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Un député britannique conservateur réclame un programme de quotas personnels de carbone

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Publié 06 juillet 2012

EDITION SPECIALE / Le président de la commission du parlement britannique sur l'énergie et le changement climatique réclame le lancement d'un mécanisme pilote de quotas personnels de carbone. Il propose même que ce projet pilote soit mis en œuvre dans sa circonscription grâce à des financements du secteur privé, voire de l'UE.

Tim Yeo, ancien ministre de l'environnement, a déclaré à EurActiv que l'intérêt des pays étrangers pour l'échange d'émissions pourrait signifier qu'il serait temps de mettre cette idée en pratique. 

« Je souhaite la mise en place de programmes individuels d'échange de carbone et je voudrais que la Grande-Bretagne soit un pays pionnier en la matière », a-t-il affirmé.

« Nous avons été les premiers à appliquer certaines solutions pour lutter contre le changement climatique et nous avons joué un rôle de leader intellectuel. C'est donc ici, au Royaume-Uni, qu'il faudrait lancer un projet pilote. »

« Je propose que ce projet pilot soit mis en oeuvre dans ma circonscription », a-t-il ajouté. « Ce projet pourrait être entièrement financé par le secteur privé afin que l'argent du contribuable ne soit pas utilisé. »

M. Yeo a ajouté que les grands détaillants ou les institutions financières qui cherchent à améliorer leur image pourraient fournir ces financements, mais que l'UE pourrait sans doute également soutenir ce programme pilote.

Cette année, Coca-Cola et Carbon Trust ont publié leur propre étude sur la faisabilité d'un système de ce type.

Les quotas personnels de carbone s'inscrivent dans le prolongement du principe de plafonnement et d'échange qui régit le système européen d'échange de quotas d'émission (ETS), mais concerneraient donc les activités des consommateurs et des ménages, du chauffage aux vacances à l'étranger. 

Les citoyens dont les émissions ne dépassent pas un certain seuil pourraient bénéficier d'un rabais tandis que ceux qui émettent plus de carbone devraient payer pour compenser leurs émissions. 

Trop tôt

Les citoyens trouveraient ce système « facile à comprendre et pourrait même y trouver un certain plaisir », a expliqué M. Yeo. Mais cette idée est souvent perçue comme trop avant-gardiste.

En 2008, le ministère britannique de l'environnement, de l'alimentation et des affaires rurales (DEFRA) a rejeté cette idée en raison de la réaction potentiellement négative de la population et des coûts impliqués, et ce malgré le soutien du ministre de l'environnement d'alors et actuel leader du Parti travailliste, David Milliband.

Tina Fawcett, experte en échange de crédits personnels de carbone à l'Environmental Change Institute (ECI) de l'université d'Oxford, estime que cela pourrait être un mal pour un bien et que les défenseurs de ce projet voulaient en faire trop, trop vite.

« Le système d'échange de crédits personnels de carbone a immédiatement attiré l'attention de la sphère politique, mais très peu de recherches ont été effectuées jusqu'à présent. Il est donc très facile à critiquer », a-t-elle déclaré à EurActiv. « Si ce débat avait lieu dans cinq ans, des recherches auraient été menées et nous aurions plus d'informations pour alimenter le débat. »

Elle a salué l'idée d'un projet pilote évoquée par M. Yeo et estimé à environ 620 000 euros les coûts pour la région. « Je ne vois pas pourquoi ce projet ne serait pas financé par l'UE », a-t-elle ajouté.

Opposition     

L'idée des crédits personnels de carbone se heurte toutefois à une certaine opposition politique.

Les climatosceptiques et les partisans du marché libre considèrent ce système comme un assaut inutile lancé contre la liberté des personnes. Les défenseurs de l'environnement craignent quant à eux que ce système permette aux plus riches de s'acheter un mode de vie peu respectueux de l'environnement sans réel impact pour la lutte contre le changement climatique.

« Ce système ne fait que détourner l'attention des réelles sources majeures de la pollution et de la responsabilité des pollueurs », a déclaré Tamra Gilbertson, fondatrice du groupe Carbon Trade Watch qui est contre tout type de programme d'échange d'émissions.

