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L’UE pourrait réduire ses aides dans le domaine de l’eau pour certains pays

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Publié 07 mars 2012, mis à jour 14 décembre 2012

Les populations pauvres en Inde, au Brésil et dans d’autres pays émergents pourraient être abandonnées à leur sort, suite au projet de l’UE de réorienter les aides au développement vers les pays les plus pauvres, affirment les défenseurs de l’aide à la population et des droits de la personne.

Bien que les organismes caritatifs et de défense des droits de l'Homme aient salué l'engagement renouvelé de l'Europe envers les pays en développement, ils craignent que l'ébauche de propositions de l'UE ne porte atteinte aux efforts de financement de projets dans le domaine de l'eau et de l'assainissement, entre autres, en Amérique latine, en Asie et probablement dans certains pays d'Afrique subsaharienne.

Catarina de Albuquerque, la première rapporteuse spéciale de l'ONU pour le droit à l’eau et à l’assainissement, affirme que le « programme pour le changement » de l'UE, qui appelle à une révision de l'aide au développement, « pourrait entraver la progression des droits » s'il abandonnait des communautés pauvres et vulnérables.

« Je ne dis pas que les intentions sont mauvaises, je dis simplement que les résultats le sont », a déclaré à EurActiv la juriste portugaise, affirmant que les propositions de l'UE pourraient porter atteinte aux populations désavantagées d'Amérique latine, une région en progrès constant, mais où subsistent tout de même des foyers de pauvreté.

Face au manque d'eau, aux ravages de la sécheresse et à la demande croissante en nourriture, de nombreuses économies émergentes ont des difficultés à assurer un approvisionnement stable en eau. Environ un milliard de personnes n'ont pas accès à l'eau potable et près de deux milliards sont victimes du manque d'eau, affirment des fonctionnaires de l'ONU et de l'UE.

Les défenseurs des droits de la personne et les militants des organismes caritatifs, plutôt méfiants face aux propositions de l'UE, martèlent que ces personnes ont besoin d'aide, et ce peu importe où elles vivent.

Le plan d'Andris Piebalgs

Le commissaire au développement, Andris Piebalgs, a dévoilé la semaine dernière son plan de réforme de l'aide au développement dans le but de soutenir les pays les plus vulnérables, presque tous situés en Afrique subsaharienne.

Les ministres des affaires étrangères et du développement de l'Union des Vingt-Sept ont reconnu en mai 2011 que l'eau était une question primordiale, dans la mesure où le manque d'eau a des répercussions sur les productions alimentaire et énergétique et contribue à de nombreux problèmes de santé.

Les projets de conclusions du Conseil qui seront présentés sous la présidence danoise actuelle entérinent les plans de réorientation de l'aide allouée aux pays à revenu intermédiaire pour traiter les problèmes liés aux pénuries d'eau, entre autres. « Le développement dans les pays voisins de l'Europe et ceux d'Afrique subsaharienne sera notre priorité », peut-on lire dans l'ébauche datée du 8 février.

Selon les derniers chiffres de l'UE, l'aide européenne pour l'eau et l'assainissement a atteint une somme record de 1,6 milliard d'euros en 2009, soit près d'un tiers de l'aide au développement annuelle pour ce secteur. En décembre dernier, la Commission européenne s'est engagée à verser 700 millions d'euros supplémentaires pour l'eau et d'autres objectifs de développement à destination des pays les plus pauvres.

Le programme pour le changement se concentrera davantage sur les pays les plus pauvres et sur les anciens pays soviétiques de la partie orientale de l'UE, dans le sillage de  la politique prioritaire de la Pologne, qui assumait la présidence tournante du Conseil de l'UE au moment où les propositions ont été dévoilées.

En raison de ce changement, cependant, les pays émergents comme l'Inde et le Brésil, des économies solides, mais avec de graves problèmes de pauvreté, seront lésés et perdront progressivement les aides qui leur étaient attribuées.

En Inde, 27 % de la population est pauvre et près de la moitié de la population pauvre ne dispose pas d'installations sanitaires modernes, selon le rapport de l'ONU sur le développement humain de 2011. Dans plusieurs pays sud-américains et sud-asiatiques à revenu intermédiaire qui pourraient voir leur niveau d'aide baisser, les problèmes d'eau et d'assainissement ont aggravé la pauvreté dans les ghettos urbains et au sein des communautés rurales.

Une goutte par-ci, un seau par-là

Natalia Alonso, directrice du bureau d'Oxfam auprès de l'Union européenne, a déclaré que son organisation saluait la volonté de l'UE de se concentrer sur les pays les plus pauvres. Toutefois, selon elle, l'Europe ne devrait pas pour autant arrêter de travailler avec les autres pays en se basant sur un classement économique qui repose sur des valeurs moyennes.

L'EU doit décider d'une « stratégie commune » pour aider les pays à lutter contre les inégalités, a expliqué Mme Alonso lors d'un entretien. « Nous ne pensons pas qu'il soit judicieux que l'Union cesse soudainement d'aider ces pays. »

D'autres organismes caritatifs ont remis en question certaines parties du programme pour le changement.

