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Après plusieurs revers, l’UE s’apprête à relancer sa politique industrielle

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Publié 24 septembre 2012, mis à jour 07 novembre 2012

Une communication de la Commission européenne visant à relancer la politique industrielle en Europe qui sera publiée le mois prochain et à laquelle EurActiv a eu accès, devra faire face aux doutes de plusieurs États membres. Ces derniers n’ont pas été convaincus par une série d’initiatives infructueuses et demeurent divisés sur les résultats auxquels devraient aboutir cette politique.

La communication de la Commission, intitulée « Industrial Policy – a contribution to growth and economic recovery », identifie quatre piliers : l'investissement dans l'innovation, l'amélioration des conditions de marché, l'accès au capital et les compétences.

Contrairement aux précédentes communications sur la politique industrielle (incluses dans la stratégie de Lisbonne et l'initiative Europe 2020), le dernier document annonce également six « lignes d'action prioritaires » dans des secteurs bien définis.

Il s'agit des techniques propres de fabrication, de la construction durable, des véhicules propres, des marchés de produits bio, des technologies génériques clés et des réseaux énergétiques intelligents.

Des mesures seront également proposées pour améliorer le fonctionnement du marché intérieur et les performances de l'Europe sur les marchés mondiaux.

Sentiment de lassitude et mauvaises expériences

Les dirigeants d'entreprises qui ont appelé le 19 septembre dernier Antonio Tajani, le commissaire à l'industrie, à accorder à l'efficacité énergétique un rôle central dans la politique révisée, salueront sans aucun doute ces lignes d'action par secteur.

La communication doit toutefois encore vaincre le sentiment de lassitude des États membres.

Sean McGuire, porte-parole de la Confédération de l'industrie britannique, s'est félicité de l'objectif général, mais il a ajouté : « Ces orientations sont uniquement dirigées vers l'industrie, mais il faut pourtant prendre d'autres facteurs en compte, comme les services et les financements. Elles se concentrent plus précisément sur les industries de fabrication alors qu'il faut reconnaître la valeur des industries créatives. »

Un conseiller politique à Bruxelles a parlé sans détour des limites de ce document, sous le couvert de l'anonymat.

« Il n'y a rien de révolutionnaire. Il s'agit juste d'un remaniement de tout ce qui a déjà été fait, sans aucune réelle surprise, ce qui est bien dommage », a-t-il déploré.

Bon nombre des initiatives proposées dans ce document sont liées à des propositions déjà en cours dans les différentes unités de l'exécutif européen. Par exemple, la définition d'objectifs pour le déploiement des réseaux intelligents et de calendriers de normes pour ces réseaux sont des processus qui ont été annoncés et sont déjà en cours au sein de la DG Energie.

Vers de nouvelles initiatives

C'est également le cas des technologies génériques, qui comprennent la micro et nanoélectronique. La communication promet que ces technologies seront des éléments clés du développement de partenariats européens pour l'innovation, une intention que la DG Recherche de la Commission exprime clairement depuis longtemps.

La communication propose également de nouvelles initiatives : un partenariat d'innovation sur les technologies de fabrication pour la production propre ainsi qu'un plan d'action pour la construction durable, par exemple.

« C'est très bien, mais reste encore à définir ce que cela signifie en détail », a souligné le conseiller politique.

La politique industrielle n'ayant pas réussi à trouver un écho positif après ses échecs passés, les attentes sont faibles aujourd'hui.

« La politique industrielle a été une question secondaire lors des 60 dernières années. Même si elle est l'une des sept initiatives phares de la stratégie Europe 2020, aucun objectif spécifique ou indicateur précis n'ont été définis », peut-on lire dans un rapport du Parti des Socialistes européens publié en amont de cette communication.

La politique industrielle a été divisée en plusieurs objectifs différents comme le renforcement de la concurrence et de l'emploi. Elle a souvent été considérée sous l'angle d'un marché libre plutôt que comme une politique holistique.

