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Payer la note de la transition verte

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Publié 20 juin 2012, mis à jour 14 décembre 2012

EDITION SPECIALE /Le président de la Banque mondiale, Lewis Preston, a demandé aux riches donateurs de soutenir un fonds de 5 milliards de dollars (4 milliards d'euros) pour aider les nations les plus pauvres du monde à protéger l'environnement et à rendre leur développement économique plus durable.

C'était en 1992, six mois après l'effondrement de l'Union soviétique, alors que le traité de l'Union européenne venait à peine d'être signé. 

L'accroissement du patrimoine planétaire proposé par M. Preston lors du sommet de la Terre de Rio de Janeiro avait pour objectif d'accorder des prêts environnementaux avantageux via l'Association internationale de développement, en plus des milliards d'aides promises pour relever l'économie et combler les lacunes environnementales laissées par la guerre froide.

Le projet de M. Preston a pourtant été mis au placard, comme ce fut le cas pour tous les engagements pris en faveur de l'écologie dans les nations défavorisées au cours des deux décennies qui ont suivi le sommet de la Terre.

La Conférence de l'ONU sur le développement durable a lieu cette semaine à Rio et le souvenir des promesses du passé qui n'ont pas été tenues est encore bien présent.

Promettre le même argent

« Nos dirigeants politiques recyclent les mêmes sommes d'argent pour de nouvelles propositions thématiques, en fonction du moment et des négociations internationales en cours, sans y accorder plus de réflexion », a déclaré Olivier Consolo qui dirige CONCORD, la Confédération européenne des ONG d'urgence et de développement à Bruxelles.

« Aujourd'hui, il y a un certain élan en faveur de l'environnement, de l'énergie, beaucoup de promesses, mais toujours avec le même argent, de l'argent qui a déjà été engagé pour d'autres projets », a-t-il expliqué.

Plusieurs pays européens et les Etats-Unis refusent depuis le début des années 1990 d'introduire une taxe sur les transactions financières mondiales pour financer l'aide au développement. Une proposition modeste pour une taxe sur les transactions financières dans l'UE pour lever des fonds rencontre une vive opposition en Grande-Bretagne.

L'Agence internationale de l'énergie et l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ont plaidé en faveur de l'abandon des subventions aux carburants fossiles pour encourager la transition mondiale vers l'énergie propre et soutenir les économies en développement. Ces recommandations n'ont pratiquement rien donné de concret.

Promesses non tenues

L'Union européenne est un bon exemple en matière d'attentes déçues. Les organismes de charité ne sont guère optimistes quant à la possibilité que l'Union des Vingt-Sept respecte ses promesses. Dans certains cas, les pays gonflent même leurs contributions en comptabilisant l'allègement des dettes ou les financements commerciaux comme des aides.

Un rapport publié l'année dernière par CONCORD, qui compte parmi ses membres Oxfam, Caritas et ActionAid, a révélé que les pays de l'UE étaient bien partis pour ne pas tenir leurs promesses d'aides à l'horizon 2015, à savoir 0,7 % du PIB pour les 15 anciens Etats membres de l'UE et 0,33 % pour les 12 pays qui ont rejoint l'Union depuis 2004. 

Actuellement le taux global est de 0,43 % et CONCORD, qui prévoit de publier son rapport à ce sujet cette semaine, pense que ces niveaux de dépenses risquent de ne pas beaucoup augmenter d'ici 2015. Les statistiques de l'OCDE étayent largement ces estimations.

Un récent rapport de l'OCDE publié en amont de la conférence de Rio montre que l'aide au développement pour la protection de l’environnement a quadruplé depuis 2001 pour s’élever à 5,1 milliards de dollars (4 milliards d'euros) en 2011.  Il s'agit du même montant proposé 19 ans plus tôt par M. Preston, qui avait pris la tête de la Banque mondiale en 1991 et l'avait dirigée jusqu'à sa mort en 1995.

