Des investissements ciblés ou des fonds de capitaux à risque destinés à promouvoir les jeunes entreprises soutiennent les régions technologiques à succès de l'Europe. L'agence finlandaise des technologies, Tekes, est un exemple, avec un budget annuel de 600 millions d'euros et une équipe de 360 personnes.
Tekes collabore avec le fonds de capital à risque, Finnvera, afin de trouver des entreprises à un stade précoce et de les aider à s'établir.
La Finlande est par conséquent devenue plus favorable au marché et à l’entrepreneuriat ainsi qu’un un foyer pour la création d’un nombre impressionnant de jeunes entreprises, dont 300 ont été créées par d'anciens employés de Nokia.
L'Irlande attire également le secteur de la haute technologie. « Si vous consultez une carte des activités des jeunes entreprises en Europe, il serait difficile d'ignorer Dublin », a déclaré Noel Ruane, qui travaille dans la capitale irlandaise pour le fonds d'investissement américain Polaris Partners. Ce fonds investit dans de jeunes entreprises et en phase d'amorçage dans le secteur de la haute technologie.
M. Ruane a indiqué que des capitaux étaient désormais plus disponibles que jamais auparavant pour ces jeunes entreprises, grâce à l'Enterprise Competitive Start Fund de l'Irlande, qui investit dans 15 jeunes entreprises en phase d'amorçage tous les trimestres.
Ce phénomène s'accompagne d'« accélérateurs » locaux, à savoir de petits opérateurs qui offrent des financements de démarrage aux jeunes entreprises, comme Launchpad, créé par Noel Ruane en 2010.
Il n'est pas surprenant que les tentatives d'expansion d'un centre de haute technologie dans l'est de Londres, le « Silicon Roundabout », se soient concentrées sur la nécessité de fonds destinés à la technologie.
Dans un rapport publié en juin 2012, A Tale of Tech City, par le groupe de réflexion Demos, la nécessité de créer de nouveaux outils financiers et un fonds alloué aux entreprises de la haute technologie figurait parmi les recommandations clés.
Les finances : un seul élément de l'équation
Les finances ne constituent qu'une partie des mesures qui permettent à ces régions d'être plus performantes que d'autres, comme le révèle l'initiative de la région balte « Startup Sauna ».
L'objectif de Startup Sauna est de choisir de jeunes entreprises et de les préparer à entrer sur les marchés internationaux, grâce à des coachs sélectionnés parmi des entrepreneurs talentueux existants, des investisseurs et d'autres professionnels de la région.
Deux fois par an, Startup Sauna organise des sessions préliminaires en Europe du Nord et en Russie afin de sélectionner les 15 meilleures idées de jeunes entreprises pour une formation intensive de six semaines. À la fin du processus, ces idées se développent en présentations finales prêtes à convaincre les investisseurs internationaux.
Cet environnement a permis de propulser des entreprises prospères telles que Rovio Entertainment. Le développeur de jeux vidéo derrière la superproduction « Angry Birds » est l'un des principaux partisans de Startup Sauna. L'entreprise a levé des capitaux provenant d'investisseurs externes comme Microsoft et compte maintenant 500 employés en Finlande.
Harri Koponen, le chef de l'exploitation de Rovio, a mis en évidence les politiques nécessaires à la création d'un « écosystème » au sein duquel de jeunes entreprises peuvent réussir. Ces politiques comprennent un environnement général d'entreprises dans lequel l'imposition des jeunes entreprises tient compte du fait qu'il peut exister un décalage avant qu’elles n’engendrent des bénéfices.
En Finlande, Rovio a été « indubitablement soutenu par un environnement axé sur les services, où l'entreprise n'était taxée que lorsqu'elle commençait à générer des recettes », a expliqué M. Koponen.
L'incidence des politiques de formation sur les jeunes entreprises de la haute technologie constitue un autre facteur. Dans les pays nordiques, les universités sont incitées à commercialiser leurs idées et à produire des jeunes entreprises et les écoles doivent inculquer les valeurs de l'esprit d'entreprise aux élèves.
L’enseignement de la haute technologie à l'école
Lors d'un événement à Bruxelles sur la manière dont les politiques publiques stimulent les jeunes entreprises du secteur des TIC, le ministre norvégien de l'éducation, Rigmor Aasrud, a déclaré que son pays travaillait sur une nouvelle loi. L'objectif est de mettre en évidence le besoin grandissant pour les jeunes d'avoir plus de cours de sciences, de technologies, d'ingénierie et de mathématiques (STEM) afin d'être exposés plus tôt à une « économie de la technologie ».
Le directeur juridique de Microsoft, Brad Smith, a ensuite soutenu cette position lorsque le géant américain de la technologie a lancé « Youthspark », une initiative destinée à rehausser le profil de la technologie auprès des écoliers.
Des décideurs politiques tentent également de contribuer à l'essor de la haute technologie. Dans un rapport du groupe de réflexion européen The Lisbon Council, publié en octobre dernier, le commissaire européen en charge du marché intérieur, Michel Barnier, a exposé une série d'initiatives politiques en préparation en vue d'aider les jeunes entreprises et les PME du le secteur de la haute technologie.
M. Barnier a souligné que le lancement d'un brevet unique européen, même en l’absence de l'Espagne et de l'Italie, constituait un signal clé pour les jeunes entreprises.
Conformément au nouveau système, le prix de la protection des inventions pour les entreprises de la technologie « sera diminué par sept », selon M. Barnier.
Propriété intellectuelle et protection des données
La propriété intellectuelle (PI) est un élément crucial du succès de la politique européenne dans le secteur de la haute technologie, selon M. Koponen.
« La PI constitue une occasion de tirer profit de l'Europe en tant que centre, car en matière de droit d'auteur, le [vieux continent] est déjà considéré comme l'un des meilleurs endroits au monde. L'Europe doit accélérer en matière de PI, car, outre l’existence de bonnes écoles, il y aura ainsi plus de développeurs et cela deviendra ensuite un cercle perpétuel », a-t-il déclaré.
Toutes les politiques ne sont toutefois pas avantageuses pour les jeunes entreprises. Les propositions de règles de l'UE sur la protection des données, débattues en ce moment au Parlement européen, ont soulevé les critiques de certains acteurs des entreprises de la technologie.
Le projet de règlement de l'UE sur la protection des données, en l'état actuel, nuirait au marché innovant des applications de haute technologie, un terrain fertile pour les jeunes entreprises. « La plupart de ces entreprises sont en réalité très petites, même si elles doivent gérer un certain nombre de données afin de développer les applications », a déclaré une source du secteur qui préfère garder l'anonymat.
« Des conditions administratives pénibles les excluraient du marché. »
M. Koponen s'est fait l'écho de ces inquiétudes et a déclaré que les petites entreprises du secteur des applications manquaient de personnel nécessaire pour la gestion des données.
La nécessité d'engager du personnel supplémentaire représenterait « une procédure inutile et non souhaitée, une sorte de "Big Brother vous regarde"» », a-t-il ajouté



