Critiquée en raison de son manque de détails et de la faiblesse de son action gouvernementale, la conférence Rio+20 a néanmoins dégagé de bons résultats pour les entreprises qui utilisent les réunions internationales comme plateforme en vue de lancer leurs propres initiatives.
Au Brésil, des dizaines de sociétés multinationales ont promis de devenir plus écologiques et transparentes dans leur rapport sur les mesures en faveur du développement durable.
Par exemple, l'industrie du vinyle en Europe a accepté de remplacer les additifs à base de plomb, de réduire l'utilisation de l'énergie et de favoriser le recyclage du plastique au chlorure de polyvinyle (PVC) généralement utilisé dans les canalisations d'eau urbaines, la plomberie domestique, les fenêtres et les portes.
Six mois après le sommet et à plus de 9 300 kilomètres de Rio de Janeiro, une entreprise belge a commencé à respecter cet engagement. Elle accomplit ce que le commissaire européen en charge de l'environnement, Janez Potočnik, a récemment demandé aux entreprises de : « recycler, substituer, réduire et utiliser parcimonieusement les ressources ».
Deceuninck Nv. est une société qui a commencé à fabriquer des portes et des fenêtres avant même la Seconde Guerre mondiale. Elle a inauguré une nouvelle installation de recyclage qui, selon ses représentants, réduit radicalement sa dépendance aux ressources primaires en réutilisant des portes et fenêtres mises au rebut ainsi que d’autres biens composés de PVC pour la fabrication de nouveaux produits.
« Aujourd'hui, la boucle est bouclée », a déclaré Tom Debusschere, le directeur exécutif de Deceuninck, en faisant référence à la capacité de l'entreprise de produire, d’utiliser et de réutiliser des biens hors d’usage.
« Le PVC est un matériau précieux qui ne devrait pas finir dans une décharge ou un incinérateur », a affirmé M. Debusschere le 17 octobre, lors de l'ouverture de la première installation de recyclage de l'entreprise qui peut traiter 20 000 tonnes de PVC par an.
M. Debusschere a ajouté que les nouvelles fenêtres et portes de son entreprise sont presque totalement recyclables.
L'industrie européenne du PVC a convenu à Rio de réduire son empreinte sur les ressources en recyclant 800 000 tonnes de PVC par an d'ici 2020. À titre de comparaison, ce secteur en a recyclé 255 000 tonnes en 2010. Grâce au projet VinylPlus, le secteur s’engage également à réduire progressivement l'utilisation de plomb d'ici 2015 et à établir un label certifiant que des produits PVC sont durables.
Les efforts de recyclage ont été entrepris au cours de la dernière décennie étant donné que le PVC a une durée de vie très longue et qu’il n’est présent sur le marché que depuis les années 1950.
La déception de Rio
D'autres secteurs ont pris des engagements volontaires similaires alors que beaucoup critiquent la feuille de route « The Future We Want » de la conférence Rio+20 qui contenaient peu d'objectifs et d'engagements contraignants souhaités par les fonctionnaires de l'UE et les défenseurs de l'environnement.
Annoncée comme la plus grande conférence de l'histoire des Nations unies, la conférence Rio+20 a eu lieu vingt ans après le premier Sommet de la Terre de l'après-guerre froide. À l'instar des militants écologistes, certaines des plus grandes organisations commerciales et entreprises mondiales avaient espéré que la conférence aurait permis d'établir une plateforme pour des objectifs clairs en matière d'énergie et de développement durables.
« Nous sommes très inquiets quant au manque d'ambition et d'élan de la communauté internationale lorsqu'il s'agit d'opérer des changements », avait déclaré Peter Paul Van De Wijs, directeur du World Business Council on Sustainable Development (WBCSD), lors de l’ouverture de la conférence le 20 juin.
« Trop de manoeuvres politiques polluent ces discussions, il faudrait plutôt relayer l'avis de la société au sens large et prendre des responsabilités », a expliqué M. Van De Wijs, ancien dirigeant de l'équipe en charge de la stratégie mondiale pour l'eau chez Dow Chemical. « Il est donc tout à fait exceptionnel de voir les entreprises directement appeler à davantage d'objectifs, d'actions et à une réglementation plus pertinente. »
Certains militants ont douté du sérieux des propos des patrons d'entreprises et ont estimé que ces derniers avaient fait la promotion d'engagements volontaires dans le but de décourager les hommes politiques de prendre des mesures de réglementation. L'Observatoire de l'Europe industrielle, une organisation bruxelloise qui contrôle les groupes de pression dans l'UE, a accusé les entreprises de « lobbying intensif » lors du Sommet de la Terre de Johannesbourg de 2002.
Passer des paroles aux actes
Certains secteurs affirment toutefois que leurs paroles se sont transformées en actes. À Rio, quelque 24 multinationales se sont engagées à accroître la protection des écosystèmes et le caractère durable des entreprises en l'absence de normes internationales.
Dans la ville flamande de Dixmude, les cadres de Deceuninck ont annoncé qu'ils intégraient la durabilité dans leurs pratiques d'entreprise. L'entreprise considère qu'il est judicieux de recycler les fenêtres et portes en PVC installées il y 40 ou 50 ans et de les remplacer par des modèles plus efficaces.
Les rebuts constituent des ressources bon marché et le recyclage consomme moins d'énergie que la production de biens à partir de matériaux vierges. L’installation de recyclage de l'entreprise convertit de vieux plastiques en granules de PVC qui sont ensuite utilisés pour la production de nouveaux biens, comme les panneaux insonorisant alvéolaires que l'on trouve le long des autoroutes et des chemins de fer.
Le directeur exécutif de Deceuninck a affirmé que le recyclage faisait partie du « devoir » de l'entreprise. « Nous sommes convaincus qu'il s'agit [d'une bonne action] et que cet investissement de 3 milliards d'euros sera rentable d'ici trois ans. »



