de leur choix. L'application de mesures de protection techniques et la gestion des droits numériques sont depuis longtemps utilisées par le secteur pour restreindre l'utilisation de contenu acquis légalement, ce qui va à l'encontre des attentes des consommateurs », a déclaré le BEUC.

Francesco Guarascio - traduit de l'anglais par Amandine Gillet
Contexte : 

Le secteur de la musique numérique a enregistré un taux de croissance significatif en 2011. Selon le rapport annuel sur la musique numérique, publié par l'International Federation of the Phonographic Industry, les recettes à l'échelle mondiale ont augmenté de 8 % en 2011, par rapport à l'année précédente.

L'IFPI estime que le nombre d’abonnés à des services payants en ligne fournissant un accès à de la musique est passé de 8 à 13 millions l'an dernier.

Dans certains pays, comme aux Etats-unis ou en Corée du Sud, les recettes du numérique représentent plus de la moitié des recettes totales du secteur de la musique.

En Europe, les ventes d'albums numériques ont augmenté de 27 % au Royaume-Uni et de 23 % en France.

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