Des réseaux sociaux d'investisseurs accordent des millions d'euros de prêts à des entrepreneurs et à de petites entreprises, alors que la tendance est de plus en plus au financement par les pairs pour les entreprises en ligne.
Les PME peinent de plus en plus à trouver des financements, alors que les banques tentent de combattre la crise dans la zone euro et les pressions exercées par les gouvernements et les marchés qui souhaitent qu'elles consolident leurs bilans.
« La question du financement devient de plus en plus difficile et ne s'améliore pas », a déclaré hier (6 octobre) lors d'un évènement sur les PME Daniel Calleja-Crespo, le directeur général adjoint de la DG Entreprises et industrie.
Les petites entreprises qui ont essuyé un refus de la part des banques parviennent à trouver des fonds grâce aux crédits sociaux, également connus sous le nom de prêts par les pairs ou financements participatifs, même si cette méthode en est encore à ses balbutiements dans l'UE.
En France, Catherine Maugée, la fondatrice de Be Bio, une entreprise qui livre des aliments bio aux entreprises, a réussi à obtenir 3000 euros d'un groupe d'investisseurs grâce au prêteur en ligne FriendsClear, après s'est vu refuser un prêt par sa banque.
Mme Maugée a affirmé qu'elle n'avait jamais rencontré ses investisseurs en personne, mais qu'elle leur avait fourni un plan d'affaires (« business plan ») détaillé. Tous les clients doivent également passer par une vérification de leur solvabilité par le biais de l'examen de leur dossier bancaire.
Financement par les pairs : les « Business angels »
Le financement par les pairs a été lancé aux Etats-Unis, mais au cours de ces deux dernières années, plusieurs entreprises ont commencé à utiliser ce système au Royaume-Uni, en France et en Allemagne.
Selon une étude réalisée par l'Association of Chartered Certified Accountants, le manque d'informations sur le crédit social est la première raison pour laquelle le financement par les pairs reste une niche dans l'UE, les problèmes de sécurité arrivent en seconde position.
Aux Etats-Unis, où ce type de prêts est en plein boom, les investisseurs se tournent vers le financement par les pairs, dans la mesure où les marchés boursiers restent instables et devraient encore être sujets à la volatilité pour plusieurs années. Les risques peuvent également être beaucoup moins importants, étant donné que les prêts sont souvent supportés par un groupe de prêteurs.
Les leaders du marché aux Etats-Unis, LendingClub.com, allouent près de 30 millions d'euros chaque mois à de nouvelles entreprises ou à des PME.
« Ils sont en quelque sorte des business angels », a déclaré hier lors d'une présentation au Parlement européen Jean-Christophe Capelli, le fondateur de FriendsClear.
Des taux d'intérêt inférieurs
M. Capelli a expliqué qu'Internet favorisait le développement du financement par les pairs, dans la mesure où les investisseurs sont en compétition.
L'entreprise britannique Zopa, par exemple, permet aux créditeurs de mentionner leurs taux d'intérêt et donne l'opportunité à d'autres prêteurs de prendre part au financement avec des taux d'intérêt potentiellement inférieurs, ce qui fait baisser les taux.
« La pression des pairs, c'est toute la magie des réseaux sociaux », a affirmé M. Capelli.
Les prêteurs peuvent également s'enregistrer sur plusieurs sites et ainsi se rendre compte qu'une même entreprise recherche des financements ailleurs, ce qui les pousse à investir.
Abus
Comme dans toute affaire lucrative, les abus existent. Au Royaume-Uni, un groupe de prêteurs en ligne a mis sur pied un organisme d'autoréglementation afin que l'investisseur et le consommateur puissent jouir d'une meilleure protection.
Cette année, en Grande-Bretagne, le financement par les pairs devrait représenter plus de 100 millions de livres de prêts accordés à des petites entreprises ou à des particuliers.
« Nous avons assisté à la création de nouveaux sites au cours de l'année qui vient de s'écouler et la manière dont certains gèrent leur plateforme sans investir dans le risque est inquiétante », a expliqué le fondateur de Zopa, Giles Andrews, à la presse britannique le mois dernier.



