« Dans les petits villages, chaque maison possède son propre système individuel de chauffage – principalement au charbon – car l'accès à d'autres [moyens de chauffage] est difficile », a déclaré un représentant polonais à Bruxelles.
De nombreux villageois polonais brûlent désormais du bois dans leur poêle à charbon, parce que c'est plus économique et disponible à proximité, a expliqué le représentant, qui s'est confié à EurActiv sous le couvert de l'anonymat.
Toutefois, les difficultés d'entreposage ont maintenu élevée la demande en charbon et les fonds de l'UE pourraient être nécessaires pour changer la donne, selon ce représentant.
« Il nous les faut absolument parce que nous devons diminuer les émissions de gaz à effet de serre », a-t-il ajouté. « Sans l'argent de l'Europe, ce sera plus difficile et prendra plus longtemps ».
Vers le gaz de schiste ?
Actuellement, environ 95 % de l’électricité produite par la Pologne provient du charbon. Toutefois, le premier ministre, Donald Tusk, a déclaré le 18 septembre que son gouvernement prévoyait un passage stratégique à la production de gaz de schiste à partir de 2014.
Quatre-vingt-dix permis d'exploration ont été accordés jusqu'ici à des entreprises du secteur de l'énergie telles que Total et ExxonMobil.
On estime à environ 5,3 trillions de mètres cubes les réserves polonaises de gaz naturel, et Donald Tusk tente d'atteindre la « sécurité gazière » pour son pays d'ici 2035. Il a déclaré qu'il avait été « assuré qu'une exploration et une production correctement effectuées ne représentaient pas de danger pour l'environnement ».
Les inquiétudes environnementales ont toutefois déjà poussé la France à geler ses permis d'exploration de gaz de schiste et à interdire le fracking, un processus d'extraction par fracturation hydraulique des roches en ayant recours à des explosifs et des produits chimiques toxiques.
Pour apaiser les craintes liées au gaz de schiste, dont les scientifiques de l'Université de Cornell ont estimé l'empreinte carbone comme étant entre 20 et 100 % supérieure à celle du charbon, Bruxelles a annoncé ce mois-ci qu'elle établirait un projet de réglementation européenne sur l'extraction de ce gaz.
Le représentant a déclaré que rien ne s’opposait à l’extraction du gaz de schiste dans les zones rurales, dans la mesure où il s’agissait d’« espaces vides ». Les concessions de réserves de gaz de schiste en Pologne couvrent toutefois de larges zones de campagne.
« Nos règles environnementales sont très strictes, et la Pologne est le pays le plus économe en eau », a-t-il expliqué. « L'eau est primordiale pour nous et s'il existe un risque de contamination de l'eau, je ne pense pas que nous débuterons une quelconque exploitation ».
Gaslands, un documentaire américain de 2008, a marqué les esprits en apportant une preuve éloquente de contamination des nappes phréatiques par du gaz de schiste, avec les images d’habitants de zones rurales qui enflammaient l'eau de leur robinet.
Le représentant ne s'est toutefois pas montré convaincu. « La contamination ne pourrait provenir que d'une eau qui partirait [profondément] dans le sol et en ressortirait ensuite, car le gaz se situe à 4, voire 5 kilomètres sous terre, or l'eau que nous utilisons ne se situe pas à plus de 700 ou 800 mètres de profondeur.
Dans un rapport du Tyndall Centre de l'Université de Manchester, on peut pourtant lire que des puits de gaz avaient été forés à seulement 75 mètres sous la surface.
« Il existe clairement un risque de contamination des nappes phréatiques par l'extraction de gaz de schiste », conclut ce rapport. « Il est important de reconnaître que la plupart des problèmes proviennent d'erreurs de construction ou d'opération et que celles-ci ne peuvent être éliminées ».
Potentiel éolien
La Pologne possède d'autres ressources énergétiques. Une étude effectuée en 2009 par le conseil mondial de l'énergie éolienne a montré que le pays pouvait potentiellement installer 13 GW d'énergie éolienne d'ici 2020.
En effet, Varsovie a adopté une obligation d'achat d'énergie provenant de sources d’énergie renouvelables en 2000, qu’elle a modifiée en 2003 et 2008. Un rapport de la Commission européenne de 2007 établit toutefois que les amendes n'avaient pas été appliquées et qu'il existait une absence de conformité.
Le pays s’est néanmoins engagé à ce que la consommation finale d'énergie provienne à 15 % d'énergies renouvelables d'ici 2020 et à 20 % d'ici 2030.
Cependant, des problèmes persistent. Le représentant polonais a expliqué que le pays « ne bénéficiait pas de vents suffisamment forts pour faire fonctionner ses éoliennes. Elles ne pourraient être installées que dans quelques régions de Pologne ».
Dans les régions rurales pittoresques, « les gens ne veulent pas d'éoliennes, ils disent que cela détruira le paysage », a-t-il poursuivi.
Le représentant a également exprimé des plaintes plus singulières. « Les écologistes affirment que les éoliennes sont néfastes pour les oiseaux et les animaux vivant sous terre », a-t-il expliqué. « Elles nuisent également aux poissons, […] elles les font disparaître. Ces installations produisent également des infrasons que nous n'entendons pas, mais les animaux oui ».
Julian Scola, porte-parole de l'Association européenne de l'énergie éolienne, a été surpris de ces accusations. « Toutes les grandes associations environnementales soutiennent l'énergie éolienne car c'est une source d'énergie propre qui lutte contre le réchauffement climatique, la plus grande menace pour la biodiversité », a-t-il déclaré.
L'énergie éolienne tue moins d'oiseaux que les lignes électriques, les bâtiments ou les véhicules, a-t-il ajouté, et l'EWEA n'a jamais entendu parler d'effets néfastes constatés sur les animaux vivant sous terre ou sur les poissons qui auraient été causés par des turbines éoliennes.
« La Pologne possède un réel potentiel pour l'énergie éolienne, que l'Etat n'exploite pas », a-t-il conclu.



