Le projet de renforcer les pouvoirs du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), largement soutenu par les défenseurs de l'environnement et les institutions de l'UE, s'inscrit dans un calendrier européen ambitieux visant à fixer des objectifs de conservation à l'échelle mondiale et à opérer une transition vers une croissance économique plus verte.
En revanche, le projet de faire passer le PNUE basé à Nairobi du rôle de forum de discussion à celui d'agence dotée de pouvoirs, au même titre que les organismes de l'ONU pour le commerce, le travail et la santé, risque de ne guère progresser lors de la Conférence des Nations unies sur le développement durable.
« Je pense qu'il s'agira de l'une des plus grandes déceptions de cette conférence », a déclaré Jeremy Wates, le secrétaire général du Bureau européen de l'environnement, une organisation non gouvernementale favorable à cette proposition.
La période d'austérité et la nette opposition des États-Unis et même du Brésil, le pays qui accueille le Sommet de la Terre, face à l'idée de renforcer les pouvoirs des Nations unies devraient mettre un frein à la tentative de réforme du PNUE. C'est ce qu'a expliqué M. Wates lors d'un entretien accordé à EurActiv.
Janez Potočnik, le commissaire européen à l'environnement et l'un des architectes du programme de l'Europe pour Rio, a reconnu que les négociations préparatoires à cette conférence n'avaient pas été faciles.
« Après des négociations difficiles à New York, les progrès réalisés demeurent insuffisants. Des journées intenses nous attendent à Rio, mais nous gardons bon espoir que le pays hôte, le Brésil, prendra des engagements et fera preuve d'ambition », a-t-il expliqué.
Grand évènement, peu d'attentes
Annoncée comme la plus grande conférence des Nations unies jamais organisée, cette conférence programmée vingt ans après le premier Sommet de la Terre à Rio de Janeiro devrait être la scène de discours sur la sécurité alimentaire, la protection des ressources naturelles, l'énergie propre et le développement durable, après des semaines de discussions préparatoires.
Les experts pensent toutefois que les objectifs et engagements contraignants défendus par les fonctionnaires européens et les défenseurs de l'environnement risquent de ne pas être très populaires. L'UE est notamment confrontée à la résistance des pays en développement en matière de mesures pour l'« économie verte ». Ces pays craignent que de telles mesures ne ralentissent leur croissance ou ne portent atteinte à leurs propres plans de lutte contre la pauvreté.
« Nous devons nous montrer prudents face au discours actuel sur l'économie verte », a indiqué Arjun Karki de l’Observatoire PMA, un cabinet de conseil aux pays du monde les moins avancés, lors d'une récente conférence des Nations unies sur le commerce organisée au Qatar. « Nous sommes sceptiques face aux nouvelles formes d'aide au développement » liées au développement durable, a-t-il souligné.
Simon Upton, directeur de la direction de l'environnement de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), a quant à lui expliqué que les pays riches devaient faire en sorte que l'économie verte n'entraîne pas un bouleversement économique pour les pays dépendants de secteurs qui reposent sur les carburants fossiles.
« Les gouvernements doivent garder des fonds en réserve pour les populations qui pourraient se retrouver lésées lors de la transition vers une économie plus verte », a-t-il expliqué au téléphone depuis Paris. « Il existe donc une dimension sociale forte. »
Un Copenhague bis ?
Dans le même temps, les fonctionnaires européens seront certainement confrontés à une réelle opposition contre la définition d'objectifs contraignants pour le climat et le développement. Ce fut déjà le cas en 2009 lors des négociations climatiques de Copenhague, où les hôtes européens ont été marginalisés par les États-Unis et la Chine.
Le président américain, Barack Obama, ne devrait pas participer à ce sommet et enverra à sa place la secrétaire d'État, Hillary Clinton. Il s'agit d'un réel revers diplomatique pour une conférence internationale de cette envergure. Washington s'est récemment déclarée contre le renforcement du PNUE.
Le président démocrate n'a pas réellement eu d'autre choix que de s'abstenir de jouer un rôle prépondérant à Rio, dans la mesure où il est en pleine bataille électorale contre le candidat républicain, Mitt Romney. En outre, les programmes internationaux et de défense de l'environnement ont fait l'objet de débats houleux avec les membres républicains du Congrès.
Courtney Hight, directrice politique adjointe du Sierra Club, une organisation américaine de défense de l'environnement, a déclaré que les républicains qui contrôlaient le Congrès avaient « mis un terme et bloqué » le programme de l'administration Obama pour le climat et l'environnement.
Elle a expliqué à EurActiv lors d'un récent entretien que M. Obama n'avait pas fait preuve d'autant d'ambition sur les questions environnementales mondiales que ses partisans l'avaient espéré en 2008, mais que son rival républicain serait encore pire.
« M. Romney n'a eu de cesse de répéter qu'il ne voyait pas le carbone comme une menace. Il remet en cause les fondements scientifiques du changement climatique et [je] ne l'imagine pas s'engager avec la communauté internationale. L'élection de Mitt Romney serait synonyme de retour en arrière à la Maison Blanche, en matière d'actions internationales pour le climat », a déploré Mme Hight.
Sécurité alimentaire et distribution d'eau
À Rio, les enjeux sont de taille. La pression sur l'eau, les denrées alimentaires, les minéraux, la qualité de l'air et les sols devrait s'intensifier à mesure que la population mondiale augmente. Nous devrions être 2 milliards de plus d'ici 2050, soit l'équivalent de deux fois la population indienne actuelle. Sans surprise, les écologistes et les militants contre la pauvreté appellent à des actions concrètes, mais c'est également le cas de certaines grandes multinationales qui s'inquiètent de la raréfaction des ressources.
Malgré des prévisions peu réjouissantes quant aux résultats de Rio, certains délégués pensent qu'il ne faut pas perdre espoir et croisent les doigts pour que de bonnes nouvelles émergent de la conférence.
Jeremy Wates du BEE estime qu'il est possible que les dirigeants mondiaux s'accordent pour élaborer un pacte juridiquement contraignant visant à obliger les entreprises à produire des rapports sur la durabilité de leurs activités. Certaines sociétés internationales le font déjà. Les partisans de cet accord affirment qu'il permettrait d'éveiller la conscience des entreprises quant à leurs achats et à leur production, tout en sensibilisant les consommateurs à l'impact des produits qu'ils achètent.
Il est toutefois peu probable que des propositions plus ambitieuses soient acceptées.
« Tous ceux qui s'attendent à de grands résultats risquent d'être déçus, mais avec un peu de chance, nous pourrons nous rattraper dans certains domaines », a commenté M. Wates
« Il n'est jamais question de grande victoire ou d'échec cuisant. Certains éléments seront positifs et d'autres négatifs. C'est le principe de l'équilibre. »