Prévisions pour Rio

Les spécialistes de l'aide internationale et les fonctionnaires européens qui assistent à la conférence de Rio cette semaine ne s'attendent ni à des promesses ni à des engagements fermes.

Les Européens soulignent cependant que même en ces temps de crise financière, l'aide internationale a atteint la somme record de 54 milliards d'euros en 2010 et que plusieurs pays, dont la Suède, le Luxembourg, le Danemark et les Pays-Bas, ont déjà dépassé leurs engagements pour 2015.

La Commission européenne a en outre proposé une révision de ces aides, intitulée « programme pour le changement », dans le but d'allouer les ressources plus restreintes de l'Europe aux pays les plus nécessiteux et au financement d'un avenir plus vert.

A la veille de son départ pour Rio, le commissaire à l'environnement, Janez Potočnik, a déclaré que l'Union des Vingt-Sept tiendrait ses promesses envers les pays dans le besoin.

« L'Union européenne demeure le plus grand donateur au monde et nous tiendrons nos promesses, malgré la crise financière », a-t-il expliqué aux journalistes à Bruxelles.

« Les pays de l'UE ont récemment réaffirmé leur engagement qui se traduira par d'importantes aides au développement supplémentaires d'ici 2015, y compris pour les projets qui résulteront de Rio », a-t-il déclaré.

Les observateurs de la conférence, comme le président du Bureau européen de l'environnement, une organisation militante bruxelloise, affirment qu'atteindre ces objectifs ne sera pas suffisant. Il a affirmé que les donateurs pourraient donner un meilleur exemple dans la manière dont ils traitent la planète.

« Le G77 et le Sud veulent surtout de l'argent ou un transfert de technologie, ils veulent qu'on les aide à opérer cette transition qui, selon le Nord, est essentielle », a avancé le directeur du BEE, Jeremy Wates.

« Je pense qu'ils souhaitent un signal clair du nord montrant que nous, dans l'UE, reconnaissons la nécessité de réduire de manière substantielle notre empreinte écologique », a-t-il déclaré. « Nous vivons bien au-dessus de nos moyens lorsque l'on examine les ressources dont dispose la planète et la part que nous utilisons. »

Réactions : 

Simon Upton, directeur de la direction de l'environnement de l’Organisation de coopération et de développement économiques, a déclaré lors d'un entretien accordé à EurActiv

« Les transferts des gouvernements ne seront qu'une part très modeste de la solution. On ne peut pas imaginer enrayer des problèmes comme le changement climatique, la pénurie d'eau ou la perte de biodiversité en y allouant seulement de l'argent. »

« Il faut de l'argent public, c'est certain, mais cet argent public doit entraîner des investissements privés et avoir un impact sur le comportement de chaque citoyen et la manière dont il consomme. »

Prochaines étapes : 
  • 20-22 juin : Conférence de l'ONU sur le développement durable.
Timothy Spence - traduit de l'anglais par Amandine Gillet
Photo de l'ONU
Contexte : 

Le commissaire européen au développement, Andris Piebalgs, a proposé de modifier radicalement la répartition de l'aide internationale de l'UE. Il s'agit du programme pour le changement. Ce programme prévoit que l'aide se concentre sur les pays les plus démunis en réduisant progressivement les financements accordés aux pays à revenu intermédiaire.

Avec 54 milliards d'euros, soit 56 % de l'aide totale en 2010, l'UE est le plus important donateur, selon l'Organisation de coopération et de développement économiques.

Les dirigeants européens ont toujours considéré l'aide extérieure comme une extension de leur « pouvoir d'influence » et ont décidé d'attribuer une aide au développement équivalente à 0,7 % de leur revenu national brut d'ici 2015. Bien que les Etats membres semblent très mal partis pour atteindre cet objectif, ils dépassaient largement les Etats-Unis et leurs 30,2 milliards de dollars (22.4 milliards d'euros) en 2010 (0,21 % du RNB). 

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