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Les déchets alimentaires et une alimentation plus verte, deux priorités de l'UE

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Publié 05 juillet 2012, mis à jour 07 novembre 2012

EDITION SPECIALE / La Commission européenne veut aider les consommateurs à réduire leurs déchets alimentaires en instaurant des étiquettes plus claires pour les limites de consommation. Les mesures prévues pour verdir notre alimentation ne s'arrêteront toutefois pas là, les décideurs politiques ont bien l'intention de s'attaquer à toute la chaîne alimentaire.

Au vu des 80 millions de citoyens européens vivant sous le seuil de pauvreté et des 16 millions de personnes dépendant de l'aide alimentaire, le Parlement européen s'est lancé dans une croisade contre le gaspillage alimentaire.

Chaque année, jusqu'à 50 % des aliments comestibles et sains sont gaspillés dans les ménages, les supermarchés, les restaurants et tout au long de la chaîne d'approvisionnement en Europe. C'est pour cette raison que le Parlement appelle à des mesures urgentes pour régler le problème.

Dans une résolution adoptée en janvier, les législateurs ont exhorté la Commission européenne à réduire de moitié les déchets alimentaires d'ici 2025, en adoptant un large éventail de mesures.

« Nous voulons voir émerger une stratégie européenne convaincante pour encourager les 27 États membres à se pencher sur cette question », a déclaré Salvatore Caronna, l'eurodéputé socialiste italien qui a rédigé la résolution du Parlement sur le gaspillage alimentaire.

L'éducation des consommateurs commence à l'école

Au Parlement, Anna Maria Corazza Bildt, une eurodéputée suédoise du Parti populaire européen (PPE), supervise une campagne sur le terrain visant à éduquer les consommateurs sur le gaspillage alimentaire, en commençant par les enfants à l'école.

La femme de Carl Bildt, le ministre des affaires étrangères suédois, a expliqué qu'il était possible d'inculquer aux enfants la valeur de la nourriture en faisant appel à leurs sens (le toucher, la vue et l'odorat) au lieu de jeter les aliments.

À la maison, quelques gestes simples suffisent pour éviter le gaspillage, a-t-elle expliqué à EurActiv. « Il peut s'agir de vérifier la température de votre réfrigérateur ou de vous servir deux petites portions d'un plat plutôt qu'une grande. »

Au restaurant, Mme Corazza Bildt encourage les clients à emporter chez eux la nourriture qu'ils n'ont pas mangée dans un « doggy bag ». « On ne devrait pas être gênés d'emporter les restes chez nous, comme c'est le cas aux États-Unis », a-t-elle affirmé à EurActiv. « Ramenez les restes chez vous ! » 

Pour réduire les déchets, il faut aussi savoir faire ses courses intelligemment au supermarché, a poursuivi Mme Corazza Bildt. « Beaucoup de gens jettent les aliments en se référant à la date indiquée sur le paquet, sans comprendre que le produit peut encore être consommé », a-t-elle fait remarquer.

Dates de péremption

Les appels du Parlement ont trouvé un écho à Bruxelles, où la Commission européenne travaille actuellement à l'élaboration d'étiquettes plus claires pour les consommateurs.

Chantal Bruetschy, chef de l'unité Innovation et développement durable de la DG Santé et Consommateurs, estime que des étiquettes plus claires permettraient d'éviter que certains aliments encore comestibles soient jetés , et ce « sans compromettre la sécurité alimentaire ».

Lors d'un atelier d'EurActiv sur les déchets alimentaires, elle a expliqué que de nombreux consommateurs sont susceptibles de jeter les aliments à la poubelle lorsqu'ils pensent qu'il vaut mieux ne pas les manger, par précaution.

« L'étiquetage est souvent mal interprété par les consommateurs qui ne font pas bien la distinction entre « Consommer de préférence avant » (un critère de qualité) et « Consommer avant », un critère de sécurité », a déclaré Mme Bruetschy à EurActiv dans un commentaire envoyé par courriel après l'atelier du 30 mai.

