Les services liés aux technologies de l'information et de la communication (TIC) sont constamment plus performants qu'une économie normalement morose. Ils sont passés de 5 à 10 % en 2012, selon les perspectives de l'économie de l'Internet publiées par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en octobre dernier.
L'explosion de la demande de tablettes et de smartphones ainsi que les possibilités de stockage de données en ligne dans le nuage ont permis de soutenir le secteur des TIC, même au cours de la crise financière de 2008. Selon le rapport de l'OCDE, les plus grandes entreprises ont enregistré une augmentation de 6 % du chiffre d’affaire annuel entre 2000 et 2011.
Même s’il est difficile d’emprunter sur les marchés des capitaux, les TIC renversent également la tendance, indique l'OCDE. Le secteur a en effet empoché plus de 50 % de tous les capitaux à risque en 2011 aux États-Unis, le plus grand marché mondial. En Finlande, l'un des foyers des TIC en Europe, le secteur représente plus de 1,5 % du PIB. Les TIC reflètent les montants d'investissement les plus élevés du secteur depuis l'éclatement de la bulle de l'Internet en 2000.
Depuis le dernier record enregistré dans l'activité économique fondée sur l'Internet, il y a eu un changement radical de l'influence sur tous les secteurs de l'économie, avec la transformation des marchés de la musique, des vidéos, des logiciels, des livres et des nouveaux médias.
Le rapport de l'OCDE met en évidence la manière dont l'Internet réorganise le mode de vie des personnes, non seulement dans leurs habitudes de consommation (à travers la variété de biens et de services numériques, des prix plus bas, davantage de canaux de distribution) mais également dans leur façon de travailler et d'être embauché. Une personne sur cinq utilise en effet l'Internet comme outil de recrutement.
« Troisième vague » du développement de l'Internet
Le développement de l'Internet est sur le point de s'étendre à des secteurs qui n'étaient pas associés aux capacités de communication auparavant, ce qui augmenterait davantage son potentiel en tant que moteur de la croissance, selon un autre rapport publié en octobre dernier par le cabinet-conseil McKinsey.
Les prises, les voitures et les ampoules électriques sont de plus en plus connectées à l'Internet afin d'introduire de nouvelles fonctions. Cette « troisième vague » de l'expansion de l'Internet, parfois appelée « l'Internet des objets », devrait relier n'importe où 10 à 100 appareils par famille et éventuellement des millions par entreprise, indique ce rapport.
Ce succès soulève toutefois des questions problématiques pour les entreprises et même les décideurs politiques à propos de la confiance, de la vie privée, de la maîtrise de l'économie numérique et de la manière de mesurer le succès économique de ce phénomène.
Étant donné qu'une myriade de signaux et de données sont produits par l'intermédiaire de plusieurs appareils et réseaux, l'Internet fournit des informations sur les personnes à des tiers, ce qui augmente les préoccupations quant à la sécurité des informations et de la vie privée.
Les risques identifiés dans le rapport de McKinsey révèlent des vols d'identité, la perte de propriété intellectuelle, des violations de la vie privée et des usurpations d’identité et des atteintes à la réputation. Toutes ces questions clés doivent être abordées par les entreprises.
Pour ce faire, la Commission européenne a proposé une nouvelle réglementation sur la protection des données en janvier 2012. L'objectif est de sauvegarder le caractère privé des données personnelles sur l'Internet.
>> Lire : Protection des données : la Commission dévoile sa proposition
La législation proposée rencontrera toutefois quelques difficultés dans la procédure législative de l'UE cette année, à la suite d'un rapport sur le dossier, présenté le mois dernier par la commission parlementaire sur les libertés civiles, la justice et les affaires intérieures.
L'eurodéputé allemand Jan Philipp Albrecht (Verts), qui rédige la position du Parlement sur la proposition, a déclaré à EurActiv qu'il ne doutait pas que le législatif européen puisse convenir d'une position commune sur le document d'ici avril, en vue de lancer des négociations avec les États membres au Conseil de l'Union européenne.
