Les conclusions de la conférence des Nations unies sur le développement durable regorgent de déclarations sur la réduction de la pauvreté, le développement durable et le déploiement des réseaux électriques pour les populations défavorisées, mais le document ne comporte aucun des engagements fermes proposés par les fonctionnaires de l'UE et les organisations de défense de l'environnement en matière de conservation et de durabilité sur le plan économique.
« Les gouvernements étant venus sans ambition, il est logique que leurs conclusions soient également peu ambitieuses », a expliqué Asad Rehman, le responsable de campagne pour le climat et l'énergie des Amis de la Terre en Grande-Bretagne.
La conférence n'a pas non plus abouti au renforcement de la puissance de feu du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), malgré la volonté de l'Union européenne de placer ce programme au même niveau que les organisations mondiales du commerce, de la santé ou du travail.
L'UE doit en faire plus
Découragé par les résultats médiocres de cette réunion qui s'est déroulée du 20 au 22 juin derniers, l'eurodéputé allemand Jo Leinen (Socialistes & Démocrates) a déclaré que l'UE ne devait pas pour autant revenir sur son propre programme pour l'environnement.
« Rio ne doit pas servir d'excuse à l'Europe pour en faire moins, mais l'encourager au contraire, car nous avons un rôle important à jouer », a affirmé M. Leinen, membre de la commission Environnement au Parlement. Il est l'un des rares eurodéputés à avoir participé à la conférence de Rio.
Il a expliqué que les succès économiques de l'Europe avaient inspiré d'autres régions. « Il faut juste adapter ce modèle ou le repenser avec un programme pour le développement durable. »
Cette conférence a marqué le 20e anniversaire du premier Sommet de la Terre après la guerre froide qui s'était tenu à Rio. Ce grand événement avait donné lieu à des engagements clés sur l'environnement, la biodiversité, le changement climatique et la désertification. Cette année, cependant, aucun accord contraignant majeur n'a été conclu. Les 100 dirigeants présents se sont contentés de signer un document négocié à l'avance, The Future We Want.
Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations unies, s'est toutefois félicité des 49 pages d'engagements, pour la plupart volontaires, signés par les dirigeants.
« Ce document de conclusions constitue une base solide pour le bien-être social, économique et environnemental », a-t-il déclaré dans un discours vendredi. « Il est de notre responsabilité de progresser sur la base de ces engagements. Rio+20 a permis d'affirmer des principes fondamentaux, de renouveler des engagements essentiels, et de donner une nouvelle direction. »
Les entreprises impliquées
Malgré le sentiment de déception qui a dominé la conférence, certains pensent qu'il y a quand même une lueur d'espoir.
M. Leinen, qui ne s'est pas rendu au sommet avec la délégation du Parlement européen, celui-ci ayant décidé de ne pas y participer pour des raisons budgétaires, a déclaré que les entreprises commençaient à reconnaître la valeur d'une croissance plus verte.
« Je n'ai jamais vu autant d'entreprises participer à un évènement de ce type », a-t-il commenté au téléphone. « Les chefs d'entreprise intelligents ont bien compris que le développement durable était essentiel aux activités commerciales et qu'un développement non durable entraînerait une distorsion et la chute de leurs activités. »
Neil Hawkins, vice-président pour le développement durable et l'environnement chez Dow Chemical, a fait savoir que 24 multinationales s'étaient engagées à accélérer la protection des écosystèmes.
« À mes yeux, les réunions de Rio ont été couronnées de succès pour les entreprises », a déclaré M. Hawkins au dernier jour de la conférence de Rio, le 22 juin.
« Les gouvernements du monde sont confrontés à différents défis, tous comme les entreprises, mais dans ces domaines précis je constate que le leadership des entreprises s'est concrétisé à Rio. Aujourd'hui, je m'attends donc à voir une dynamique s'engager. »
Subventions
L'absence de Barack Obama, d'Angela Merkel et de David Cameron a toutefois compromis les chances de voir des résultats audacieux se profiler. Les défenseurs de l'environnement ont fustigé le manque d'objectifs contraignants à l'échelle mondiale, dû selon eux en partie à la pression des entreprises.
L’Observatoire de l'Europe industrielle, une organisation bruxelloise qui contrôle les groupes de pression dans l'UE, a tiré la sonnette d'alarme face au « niveau sans précédent de l'activité industrielle ».
Asad Rehman des Amis de la Terre a accusé les entreprises pétrolières d'anéantir les espoirs de voir les dirigeants mondiaux s'engager à mettre un terme aux subventions accordées aux carburants fossiles, estimées à plus de 400 milliards de dollars par an (320 milliards d'euros) par l’Agence internationale de l’énergie. Il a ajouté que les entreprises énergétiques avaient affaibli l'initiative du secrétaire général de l'ONU, Ban-ki Moon, en faveur du développement durable pour tous, en faisant en sorte que le pétrole, le gaz et le nucléaire n'en soient pas exclus.
À Rio, « nous n'avons pas reculé, mais nous n'avons pas avancé non plus », a expliqué M. Rehman avant de préciser que les militants devaient à présent se concentrer sur les valeurs clés.
« De nombreuses organisations affirment qu'il faut à présent ramener ces idées auprès de nos [gouvernements] nationaux, au sein de l'UE, pour obtenir des résultats à l'échelle nationale et régionale. »
« Nous devons pouvoir mobiliser les électeurs et trouver la volonté politique nécessaire pour que ces sommets internationaux deviennent synonymes de succès. »