« La Commission va clarifier cet aspect, en étroite coopération avec les États membres », a-t-elle poursuivi. Cela devrait prendre la forme d'une « explication commune » distribuée aux États membres, aux associations de consommateurs, aux détaillants, aux exploitants du secteur alimentaire et aux banques alimentaires.

Mme Bruetshcy a toutefois émis des réserves quant à la réforme des lois européennes sur l'étiquetage alimentaire. « Pas besoin de revenir sur la réglementation relative à l'information alimentaire au consommateur », a-t-elle assuré. Cette réglementation a été adoptée en 2011 après des années de négociations.

Elle estime que certaines exonérations fiscales accordées aux détaillants pourraient encourager les supermarchés à organiser des collectes alimentaires pour des organisations caritatives plutôt que de jeter les aliments. L'objectif de réduire les déchets alimentaires de moitié d'ici 2030 pourrait être inscrit dans une communication qui serait publiée en 2013, a-t-elle ajouté.

Verdir la chaîne d'approvisionnement alimentaire

L'initiative européenne pour verdir le secteur alimentaire ne s'arrêtera pas à la réduction du gaspillage et devrait bientôt concerner toute la chaîne d'approvisionnement, depuis la ferme jusqu'à l'assiette.

Selon la Commission européenne, le secteur des aliments et des boissons représente 23 % de l’utilisation des ressources mondiales, 18 % des émissions de gaz à effet de serre et 31 % des émissions acidifiantes.

En septembre dernier, l'exécutif européen a présenté sa feuille de route pour une Europe efficace dans l'utilisation des ressources et établi sa vision pour une économie plus raisonnable qui consommerait moins de ressources naturelles à l'horizon 2050. La Commission a désigné la chaîne alimentaire comme l'un des domaines à améliorer afin d'atteindre les objectifs plus larges de développement durable.

« D’ici à 2020, les mesures en faveur d’une production et d’une consommation alimentaires plus saines et plus durables se seront généralisées et auront entraîné une réduction de 20 % de l’utilisation des ressources dans la chaîne alimentaire », peut-on lire dans ce document.

Un rapport du comité de la Commission européenne sur la recherche agricole, publié en février 2011, a déjà souligné cet élément et appelé à « un changement radical dans la consommation et la production alimentaires » afin de relever le défi de la raréfaction des ressources et de rendre le système agroalimentaire européen plus résistant aux crises d'approvisionnement potentielles.

« Le secteur agroalimentaire européen devrait envisager la possibilité de relever les défis auxquels il est confronté et d'être le premier à s'imposer sur le marché mondial du développement durable en produisant des aliments sains dans un monde d'incertitudes et de raréfaction », peut-on lire dans ce rapport.

Empreinte carbonique

Ces avertissements ont fait des émules dans le secteur de l'alimentation et des boissons.

Ces dernières années, le concept d'empreinte environnementale est devenu l'argument de vente de l'industrie, notamment en ce qui concerne les émissions de dioxyde de carbone et les « kilomètres alimentaires », le nombre de kilomètres parcourus par les aliments avant d'atterrir dans l'assiette des consommateurs.

Les défenseurs de l'environnement du WWF, une organisation mondiale de conservation, ont sauté sur l'occasion pour lancer des campagnes de promotion en faveur de la production locale et de l'alimentation bio.

« Consommer des produits de saison à l'échelle locale peut être une étape importante pour minimiser l'impact environnemental de notre régime alimentaire », a déclaré le WWF à EurActiv.

À l'échelle de l'UE, la Commission européenne envisage même d'adopter un système d'étiquetage sur les émissions de dioxyde de carbone pour les produits commerciaux. Ce système pourrait inclure un classement pour les aliments et d'autres produits similaire à celui des étiquettes énergétiques qui apparaissent sur les réfrigérateurs et les machines à laver.

Mesurer l'impact sur l'environnement

Les régulateurs et les défenseurs de l'environnement notent toutefois que l'impact environnemental de l'industrie alimentaire dépasse largement les kilomètres alimentaires.