Questions de contrôle et de maîtrise du succès
La position des 27 États membres de l'UE reste le grand point d'interrogation, car ces derniers doivent encore adopter une position commune sur la question.
La position du Conseil demeure peu claire pour le moment. Certains pays s'opposent à une réglementation sous n'importe quelle forme et l'avis de l'Allemagne, qui sera décisif, reste ambivalent.
M. Albrecht a reconnu que le maintien de la nouvelle règle à l'ordre du jour de cette session parlementaire, qui expire en 2014, demandera une certaine vigilance.
L'interaction du nouveau régime européen avec les normes étrangères, et surtout américaines, constituera le point de départ d'un conflit.
Des tensions sont également palpables en matière de cybersécurité, domaine pour lequel l'exécutif européen est sur le point d'annoncer une nouvelle stratégie. Le secteur privé s'inquiète en effet de savoir jusqu’où il devra dévoiler le niveau et la nature des menaces pour la sécurité des données auxquelles il est confronté.
Évaluer l'impact de l'économie de l'Internet
L'essor de l'économie de l'Internet ne pose cependant pas seulement des problèmes liés au contrôle. Comprendre comment maîtriser l'innovation, créer les bonnes conditions pour de nouvelles entreprises et saisir le sens de l'extension de l'économie de l'Internet constituent des défis.
Alors que la Commission envisage de lancer son nouveau programme de recherche « Horizon 2020 », elle cherche des solutions pour encourager l'économie numérique à redécouvrir le rôle de l'Europe en tant que pionnière de la révolution de l'Internet.
L'évaluation des aspects économiques, de la taille et du potentiel du secteur de l'Internet constituent des difficultés majeures pour les décideurs politiques avant l'adoption de politiques.
Les entreprises de l'Internet ont anticipé ces questions et publié leurs propres évaluations. Un rapport récent commandé par Facebook via le cabinet-conseil Deloitte a estimé les conséquences économiques indirectes de l'entreprise à 15,3 milliards d'euros pour l'économie européenne, affirmant qu'elle contribue à 232 000 emplois sur le continent.
Il s'agit de l'un des nombreux rapports qui évaluent la valeur de l'économie fondée sur les données pour le continent.
Repenser les statistiques économiques
Dans un document de politique générale publié à l'automne dernier par Progressive Policy Institute à Washington, l'économiste d'Harvard Michael Mandel a affirmé que « les décideurs économiques et politiques du monde n'utilisaient pas les données nécessaires afin de comprendre l'importance des données pour l'économie ».
M. Mandel a mentionné le fait qu'Eurostat, l’office statistique européen, révélait la hauteur des investissements d’entreprises européennes dans les bâtiments et le matériel, mais non les sommes que ces mêmes entreprises dépensent dans les bases de données de consommateurs et d’entreprises, comme preuve de malaise.
« Depuis le concept moderne de croissance économique développé dans les années 1930, des économistes sont systématiquement formés pour repenser l'économie comme si elle était divisée en deux grandes catégories : "biens" et "services". Mais les données ne sont ni un bien, ni un service », selon M. Mandel.
Il estime que les statistiques clés examinées par les décideurs politiques, la croissance économique, la consommation, l'investissement et le commerce, minimisent radicalement l'importance des données pour l'économie et que « ces statistiques trompeuses dénaturent la politique gouvernementale ».
Les questions qui planent sur la quantification de l'économie des données referont probablement surface lorsque les débats politiques s'intensifieront. Des décisions du gouvernement français qui tente de tirer profit des fournisseurs de services de « haut niveau », comme Google, pour leur consommation relative de bande passante de haut débit, ouvrent la voie à de nouvelles questions sur l'imposition des entreprises du secteur de l'Internet.
Si une exception peut être prévue pour l'imposition de l'Internet, le secteur demandera davantage de reconnaissance en tant que moteur économique.