« Nous devrions prendre des mesures à la source en interdisant l'exploitation du pétrole et des autres carburants fossiles et en demandant des comptes aux entreprises et aux gouvernements qui y ont quand même recours ».

Selon elle, l'égalité sociale est également très problématique car, « en théorie, ceux qui ont davantage de ressources et d'argent pourront acheter plus de crédits et donc polluer plus [que] les personnes aux revenus plus modestes ».

L'égalité sociale en débat

Mme Fawcett a reconnu que ce programme pouvait être interprété comme inégal. « Mais c'est le principe du capitalisme. Les riches s'enrichissent. Ce programme n'est pas en cause », a-t-elle ajouté.

« En réalité, les citoyens riches peuvent, dans tous les aspects de leur vie, faire des choix que n'ont pas les citoyens plus modestes », a reconnu M. Yeo. « L'échange de carbone est également concerné, comme tout le reste. »

Il s'agirait cependant d'« un pas en avant pour les moins aisés », puisque ce système pourrait rapporter de l'argent à « ceux qui vivent dans des habitations plus modiques sans air conditionné ou piscine, ceux qui chauffent leurs habitations à 19 ou 20 °C plutôt que 22 ou 23 °C et qui ne prennent qu'une douche par jour ».

Mme Fawcett a décrit l'échange de crédits personnels de carbone comme une tentative neutre sur le plan politique d'aborder le problème du changement climatique, même si les catégories de populations vulnérables comme les retraités, les handicapés ou les plus pauvres vivant dans des habitations inefficaces sur le plan énergétique devraient faire l'objet d'une attention particulière.

« Ce système étant fondé sur l'échange, nous pourrions dire qu'il s'agit d'un mécanisme de marché. Mais c'est également un mécanisme réglementaire car il impose un plafond absolu et des modalités d'échange. Ce n'est pas vraiment une politique de gauche ou de droite », a-t-elle déclaré.

Des milliers d'alternatives

Pour les militants comme Mme Gilbertson, il existe « des milliers d'alternatives » à ce système, fondées sur « un changement réel et durable pour les communautés en difficulté contre les projets de l'industrie extractive ».

Le système d'échange de quotas personnels présente de nombreux obstacles techniques et son application sera difficile ; ces obstacles semblent insurmontables, a-t-elle ajouté.

Les partisans de ce système n'ont par exemple pas encore décidé comment taxer les voyages internationaux, comment appliquer un programme dans un pays spécifique, quels moyens informatiques et administratifs seront nécessaires et comment appliquer ce système aux enfants, si possible.   

Le désintérêt des décideurs politiques est un autre obstacle majeur au développement de ce projet.

Une récente étude de l'Environmental Change Institute a révélé que même si la couverture médiatique de ce système avait faibli après avoir atteint son plus haut niveau en 2007, de nombreux universitaires se penchaient sur la question et publiaient des articles. Cette idée ferait donc encore des émules.

Qu'il s'agisse d'une idée en l'air ou non, le débat a des chances de se poursuivre.

Arthur Neslen — Article traduit de l'anglais
Contexte : 

L'échange des crédits personnels de carbone est un terme général qui couvre une multitude d'idées expérimentales pour réduire les émissions de carbone en donnant aux individus la responsabilité de gérer les émissions issues de leur propre consommation énergétique. 

En théorie, les crédits personnels de carbone pourraient intervenir dans la consommation d'énergie des ménages et dans le cadre des voyages internationaux, notamment par avion. Chaque individu disposerait d'un nombre égal de quotas gratuits échangeables qui pourrait diminuer d'une année à l'autre en fonction des objectifs nationaux de réduction des émissions.

Les quotas énergétiques échangeables s'inscrivent dans un programme similaire qui allouerait à chaque individu des quotas gratuits échangeables afin de couvrir la consommation d'énergie des ménages et des transports, alors que les entreprises achèteraient leurs quotas via des ventes aux enchères.

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