Les organisateurs des deux évènements espèrent réunir des milliers de participants entre le 12 et le 17 mars pour discuter de l'amélioration de l'accès à une ressource naturelle de plus en plus menacée.
La principale différence entre le sixième Forum Mondial de l'Eau et son rival concerne le rôle du secteur privé dans l'approvisionnement en eau des pays développés et en développement.
Le Forum Alternatif Mondial de l’Eau, ou FAME, prétend offrir une alternative à l'autre forum qui se tient également à Marseille et qui représenterait une élite qui ferait fi de la nécessité de ressources en eau abordables.
Promouvant l'idée que l'eau appartient à tout le monde, les syndicats, les organismes de surveillance des entreprises et les écologistes derrière le FAME accusent le Forum Mondial de l'Eau de « s'approprier » leur programme en plaidant en faveur d'un accès universel durable à l'eau.
« Ils se sont fort rapprochés de notre programme, mais ils doivent commencer à agir et cesser de parlementer », a déclaré Pablo Sanchez de la Fédération syndicale européenne des services publics qui représente les travailleurs du secteur public dans l'UE et plusieurs pays de l'ex-Union soviétique.
Le Forum Mondial de l'Eau, un évènement qui attire des milliers de représentants de l'industrie, de gouvernements et d'organismes internationaux, ne considère pas vraiment qu’il existe un conflit entre les deux évènements.
« Tout le monde doit être impliqué »
« Je ne pense pas qu'il y ait de grandes différences, car sur les problèmes liés à l'eau, nous sommes tous d'accord », a déclaré Guy Fradin, le vice-président du comité international du Forum Mondial de l'Eau. « Tout le monde doit être impliqué, le secteur public, mais aussi le secteur privé. »
M. Fradin a cité des rapports qui montrent que les efforts de l'ONU ont permis d'améliorer la situation, mais il a affirmé qu'il restait beaucoup de travail.
« On ne peut pas se dire satisfaits alors qu'un milliard de personnes n'ont pas accès à l'eau et que plus de deux milliards de personnes sont sans installations sanitaires », a-t-il expliqué lors d'un entretien téléphonique accordé à EurActiv. M. Fradin est également le directeur exécutif de l'Agence de l'Eau Seine-Normandie.
Le Forum Mondial de l'Eau devrait attirer 20 000 personnes. Pour un accès complet aux évènements, les participants devront débourser 700 euros. Des représentants de l'industrie, des ministres, des représentants internationaux et des organisations de la société civile seront présents.
Angel Gurría, le secrétaire général de l'Organisation de coopération et de développement économiques, devrait présenter des recommandations visant à pallier ce qu'un récent rapport de l'OCDE qualifie de « sérieuse détérioration » de la qualité et de la quantité d'eau au cours de ces 40 dernières années.
Lors du même forum, l'UNESCO publiera son Rapport mondial sur la mise en valeur des ressources en eau qui devrait appeler à des actions concrètes pour protéger les eaux souterraines et de surface.
M. Sanchez a toutefois expliqué que ce forum restait un évènement très fermé qui n'aborderait pas l'une des priorités du FAME, à savoir laisser les systèmes de gestion de l'eau aux mains du secteur public.
Lors du dernier forum qui s'est tenu à Istanbul en 2009, la police a dû affronter la colère de manifestants qui s'opposaient à la gestion privée des services de l'eau. Cette question a résonné dans les pays européens en proie à l'austérité, dont la Grèce, le Portugal et l'Espagne, où les autorités ont élaboré des projets visant à vendre les biens publics pour lutter contre leurs problèmes de budget et de dette.
« Celui qui contrôle l'eau possède un grand pouvoir et une grande source de profit », a déclaré João Ferreira, un membre portugais du Parlement du groupe de la Gauche unitaire européenne, lors d'une réunion à Bruxelles provoquée mardi par les organisateurs du FAME.
« Cette ressource ne peut pas être gérée par le privé [...] et la privatisation sauvage mènera au désastre », a déclaré M. Ferreira.
Initiative citoyenne
Les organisateurs du FAME souhaitent donner du poids à leur cause grâce à une initiative citoyenne européenne sur le droit à l'eau et à l'assainissement. Ils souhaiteraient notamment que l'Union européenne mette un terme à la libéralisation des services de l'eau.
Ils participeront à au moins une session du Forum Mondial de l'Eau, mais M. Sanchez a affirmé qu'il aurait préféré que cette conférence ait lieu sous les auspices des Nations unies.
« Je n'apprécie pas que nous soyons sans arrêt identifiés comme une « alternative », mais nous continuerons jusqu'à ce que cet évènement devienne un réel forum démocratique. »