Projets paneuropéens concrets

En outre, les efforts concrets pour promouvoir l'industrie à l'échelle paneuropéenne ont rencontré des obstacles majeurs.

Le projet de satellite Galileo, par exemple, a été présenté comme l'un des plus importants partenariats public-privé de l'Histoire. Le degré d'engagement du secteur privé dans ce projet de plusieurs milliards d'euros a toutefois été modéré. Les États membres se sont alors retrouvés face à un casse-tête et à une facture faramineuse.

L'une des principales pierres d'achoppement était la définition d'une politique industrielle. Alors que l'Italie est favorable au renforcement des garanties commerciales mutuelles pour établir des règles du jeu équitables pour le commerce européen, la France semble plutôt penser que le succès repose sur la sélection de grandes entreprises industrielles capables d'atteindre la masse critique.

La nature des secteurs qui devraient être sélectionnés a toujours été sujette à controverse dans ce contexte.

Dans sa communication, la Commission a souligné la nécessité de stimuler les industries innovantes, mais les tensions séculaires qui existent entre les idéologies du mercantilisme et du libre-échange planent encore sur la scène européenne.

La réciprocité commerciale à l'origine du débat idéologique

En Europe du Nord, d’une part, la concurrence et la liberté de l'industrie sont au coeur des réglementations. D’autre part, les intérêts des travailleurs sous la pression de la crise économique laissent planer le doute face à une politique industrielle qui n'intègre pas les droits sociaux.

Ces tensions devraient refaire surface dans le sillage de la publication de cette communication.

Ce sera notamment le cas d'une section appelant au renforcement du contrôle des contrats de marché public pour les entreprises non européennes, émanant de pays où l'UE ne bénéficie pas de droits de réciprocité. Cette initiative devrait être source de conflit entre les États membres.

L'un des points sur lesquels les États membres devraient se mettre d'accord concerne des mesures visant à débarrasser les entreprises des règles trop encombrantes.

La Commission a par le passé appelé à la réduction de la bureaucratie et a même nommé un responsable chargé de résoudre ce problème.

Les allusions à cette démarche dans la communication ne font que mettre en exergue les lacunes des initiatives précédentes.

Réactions : 

« Les feuilles de route européennes, dont plusieurs directions générales sont responsables, n'ont pas été coordonnées, malgré les chevauchements et liens manifestes entre plusieurs concepts », a déclaré un chef d'entreprise allemand sous couvert d'anonymat. « Les entreprises européennes inquiètes risquent de se retrouver avec des fardeaux doubles ou multiples liés aux coûts d'échange des droits d'émission, à la réduction des capitaux, à l'affaiblissement des investissements, ce qui aura de nombreux impacts négatifs sur leur compétitivité sur leur marché mondial », a-t-il ajouté.

« De nombreux progrès ont été fait, tant en termes de positionnement doctrinal de la Commission qu’en termes de mise en place « réelle » de politiques économiques », ont expliqué dans un récent rapport Julien Mendoza et Stéphane Rouhier, deux économistes d'Eurocité. « Toutefois, le chemin est encore long avant de pouvoir déclarer l’existence d’une politique industrielle européenne. Le principal problème aujourd’hui réside dans le positionnement des États, trop enclins à asseoir leurs champions nationaux sur la scène internationale et européenne avant de penser en termes supranationaux », ont conclu les économistes.

