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L'agriculture passe devant l'industrie en termes de pollution de l'eau

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Publié 06 mars 2012, mis à jour 07 mars 2012

Lorsque de la boue rouge sang a déferlé sur la ville hongroise de Ajka en octobre 2010 suite à une fuite dans le réservoir d'une usine, tout le monde s'est directement inquiété pour la sécurité des centaines de résidants des alentours. Au final, dix personnes sont décédées en raison de leur exposition à ces boues toxiques qui se sont également répandues dans les cours d'eau, dont le Danube, ce qui alarme les autorités en aval du fleuve.

Les fuites telles que celles de l'usine d'aluminium d'Ajka sont relativement rares et la pollution industrielle de nombreuses rivières européennes a baissé depuis les années 1960 et 1970.

Les lois plus strictes sur le traitement des eaux, la coopération internationale et les politiques européennes comme la directive-cadre sur l'eau de 2000 et la directive sur les eaux souterraines de 2006 ont permis d'améliorer la qualité de l'eau.

Les usines étaient au centre des inquiétudes, mais aujourd'hui, c'est la pollution résultant de l'agriculture qui est dans le collimateur des écologistes. Le secteur agricole représente plus de la moitié de l'exploitation des terres dans l'UE et est le plus grand consommateur d'eau.

Dietrich Borchardt fait partie de ceux qui s'inquiètent des effets de l'agriculture sur les cours d'eau.

« Les cas graves de pollution industrielle sont rares en Allemagne et en Europe », a affirmé M. Borchardt qui dirige le département de l'analyse des écosystèmes marins au Centre Helmholtz pour la recherche environnementale en Allemagne.  Selon lui, la menace réside dans le recours excessif aux engrais.

« Ce que nous qualifions aujourd'hui de bonne pratique agricole ne l'est pas pour les cours d'eau », a-t-il déclaré lors d'un entretien téléphonique.

Une source majeure de pollution

Les engrais contiennent généralement de l'azote, du phosphore, du potassium et du soufre, des nutriments qui garantissent des cultures robustes et de bons rendements. Les engrais commerciaux contiennent une sorte d'azote, les nitrates, mais les engrais biologiques comme le fumier contiennent eux aussi des niveaux élevés de ce composé. Les nitrates pénètrent rapidement dans le sol et aboutissent dans les cours d'eau, les lacs et les nappes aquifères.

L'Agence européenne pour l'environnement (AEE), un organe de l'UE, identifie le ruissellement de l'azote issu des engrais et du fumier comme l'une des trois plus grandes menaces de pollution en Europe, aux côtés des matières particulaires de l'échappement des véhicules et de l'ozone troposphérique générées par les émissions industrielles et automobiles.

A l'échelle mondiale, l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture identifie l'agriculture comme l'une des principales causes de pollution des eaux souterraines, dans la mesure où elle génère trois fois plus d'émissions d'azote que l'industrie.

Les experts du domaine de la santé affirment que des niveaux élevés de nitrates peuvent entraîner des problèmes et des maladies pour les enfants, les personnes vulnérables et les femmes enceintes. Les nitrates ont en outre des effets importants sur les écosystèmes, dans la mesure où ils entraînent la prolifération d'algues qui capturent l'oxygène utilisé par les poissons et les autres espèces du milieu marin.

L'organisation WWF affirme que les eaux de ruissellement agricoles sont la principale cause de la surcharge en nutriments de la mer Baltique et qu'elles sont responsables de l'épuisement des populations de poissons en plus des autres sources de pollution et de la surpêche.

Les agriculteurs ne sont pas les seuls fautifs. Les moteurs à combustion rejettent des émissions d'azote qui polluent l'air et les eaux souterraines. L'azote contamine également les réserves d'eau à partir des décharges et de la vase générée par le traitement des eaux usées.

Les défenseurs de l'environnement et les chercheurs affirment cependant que les pratiques agricoles représentent une autre menace pour les eaux souterraines en raison des produits chimiques utilisés pour combattre les insectes nuisibles.

Pesticides

Une récente étude publiée par les collègues de M. Borchardt du Centre Helmholtz explique que la contamination aux pesticides des cours d'eau européens ne va faire qu'empirer au cours des décennies à venir, surtout dans les pays du nord, dans la mesure où le climat se réchauffe et où les insectes migrent dans des zones qu'ils estimaient trop froides auparavant. Les chercheurs estiment que dans les prochaines décennies, quelque 40 % des eaux européennes seront dégradées en raison des pesticides.

Reconnaissant les risques que présente l'activité agricole pour la qualité de l'eau, la Commission européenne a proposé une série de mesures pour mettre à jour sa directive sur les nitrates et son règlement sur les engrais. Elle a proposé une réforme de la politique agricole commune (PAC) qui encouragerait sur le plan financier les agriculteurs qui pratiqueraient la rotation des cultures pour réduire l'utilisation d'engrais.

