Les fuites telles que celles de l'usine d'aluminium d'Ajka sont relativement rares et la pollution industrielle de nombreuses rivières européennes a baissé depuis les années 1960 et 1970.
Les lois plus strictes sur le traitement des eaux, la coopération internationale et les politiques européennes comme la directive-cadre sur l'eau de 2000 et la directive sur les eaux souterraines de 2006 ont permis d'améliorer la qualité de l'eau.
Les usines étaient au centre des inquiétudes, mais aujourd'hui, c'est la pollution résultant de l'agriculture qui est dans le collimateur des écologistes. Le secteur agricole représente plus de la moitié de l'exploitation des terres dans l'UE et est le plus grand consommateur d'eau.
Dietrich Borchardt fait partie de ceux qui s'inquiètent des effets de l'agriculture sur les cours d'eau.
« Les cas graves de pollution industrielle sont rares en Allemagne et en Europe », a affirmé M. Borchardt qui dirige le département de l'analyse des écosystèmes marins au Centre Helmholtz pour la recherche environnementale en Allemagne. Selon lui, la menace réside dans le recours excessif aux engrais.
« Ce que nous qualifions aujourd'hui de bonne pratique agricole ne l'est pas pour les cours d'eau », a-t-il déclaré lors d'un entretien téléphonique.
Une source majeure de pollution
Les engrais contiennent généralement de l'azote, du phosphore, du potassium et du soufre, des nutriments qui garantissent des cultures robustes et de bons rendements. Les engrais commerciaux contiennent une sorte d'azote, les nitrates, mais les engrais biologiques comme le fumier contiennent eux aussi des niveaux élevés de ce composé. Les nitrates pénètrent rapidement dans le sol et aboutissent dans les cours d'eau, les lacs et les nappes aquifères.
L'Agence européenne pour l'environnement (AEE), un organe de l'UE, identifie le ruissellement de l'azote issu des engrais et du fumier comme l'une des trois plus grandes menaces de pollution en Europe, aux côtés des matières particulaires de l'échappement des véhicules et de l'ozone troposphérique générées par les émissions industrielles et automobiles.
A l'échelle mondiale, l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture identifie l'agriculture comme l'une des principales causes de pollution des eaux souterraines, dans la mesure où elle génère trois fois plus d'émissions d'azote que l'industrie.
Les experts du domaine de la santé affirment que des niveaux élevés de nitrates peuvent entraîner des problèmes et des maladies pour les enfants, les personnes vulnérables et les femmes enceintes. Les nitrates ont en outre des effets importants sur les écosystèmes, dans la mesure où ils entraînent la prolifération d'algues qui capturent l'oxygène utilisé par les poissons et les autres espèces du milieu marin.
L'organisation WWF affirme que les eaux de ruissellement agricoles sont la principale cause de la surcharge en nutriments de la mer Baltique et qu'elles sont responsables de l'épuisement des populations de poissons en plus des autres sources de pollution et de la surpêche.
Les agriculteurs ne sont pas les seuls fautifs. Les moteurs à combustion rejettent des émissions d'azote qui polluent l'air et les eaux souterraines. L'azote contamine également les réserves d'eau à partir des décharges et de la vase générée par le traitement des eaux usées.
Les défenseurs de l'environnement et les chercheurs affirment cependant que les pratiques agricoles représentent une autre menace pour les eaux souterraines en raison des produits chimiques utilisés pour combattre les insectes nuisibles.
Pesticides
Une récente étude publiée par les collègues de M. Borchardt du Centre Helmholtz explique que la contamination aux pesticides des cours d'eau européens ne va faire qu'empirer au cours des décennies à venir, surtout dans les pays du nord, dans la mesure où le climat se réchauffe et où les insectes migrent dans des zones qu'ils estimaient trop froides auparavant. Les chercheurs estiment que dans les prochaines décennies, quelque 40 % des eaux européennes seront dégradées en raison des pesticides.
Reconnaissant les risques que présente l'activité agricole pour la qualité de l'eau, la Commission européenne a proposé une série de mesures pour mettre à jour sa directive sur les nitrates et son règlement sur les engrais. Elle a proposé une réforme de la politique agricole commune (PAC) qui encouragerait sur le plan financier les agriculteurs qui pratiqueraient la rotation des cultures pour réduire l'utilisation d'engrais.
La Commission souhaite également encourager les agriculteurs qui auront recours à des zones tampons pour protéger les rivières et les fleuves des eaux de ruissellement riches en nitrates et en produits chimiques. Si elles sont approuvées, ces propositions devraient entrer en vigueur en 2014. Les projets de « verdissement » de la Commission font toutefois l'objet de critiques, dans un contexte d'augmentation de la demande alimentaire mondiale et de conflits entre conservation et production.
Les organisations de défense de l'industrie et du secteur agricole soutiennent que la nutrition et la protection des cultures sont vitales pour répondre à la demande croissante, étant donné que la population mondiale ne cesse d'augmenter. Comment répondre à la nécessité de produire plus tout en évitant une pénurie des réserves en eau sera l'une des problématiques abordées lors du Forum Mondial de l'Eau à Marseille du 12 au 17 mars et lors de la Conférence de l'ONU sur le développement durable en juin prochain.