« Nous saluons le fait que la politique industrielle soit considérée comme un moteur de croissance en puissance, mais la vraie question en terme de croissance économique concerne l'accès au financement, aussi bien pour les PME que pour les grandes entreprises de production », a déclaré Sean McGuire, porte-parole de la Confédération de l'industrie britannique. « L'accès au crédit et aux emprunts bancaires est de plus en plus difficile et c'est là qu'il faut agir. Modifier la directive sur la sécurité générale des produits, par exemple, ne résoudra pas le problème. »

L'organisation française Cercle de l'Industrie, qui représente les PDG de toutes les grandes entreprises industrielles du pays, appelle à l'harmonisation de la politique industrielle européenne avec d'autres domaines politiques. « Le Cercle de l'Industrie considère que les objectifs de l'UE en matière de compétitivité définis dans la stratégie Europe 2020 devraient être mieux intégrés dans toutes les politiques et réglementations européennes. La mise en oeuvre d'objectifs clairs liés à l'industrie (à l'instar des « objectifs 20-20-20 » pour l'énergie) pourrait être une option, comme l'a indiqué le commissaire Oettinger le 16 juillet 2012. Il est également essentiel de s’assurer que la politique européenne de concurrence corresponde aux objectifs et spécificités de la politique industrielle », peut-on lire dans un document de l'organisation française.

L'industrie française favorise également la rationalisation de la gestion de la politique industrielle : « La Commission devrait reconnaître pleinement le rôle de premier plan du commissaire à l'industrie et à l'entrepreneuriat, en tant que président du « groupe des commissaires pour la politique industrielle. » Ce groupe rassemble, entre autres, les commissaires au marché intérieur, à la recherche et à l'innovation, et à la concurrence, sous l'autorité du président Barroso, précise ce document.

« Les dispositions juridiques faibles du traité de Lisbonne sur la politique industrielle ont jusqu'à présent été interprétées de manière très limitée par la Commission européenne », peut-on lire dans une déclaration de position du Parti des Socialistes européens (PSE).  « La Commission devrait plutôt envisager plus sérieusement de prendre des initiatives utiles pour promouvoir la coopération [entre les États membres dans le domaine de la politique industrielle], notamment des initiatives visant à introduire des orientations et des indicateurs, l'échange de bonnes méthodes et la préparation des éléments nécessaires au contrôle et à l'évaluation périodique », peut-on lire dans cette déclaration.

Le président du groupe PSE, Karl-Heinz Lambertz, a commenté : « L'expérience a clairement prouvé qu'il n'y a pas de croissance sans une politique industrielle solide et pas de politique industrielle solide sans des fonds structurels solides. Au lieu de simplement réallouer les fonds structurels, il faudrait donc plutôt établir un calendrier européen pour la croissance fondé sur une stratégie réelle pour le renouveau industriel en Europe et une approche de gouvernance à plusieurs niveaux », a-t-il souligné.

« La nouvelle politique industrielle pour l'Europe doit s'appuyer sur une stratégie durable », a déclaré l'eurodéputé vert Reinhard Bütikofer (Allemagne). « De nouveaux instruments politiques devraient être adoptés, comme une directive sur les sols. Je pense que nous devrions nous concentrer sur la politique industrielle et sur le rapport prévu par la Commission cette année. Il s'agira sans doute de la question la plus épineuse aujourd'hui dans la sphère des décisions politiques économiques. »

Prochaines étapes : 
  • 10 oct. 2012 : le commissaire Antonio Tajani devrait dévoiler une nouvelle communication sur la politique industrielle.
Jeremy Fleming – Article traduit de l'anglais
Industry: Back to the future?
Contexte : 

En 2010, la Commission européenne a lancé une initiative phare intitulée « Une politique industrielle intégrée à l’ère de la mondialisation » dans le cadre de sa stratégie Europe 2020 pour la croissance durable.

Cette initiative définit une nouvelle approche pour la politique industrielle mettant l'accent sur l'importance de l'industrie pour l'économie.

Depuis, l'économie européenne a continué de s'embourber dans la crise. À la fin du moins de juin dernier, la production industrielle était 10 % plus faible qu'avant la crise. Plus de trois millions d'emplois ont été  supprimés dans ce secteur.

Suite à une consultation lancée au début de l'année, la Commission devrait publier une nouvelle communication le 10 octobre prochain dans le but de relancer la politique industrielle.

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