La Commission souhaite également encourager les agriculteurs qui auront recours à des zones tampons pour protéger les rivières et les fleuves des eaux de ruissellement riches en nitrates et en produits chimiques. Si elles sont approuvées, ces propositions devraient entrer en vigueur en 2014. Les projets de « verdissement » de la Commission font toutefois l'objet de critiques, dans un contexte d'augmentation de la demande alimentaire mondiale et de conflits entre conservation et production.

Les organisations de défense de l'industrie et du secteur agricole soutiennent que la nutrition et la protection des cultures sont vitales pour répondre à la demande croissante, étant donné que la population mondiale ne cesse d'augmenter. Comment répondre à la nécessité de produire plus tout en évitant une pénurie des réserves en eau sera l'une des problématiques abordées lors du Forum Mondial de l'Eau à Marseille du 12 au 17 mars et lors de la Conférence de l'ONU sur le développement durable en juin prochain.

Réactions : 

Les organisations de défense de l'industrie et du secteur agricole, comme la European Crop Protection Association, reconnaissent les inquiétudes liées à l'impact des activités agricoles sur les cours d'eau et soutiennent des programmes de formation à l'intention des agriculteurs sur l'utilisation des engrais et des pesticides.

Les organisations de défense de l'environnement réclament quant à elles des règles plus strictes, une meilleure application de ces règles dans les Etats membres et une transition vers une agriculture moins intensive pour lutter contre la pollution de l'air et de l'eau.

« Les méthodes industrielles d'exploitation agricole utilisées pour la majeure partie des cultures alimentaires du monde dépendant largement du pétrole, aussi bien pour le ravitaillement des machines que pour la fabrication des engrais chimiques et des pesticides utilisés pour maintenir un rendement élevé », a déclaré sur son blog Julian Oram, conseiller politique sur les questions agricoles auprès de Greenpeace International.

Dietrich Borchardt du Centre Helmholtz pour la recherche environnementale en Allemagne a affirmé que les politiques européennes comme la directive-cadre sur l'eau avaient grandement amélioré la qualité de l'eau, mais qu'aujourd'hui, ce n'était plus suffisant.

Il a expliqué qu'une meilleure gouvernance et une coordination renforcée entre les dirigeants politiques étaient nécessaires pour lutter contre les politiques contradictoires, comme les encouragements de l'UE en faveur des biocarburants qui ont mené à une envolée de la production agricole et à une utilisation accrue d'engrais pour booster les récoltes.

« Personne ne se demande si nous disposons de suffisamment d'eau pour ces plantations et s'il s'agit d'une menace supplémentaire pour l'écosystème », a affirmé M. Borchardt. « La sécurité énergétique, la sécurité alimentaire, mais aussi la sécurité de l'eau doivent être plus intégrées » au sein du processus de prise de décision européen.

Prochaines étapes : 
  • 12-17 mars : Forum Mondial de l'Eau à Marseille.
  • 22 mars : Journée mondiale de l'eau.
  • 15-16 mai : Conférence sur l'innovation en Europe dans le domaine de l'eau à Bruxelles.
  • 20-22 juin : Conférence de l'ONU sur le développement durable à Rio de Janeiro, au Brésil.
  • 26-31 août : Semaine mondiale de l'eau organisée par l'Institut International de l'Eau de Stockholm dans la capitale danoise.
Timothy Spence - traduit de l'anglais par Amandine Gillet
Volunteers prepare to clear toxic sludge in the Hungarian village of Devecser on 13 October 2010. Reuters/Laszlo Balogh
Contexte : 

Les rivières en Europe sont encore contaminées par des produits chimiques, des métaux et des toxines. Selon l'Agence européenne pour l'environnement, les cours d'eau en République tchèque, en Allemagne et en Grande-Bretagne contiennent des niveaux excessifs de métaux, dont du cadmium et du mercure qui menacent l'eau potable. L'AEE affirme également que c'est en République tchèque que l'on enregistre les niveaux les plus élevés de pollution au plomb.

Les engrais et les insecticides utilisés dans les exploitations agricoles font également l'objet d'inquiétudes. Les engrais produisent des eaux de ruissellement qui libèrent des nitrates. Ces nitrates peuvent être dangereux pour l'Homme lorsqu'ils pénètrent dans les cours d'eau et nourrissent des algues qui étouffent les écosystèmes marins. Les côtes françaises et baltes souffrent d'ailleurs de la prolifération de ce type d'algues en raison des nitrates.