Le plan de l'UE « ne prend pas en compte le fait que 75 % des personnes les plus pauvres au monde vivent dans ces pays à revenu intermédiaire », a affirmé la Concord (Confédération européenne des ONG d'urgence et de développement) dans son analyse des propositions d'EuropeAid.

La Confédération explique : si les donateurs « veulent réellement réduire puis éradiquer la pauvreté » ils doivent s'assurer que l'aide « vise les groupes de populations les plus pauvres et les plus marginalisés, quel que soit le pays où ils vivent ».

Mme de Albuquerque, la rapporteuse de l'ONU pour le droit à l’eau et à l’assainissement, affirme comprendre l'objectif européen de fournir plus d'aide aux pays où les besoins sont estimés les plus importants.

« Nous ne pouvons pas simplement nous retirer des autres pays, en Amérique latine par exemple », a-t-elle déclaré. « Ces pays abritent toujours des personnes vivant dans la pauvreté et elles sont nombreuses. Notre objectif devrait être de garantir, en Amérique latine, mais pas seulement, que les gouvernements reprennent le flambeau et disposent des moyens d'aider ces populations. »

Réactions : 

« Nous pensons également que les problèmes environnementaux sont par nature sociaux et que les problèmes sociaux sont de plus en plus liés à l'environnement », a déclaré John Crowley, le responsable du secteur des sciences sociales et humaines de l'UNESCO, lors d'une récente conférence à Bruxelles.

« Nous avons besoin d'une société verte et non pas seulement d'une économie verte. »

En annonçant la nouvelle politique européenne d'aide au développement en octobre dernier, le commissaire au développement, Andris Piebalgs, a dévoilé ses projets de réforme de l'aide au développement extérieur visant à attribuer plus d'aide aux pays les plus pauvres et les plus vulnérables, dont la plupart sont situés en Afrique subsaharienne. Il a reconnu l'existence d'inquiétudes quant à la réorientation des financements alloués aux pays émergents.

« Je pense toutefois qu'il est clair pour tout le monde que nous ne pouvons pas travailler avec l'Inde ou le Brésil comme nous le faisons avec le Mali ou la République démocratique du Congo. Certains pays peuvent gérer seuls la lutte contre la pauvreté et, en conséquence, cela nous permet de nous concentrer sur des parties du monde qui ont davantage besoin de notre aide. »

À propos des défis actuels, la Fondation européenne pour la science, une organisation indépendante, a déclaré dans un rapport publié le 16 février : « Malgré les accords conclus il y a près de 20 ans lors de la Conférence des Nations unies sur l'environnement et le développement à Rio de Janeiro, peu de progrès ont été accomplis pour mettre la planète sur la voie du développement durable. »

Les scientifiques appellent à une action mondiale pour pallier « le changement environnemental sans précédent qui continue de s'accélérer » et ont déclaré que Rio+20 « devrait être un grand pas en avant dans la transition vers un développement durable. »

Prochaines étapes : 
  • 12-17 mars : Forum mondial de l'eau à Marseille (France)
  • 22 mars : Journée mondiale de l'eau
  • 15-16 mai : Conférence sur l'innovation en Europe dans le domaine de l'eau à Bruxelles.
  • 20-22 juin : Conférence de l'ONU sur le développement durable à Rio, au Brésil.
Timothy Spence — Article traduit de l'anglais
Approvisionnement en eau eu Ouzbékistan. EuropeAid photo
Contexte : 

Avec 54 milliards d'euros, soit 56 % de l'aide totale en 2010, l''UE est le plus grand donateur au monde, selon l'Organisation de coopération et de développement économiques.

Les dirigeants européens considèrent généralement l'aide au développement comme une extension de leur « puissance d'influence » (ou « soft power »). Ils ont décidé d'allouer une aide au développement équivalant à 0,7 % de leur revenu national brut d'ici 2015. Bien que les États membres semblent très mal partis pour atteindre cet objectif, ils dépassaient largement les États-Unis et leurs 30,2 milliards de dollars (22.4 milliards d'euros) en 2010 (0,21 % du RNB).

Selon les données chiffrées de l'OCDE, de l'UE et de l'ONU, les donateurs attribuent plus de 8 milliards de dollars (5,9 milliards d'euros) à l'eau potable et aux installations sanitaires, soit 6 % de l'aide totale pour le développement.

Près d'un tiers de cette somme provient de l'UE. Les pays d'Afrique subsaharienne reçoivent 28 % de ces financements, suivis des pays d'Asie du Sud (19 %). En décembre dernier, l'UE a promis 1 milliard d'euros supplémentaires pour aider 36 pays pauvres à atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement fixés par l'ONU, qui comprennent notamment l'amélioration de l'accès à l'eau, l'assainissement et d'autres objectifs de lutte contre la pauvreté.

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