L'exécutif européen a proposé des « lignes d'action prioritaire » pour les technologies innovantes, notamment la production propre, les voitures électriques, les technologies clés génériques et les réseaux énergétiques intelligents. Cette proposition nécessite une augmentation considérable du budget européen pour la recherche et le développement.
La Commission européenne souhaite que les fonds pour la recherche passent à 80 milliards d'euros dans le budget européen pour les sept prochaines années (2014-2020).
De son propre aveu, l'attention renouvelée de la Commission pour l'innovation s'appuie sur l'échec du passé. Récemment, l'Europe a vu la production de secteurs émergents, comme les cellules photovoltaïques, se délocaliser.
« Bien que le marché européen des panneaux solaires représente environ 77 % du marché mondial de l'énergie photovoltaïque et que plus de 30 % des brevets pertinents soient européens, seuls 13 % des cellules photovoltaïques sont produites en Europe », reconnaît la Commission dans un projet de communication sur la politique industrielle qui devrait être publié le 10 octobre 2012.
« La situation est pire en ce qui concerne les batteries au lithium : les entreprises européennes détiennent plus de 30 % des brevets pertinents et 0 % de la production mondiale », rapporte le document.
La route la plus sûre pour l'Europe : l'innovation
L'intérêt des décideurs politiques pour l'innovation est tant pragmatique qu’ambitieux. Avec des coûts de la main-d'oeuvre et de l'énergie relativement importants et des impôts indirects élevés, l'Europe doit trouver des marchés sophistiqués sur le plan technologique pour maintenir sa part de marché et stimuler la productivité dans ces secteurs.
Une consultation menée par la Commission avant l’élaboration de la nouvelle communication a démontré que « l'incertitude concernant l'évolution de nouveaux marchés » qui « ébranle la confiance et retarde les investissements » est l’un des principaux obstacles au développement des technologies innovantes en Europe.
Le document de stratégie se concentre donc sur six secteurs, notamment les tout nouveaux tels que l'impression 3D et les marchés existants comme ceux des voitures électriques et des réseaux intelligents.
Reste encore à déterminer la valeur ajoutée de cette initiative. La Commission préconise une normalisation croissante et une meilleure connexion entre les secteurs complémentaires (les réseaux intelligents et les voitures électriques, par exemple). Elle recommande également la création de groupes de travail pour abattre les cloisons politiques qui ont entravé de tels efforts par le passé.
Tout est d'abord question d'argent
Le document précise que le financement sera la clé du succès de toute politique.
« Les partenariats public-privé peuvent fournir les fonds pour de telles initiatives dans le cadre de la stratégie Horizon 2020 [le programme de recherche proposé par la Commission pour 2014-2020]. Le financement du capital-risque par des sources privées, la politique de cohésion et les instruments de la Banque européenne d'investissement peuvent également être utilisés », indique le document.
Le projet du programme-cadre de recherche, Horizon 2020, est en fait conforme aux objectifs de la politique industrielle. Il met en effet l'accent sur l'augmentation du budget pour les technologies clés génériques et innovantes, la promotion des regroupements d'entreprises et un accès plus simple aux fonds européens pour les secteurs innovants.
L'un des inconvénients évidents est que la stratégie Horizon 2020 est, comme le reste du budget européen, soumise à des négociations politiques.
La Commission européenne et le Parlement souhaitent que les fonds pour la recherche passent à 80 milliards d'euros dans le budget européen pour les sept prochaines années (2014-2020), le cadre financier pluriannuel (CFP).
Les négociations budgétaires auront des conséquences sur l'avenir des secteurs innovants
Tout comme l'augmentation des fonds régionaux, ce chiffre est formulé dans la proposition de la Commission pour un budget total d'environ mille milliards d'euros.
Les États membres qui tiennent les cordons de la bourse s'y opposent et affirment qu'accroître les dépenses est impossible. Ils souhaitent un véritable gel du budget, qui diminuerait le montant actuel de 100 milliards d'euros, mettant en péril les grandes ambitions de la Commission pour la recherche.
La valeur de la nouvelle stratégie industrielle dépendrait donc en quelque sorte du résultat du débat beaucoup plus large sur le budget européen.
En ce qui concerne les points non abordés, tels que l’allègement des formalités administratives, l'UE devra faire preuve de volonté et dépasser le stade des mots. Quant aux difficultés structurelles, les entreprises salueront les efforts visant à surmonter les obstacles et créer de nouveaux partenariats, mais non sans une certaine méfiance.
« Des structures verticales telles que des partenariats en matière d'innovation pourraient rendre la politique d'innovation plus cohérente, mais les entreprises devraient avoir une place dans ces structures », a mis en garde Orgalime, l'organisme de liaison des industries métalliques européennes, en répondant à la consultation.