Dans le même temps, les insecticides se répandent eux aussi dans les rivières par le ruissellement agricole, ou plus rarement lorsqu'ils dérivent dans les eaux pendant leur application. En 20 ans, les niveaux de contamination ont augmenté dans de nombreux pays du centre et du sud de l'Europe, notamment dans les pays dont les niveaux de pollution par pesticides agricoles sont à présent relativement bas, selon une étude du centre Helmholtz. e dép�MmnHU3 ` / alyse des écosystèmes marins au Centre Helmholtz pour la recherche environnementale en Allemagne.  Selon lui, la menace réside dans le recours excessif aux engrais.

« Ce que nous qualifions aujourd'hui de bonne pratique agricole ne l'est pas pour les cours d'eau », a-t-il déclaré lors d'un entretien téléphonique.

Une source majeure de pollution

Les engrais contiennent généralement de l'azote, du phosphore, du potassium et du soufre, des nutriments qui garantissent des cultures robustes et de bons rendements. Les engrais commerciaux contiennent une sorte d'azote, les nitrates, mais les engrais biologiques comme le fumier contiennent eux aussi des niveaux élevés de ce composé. Les nitrates pénètrent rapidement dans le sol et aboutissent dans les cours d'eau, les lacs et les nappes aquifères.

L'Agence européenne pour l'environnement (AEE), un organe de l'UE, identifie le ruissellement de l'azote issu des engrais et du fumier comme l'une des trois plus grandes menaces de pollution en Europe, aux côtés des matières particulaires de l'échappement des véhicules et de l'ozone troposphérique générées par les émissions industrielles et automobiles.

A l'échelle mondiale, l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture identifie l'agriculture comme l'une des principales causes de pollution des eaux souterraines, dans la mesure où elle génère trois fois plus d'émissions d'azote que l'industrie.

Les experts du domaine de la santé affirment que des niveaux élevés de nitrates peuvent entraîner des problèmes et des maladies pour les enfants, les personnes vulnérables et les femmes enceintes. Les nitrates ont en outre des effets importants sur les écosystèmes, dans la mesure où ils entraînent la prolifération d'algues qui capturent l'oxygène utilisé par les poissons et les autres espèces du milieu marin.

L'organisation WWF affirme que les eaux de ruissellement agricoles sont la principale cause de la surcharge en nutriments de la mer Baltique et qu'elles sont responsables de l'épuisement des populations de poissons en plus des autres sources de pollution et de la surpêche.

Les agriculteurs ne sont pas les seuls fautifs. Les moteurs à combustion rejettent des émissions d'azote qui polluent l'air et les eaux souterraines. L'azote contamine également les réserves d'eau à partir des décharges et de la vase générée par le traitement des eaux usées.

Les défenseurs de l'environnement et les chercheurs affirment cependant que les pratiques agricoles représentent une autre menace pour les eaux souterraines en raison des produits chimiques utilisés pour combattre les insectes nuisibles.

Pesticides

Une récente étude publiée par les collègues de M. Borchardt du Centre Helmholtz explique que la contamination aux pesticides des cours d'eau européens ne va faire qu'empirer au cours des décennies à venir, surtout dans les pays du nord, dans la mesure où le climat se réchauffe et où les insectes migrent dans des zones qu'ils estimaient trop froides auparavant. Les chercheurs estiment que dans les prochaines décennies, quelque 40 % des eaux européennes seront dégradées en raison des pesticides.

Reconnaissant les risques que présente l'activité agricole pour la qualité de l'eau, la Commission européenne a proposé une série de mesures pour mettre à jour sa directive sur les nitrates et son règlement sur les engrais. Elle a proposé une réforme de la politique agricole commune (PAC) qui encouragerait sur le plan financier les agriculteurs qui pratiqueraient la rotation des cultures pour réduire l'utilisation d'engrais.

La Commission souhaite également encourager les agriculteurs qui auront recours à des zones tampons pour protéger les rivières et les fleuves des eaux de ruissellement riches en nitrates et en produits chimiques. Si elles sont approuvées, ces propositions devraient entrer en vigueur en 2014. Les projets de « verdissement » de la Commission font toutefois l'objet de critiques, dans un contexte d'augmentation de la demande alimentaire mondiale et de conflits entre conservation et production.

Les organisations de défense de l'industrie et du secteur agricole soutiennent que la nutrition et la protection des cultures sont vitales pour répondre à la demande croissante, étant donné que la population mondiale ne cesse d'augmenter. Comment répondre à la nécessité de produire plus tout en évitant une pénurie des réserves en eau sera l'une des problématiques abordées lors du Forum Mondial de l'Eau à Marseille du 12 au 17 mars et lors de la Conférence de l'ONU sur le développement durable en juin prochain.

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