La « cloud music » (musique placée dans le nuage, ou « cloud ») est rapidement devenue une réalité du marché en raison de la valeur ajoutée qu'elle représente en termes de portabilité de la musique. Les utilisateurs qui s'inscrivent à l'un des services disponibles peuvent écouter de la musique stockée sur des serveurs à distance, et ce quel que soit l'appareil utilisé.
L’écoute de musique est en train de passer d'un système fondé sur l'appareil utilisé (les iPods par exemple) à une approche basée sur l'accès, où il faut s'inscrire auprès d'énormes bibliothèques musicales numériques dans le nuage.
Le secteur se félicite de cette récente évolution, dans la mesure où les maisons de disque s'attendent à une augmentation du trafic dans leurs boutiques numériques si les consommateurs se mettent à utiliser le nuage pour stocker ou accéder à leur musique.
« Le marché montre que les consommateurs sont prêts à payer pour la portabilité de leur musique », a expliqué Charles Caldas, directeur exécutif de Merlin, une organisation basée à Amsterdam qui représente les labels indépendants.
Accéder au lieu de posséder
L'accès à la musique est en train de devenir une alternative à la possession de musique, alors que de nombreux utilisateurs combinent aujourd'hui l'écoute de musique en streaming et le téléchargement.
« Le fait que ces deux modèles de consommation coexistent promet pour l'avenir », a déclaré Rob Wells, président des activités numériques internationales chez Universal.
« Nous n'avons fait qu'effleurer le potentiel de la musique numérique au cours de la dernière décennie. Nous commençons seulement à creuser, et ce à l'échelle mondiale », a-t-il ajouté.
De nombreux acteurs du secteur pensent qu'une utilisation accrue des services de cloud computing serait bénéfique pour l'industrie du disque, qu'il s'agisse des grands labels ou des maisons de disques indépendantes.
Des chiffres étayent cette opinion. Entre 2009 et 2010, les ventes de musique via des services de cloud computing ont augmenté de 4,6 %. Dans le même temps, le secteur de la musique numérique a accru ses ventes mondiales de 5,3 %.
En outre, la cloud music fonctionne via des services qui nécessitent des licences. Seule la musique protégée par les droits d'auteur est donc disponible, ce qui pousse les utilisateurs à ne pas consommer de la musique piratée.
Les principaux acteurs
En 2008, une start-up suédoise à lancé Spotify, un système qui fournit un accès à de la musique protégée par les droits d'auteurs à ses abonnés.
Ce service est gratuit, mais pour un abonnement mensuel de seulement 5 euros pour la formule la moins chère, Spotify permet d'écouter de la musique en streaming sans limites, et ce sans publicités. Il s'agit d'une sorte de YouTube amélioré, où les utilisateurs payent de faibles frais d'abonnement pour avoir accès à du contenu de haute qualité, disposer de contenu non disponible ailleurs et éviter les problèmes liés à la sécurité.
Pour 10 euros, Spotify permet également à ses utilisateurs abonnés de télécharger directement de la musique disponible dans le nuage sur leurs téléphones portables.
En novembre dernier, iTunes d'Apple, le leader du marché de la musique numérique, a lancé le service iTunes Match aux Etats-Unis, qui arrive doucement en Europe. Ce service permet aux utilisateurs abonnés de télécharger du contenu protégé par les droits d'auteurs à partir du nuage.
D'autres services ont suivi, comme Google Music, qui n'est actuellement disponible que dans quelques pays en dehors de l'UE.
« Nous n'avons lancé Google Music qu'aux Etats-Unis pour le moment et nous n'avons rien à annoncer concernant les autres pays pour le moment, bien que nous souhaitions élargir ce service », a expliqué un représentant de Google à EurActiv.
Obstacles juridiques pour la musique portable
Bien que loués pour la portabilité de la musique, en Europe, les services de cloud computing sont confrontés à des obstacles juridiques difficiles à surmonter.
Spotify, le principal acteur du secteur eu Europe, n'est pas disponible dans tous les pays de l'UE. « Je suis inscrit en Belgique, mais je ne peux pas avoir accès à mon compte lorsque je suis en Grèce, car Spotify ne fonctionne pas dans ce pays », a expliqué Kostas Rossoglou, responsable juridique pour le BEUC, une organisation de défense des consommateurs.
Mais même si un service est disponible dans 27 pays, les abonnés peuvent se trouver dans l'impossibilité d'avoir accès à leur musique. Tout dépend des licences, qui restent une compétence nationale. Une même chanson peut être autorisée en Allemagne et non en France, ce qui empêche à l'utilisateur d'y avoir accès une fois la frontière passée.
Un système paneuropéen d'octroi de licence serait une solution, mais il est peu probable que cette option soit choisie, dans la mesure où les sociétés de gestion collective luttent pour leurs privilèges nationaux. Elles dressent ainsi des barrières invisibles, mais très solides en travers de l'établissement d'un marché intérieur sans frontières dans l'UE.