« La majorité des gaz à effet de serre émis par le secteur alimentaire ne provient pas des kilomètres alimentaires, mais bien du mode de production des aliments et des produits utilisés dans les sols ou pour nourrir le bétail », a expliqué le WWF. « Le stockage, l'utilisation des aliments et la gestion des déchets ont également un impact. »

Les entreprises agroalimentaires ont tenu compte de ces inquiétudes et commencé à prendre des initiatives pour renforcer leurs règles de protection de l'environnement. Elles ont récemment développé une méthodologie commune pour mesurer l'impact environnemental de leurs activités en matière d'utilisation de l'eau ou d'émissions de dioxyde de carbone.

FoodDrinkEurope, une organisation professionnelle, a défini sa vision pour le développement durable à l'horizon 2030, qui comprend une liste d'actions dans trois domaines : l'approvisionnement durable, l'utilisation efficace des ressources et la consommation durable du point de vue des consommateurs.

« C'est du bon travail, mais il faut à présent passer à l'étape suivante et traduire ces promesses par des actions concrètes sur le terrain, afin de s'assurer que les consommateurs ont accès à des informations exactes sur la durabilité de leurs choix », a déclaré Janez Potočnik, le commissaire européen à l'environnement.

« C'est dans l'intérêt direct du secteur alimentaire puisque ceux qui investissent pour réduire leur impact sur l'environnement sont récompensés pour leurs efforts et ne sont pas accusés de simplement « verdir » leur discours, a ajouté M. Potočnik.

La Commission devrait donner suite à la feuille de route sur l'utilisation efficace des ressources en 2013, par le biais d'une communication sur l'alimentation durable.

Régimes verts

Les défenseurs de l'environnement ne veulent pas que les efforts de l'UE s'arrêtent là. Ils ont commencé à se pencher sur le lien qui existe entre les choix alimentaires des citoyens, l'environnement et la santé publique.

Le WWF a recueilli des informations sur les régimes alimentaires en Espagne, en France et en Suède. Sans surprise, la viande rouge et les aliments transformés et préemballés sont les points noirs de l'alimentation pour l'environnement et la santé.

« La consommation de viande rouge et d'aliments transformés très caloriques a augmenté. Ces tendances ont des conséquences négatives sur la santé publique et l'impact climatique des régimes alimentaires nationaux », peut-on lire dans le rapport du WWF.

Parmi les problèmes de santé liés au régime alimentaire cités dans ce rapport se trouvent l'obésité, les maladies cardiovasculaires, le diabète de type II et les cancers.

Selon les militants, adopter un régime alimentaire plus sain et plus vert serait une bonne solution pour les budgets de santé des gouvernements et pour la planète. Il faudrait pour cela suivre les recommandations suivantes :

  • manger plus de fruits et légumes ;
  • réduire les déchets alimentaires ;
  • manger moins de viande ;
  • réduire les aliments hautement transformés ; et
  • acheter des aliments certifiés durables.

« En suivant ce régime, non seulement les citoyens européens seront en meilleure santé, mais les émissions de gaz à effet de serre pourraient être réduits de 25 % dans les chaînes d'approvisionnement des pays pilotes d'ici 2020 », a expliqué le WWF.

Reste à déterminer si les consommateurs joueront le jeu ou non.

Réactions : 

EurActiv a organisé un atelier sur les déchets alimentaires le 30 mai dernier. Voir une vidéo des moments clés :

Prochaines étapes : 
  • 2013 : Communication de la Commission sur l'alimentation durable.
Frédéric Simon — Article traduit de l'anglais
Contexte : 

Selon la Commission européenne, le secteur des aliments et des boissons représente 23 % de l’utilisation des ressources mondiales, 18 % des émissions de gaz à effet de serre et 31 % des émissions acidifiantes.

Une table ronde de sur l'alimentation durable a été lancée par l'UE en mai 2009 et rassemble des décideurs politiques, des agriculteurs, des producteurs du secteur de l'alimentation et des boissons, des fabricants d'emballage et des associations de consommateurs qui tentent de développer des méthodologies afin de mesurer l'impact environnemental de l'industrie de l'alimentation et des boissons.

Cette table ronde a publié juillet 2011 son premier rapport, qui se concentre sur des méthodes de calcul de l'impact environnemental de l'industrie.

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