À la grande déception des organisations de défense de l'environnement et même de certaines multinationales, Rio+20 n'a abouti à aucun engagement ou plan d'action contraignants en vue d'atteindre un équilibre entre la demande des consommateurs et la disponibilité des ressources naturelles.
« L'accord actuellement sur la table à Rio est un mauvais compromis avec des définitions abstraites, de vieilles idées et des délais impossibles. Il ne permettra jamais de résoudre les problèmes urgents de la planète », a déploré Craig Bennett, le directeur politique et de campagne des Amis de la Terre.
Les enjeux sont élevés, mais aucune action n'a été décidée. L'organisation londonienne Consumers International estime que la consommation des Hommes dépasse déjà de 50 % la capacité de renouvellement de la planète.
Les projections américaines les plus modestes suggèrent que l'on pourrait être confrontés à une pénurie d'eau douce, de denrées alimentaires et de minerais industriels dans deux générations, alors que la population mondiale devrait passer de 7 à 9 milliards et que les populations des économies émergentes s'enrichissent et consomment toujours plus.
L’eurodéputé néerlandais Bas Eickhout (Verts) affirme que les entreprises doivent agir pour relever les défis à venir. « Il faut réellement réfléchir à la tarification, à la gestion des taxes, et aux types de produits qui [devraient] peut-être être retirés du marché », a-t-il expliqué à EurActiv.
« Nous devons à tout prix nous poser ces questions, il faut aller plus loin qu'un simple étiquetage. »
Lors de la conférence des Nations unies sur le développement durable à Rio, aucun engagement n'a été pris pour supprimer les subventions aux carburants fossiles, considérées par les écologistes comme l'obstacle le plus important à la consommation durable. Les conclusions de cette conférence signées par plus d'une centaine de dirigeants mondiaux encouragent l'utilisation durable des ressources naturelles sans pour autant fixer d'objectifs contraignants.
Joindre le geste à la parole
L'UE fait partie des leaders mondiaux en matière de consommation durable, grâce à ses politiques sur la réduction des déchets et la gestion des ressources, ses subventions aux énergies renouvelables et son système d'étiquetage pour l'efficacité énergétique de l'électroménager. La délégation européenne à Rio s'est battue corps et âme pour faire adopter ce type de mesures au niveau mondial, sans succès.
L'UE a également tergiversé en matière d'efficacité énergétique et de réduction des gaz à effet de serre. Elle a finalement choisi la voie des mécanismes de marchés (comme le système d'échange de quotas d'émission) et de la sensibilisation du public plutôt que celle de la taxation qui obligerait les entreprises et les citoyens à être plus efficaces sur le plan énergétique.
La Commission a également coupé court à certaines initiatives nationales visant à encourager les consommateurs à acheter des produits plus verts. Ce fut notamment le cas en Grande-Bretagne, où les allégements fiscaux pour certains « produits permettant d'économiser de l'énergie » ont été supprimés. L'exécutif européen a décidé qu'il s'agissait d'une violation des droits de l'UE, dans la mesure où toute modification des régimes de TVA requiert une décision unanime des Vingt-Sept.
Dans le même temps, le Parlement européen a récemment invité la Commission à revoir son projet d'éliminer les avantages fiscaux liés au diesel, arguant qu'en cette période de hausse des prix des carburants, il faut éviter de réduire ces subventions aux consommateurs.
Le retrait progressif des subventions aux carburants fossiles et une combinaison d'autres politiques peuvent s'avérer efficaces pour forger le comportement du consommateur, selon une étude de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
Ysé Serret de la direction de l'OCDE pour l'environnement à Paris pense que pour obtenir les meilleurs résultats, des efforts sont nécessaires à la fois au niveau de l'offre et de la demande. Les gouvernements qui proposent par exemple de bons systèmes de recyclage et de transports publics encouragent les citoyens à aller dans ce sens.
Par ailleurs, les politiques qui éveillent leur attention sur l'impact environnemental des biens ou des activités de consommation, par le biais de l'étiquetage, peuvent influencer les décisions des clients. L'interdiction ou le retrait progressif de certains produits représentent une autre manière de forcer les marchés à changer. C'est notamment ce que l'UE a décidé à propos des ampoules électriques énergivores.
« Certaines décisions favorables à l'environnement, comme la consommation d'aliments bio ou la volonté de payer pour de l'énergie verte, ne sont motivées que par une faible demande des ménages. On ne peut pas compter uniquement sur la demande des ménages pour atteindre des objectifs ambitieux », a expliqué Ysé Serret à EurActiv lors d'un entretien téléphonique.
« Il faut utiliser une combinaison d'instruments économiques pour offrir les bons incitants, des politiques flexibles (comme l'étiquetage, l'information, l'éducation) tout en proposant [...] des services adéquats aux fournisseurs », a-t-elle expliqué. Une combinaison de politiques « est vraiment essentielle et importante pour entraîner un changement de comportements ».
Entreprises et durabilité
Les entreprises jouent un rôle de plus en plus important. Pendant que les chefs d'État et de gouvernement étaient montrés du doigt pour leur inertie à Rio, les patrons de grandes multinationales étaient occupés à s'engager en faveur de pratiques commerciales plus vertes. En marge des réunions de Rio, les leaders de l'industrie s'en sont tenus à l'appel lancé lors du Forum économique mondial pour que les grandes entreprises adoptent des pratiques d'achat et de production durables et fassent preuve de plus de transparence quant à leurs initiatives pour l'environnement, afin de gagner la confiance des consommateurs.
L’eurodéputé allemand Jo Leinen (Socialistes & Démocrates) a déclaré à EurActiv le 22 juin qu'à l'issue de Rio+20, les dirigeants de multinationales avaient commencé à reconnaître l'importance de la durabilité.
« Je n'ai jamais vu autant d'entreprises participer à un évènement de ce type », a-t-il commenté. « Les chefs d'entreprise intelligents ont bien compris que le développement durable était essentiel aux activités commerciales et qu'un développement non durable entraînerait une distorsion et le déclin de leurs activités.



