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Emissions de CO2 : traitement spécial pour le secteur de l'aviation

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Publié 04 avril 2011, mis à jour 05 avril 2011

La semaine dernière, lorsque la Commission européenne a révélé son projet de réduire de 60 % les émissions de CO2 dans le secteur des transports d'ici 2050, beaucoup ont supposé que cela s'appliquerait de la même façon au transport routier, ferroviaire et aérien. Mais EurActiv a découvert que cette réduction s'élèverait seulement à 34 % pour l'aviation, un objectif que les environnementalistes et les représentants du secteur trouvent irréaliste.

Le livre blanc de la Commission européenne sur le transport, dévoilé la semaine dernière, fixe des objectifs environnementaux de grande envergure pour 2050 mais ne met pas en défaut les réductions de la pollution attendues dans le secteur.

Sandro Santamato, responsable du service sur la politique des carburants alternatifs à la DG Transports de la Commission, a déclaré à EurActiv que « les émissions de CO2 du secteur de l’aviation ne diminueraient pas de 60 % mais seulement de 34 % entre 2005 et 2050 ».

Les autres secteurs du transport seront évalués sur la base de 1990, mais sachant que les émissions du secteur de l’aviation ont augmenté de 81 % de 1990 à 2005, l’objectif pour 2050 ne devrait pas être trop difficile à atteindre pour les compagnies aériennes.

Selon les tendances actuelles, les émissions devraient augmenter de 64 % d’ici 2050 du fait de l’augmentation du trafic aérien, a affirmé M. Santamato. Mais des diminutions de 54 % et de 44 % sont attendues grâce à l’efficacité énergétique et des carburants à faible teneur en carbone, respectivement, a-t-il expliqué.

En prenant tout cela en compte, la Commission affirme qu'une réduction de 34 % sera possible.

L’objectif des carburants à faible teneur en carbone serait atteint grâce à un biokérosène de troisième génération qui « arriverait sur le marché à l’échelle commerciale après 2035 », a prédit M. Santamato.

Pendant ce temps, l’efficacité énergétique s’accroîtrait  d’1 % par an, ce qui selon l’analyse de la Commission, contribuerait à l’objectif des 54 %.

Cependant, certains de ces objectifs semblent hors de la portée du secteur. Un éminent cadre du secteur aérien, qui a souhaité rester anonyme, a déclaré que les objectifs énergétiques étaient réalistes mais que le but global de réduction nette des émissions de 34 % ne l’était pas.

La pollution résultant du CO2 de l’aviation représentait 12,5 % du total des émissions issues du transport en Europe en 2007.

La contribution des biocarburants en question

Pendant ce temps, la recherche sur la contribution des biocarburants pour réduire les émissions du transport aérien semble contredire les calculs de la Commission.

Un document original du gouvernement britannique cité, mais non référencé dans le document de travail du livre blanc, remet en question la possibilité que les biocarburants puissent fournir plus d’un quart de la part du carburant aérien prévu par la Commission d’ici 2050.

Selon ce document, il n’est pas « prudent de supposer que les biocarburants pourraient représenter plus de 10 % du carburant aérien en 2050 ».

Il attire également l’attention sur des décisions fondamentales de politiques sur « des avancées technologiques spéculatives pour l’avenir », telles qu’une économie de carburant de 60 % d’ici 2050.

La Commission a expliqué que le rapport, intitulé « Meeting the UK aviation target – options for reducing emissions to 2050 » (« Atteindre l’objectif de l’aviation britannique – Options pour réduire les émissions d’ici 2050 »), constituait seulement un rapport parmi tant d’autres sur les prévisions relatives aux biocarburants.

« Il est important de mentionner que ce livre blanc se base sur notre propre modélisation », a souligné M. Santamato. D’autres prévisions se révélaient « moins optimistes », a-t-il admis, « mais je pense que nous disposons d'une approche plus complète ».

La position de la Commission est de dire que les réductions des émissions du secteur de l’aviation viendront du SESAR (Programme de recherche sur la gestion du trafic aérien dans le ciel unique européen). Davantage de choses seront accomplies grâce à l’efficacité énergétique des carburants innovants et surtout en augmentant la part des biocarburants durables à faible teneur en carbone à 40 % de l’éventail des carburants d’ici 2050.

Les biocarburants de l’aviation dépendent des subventions

Alexandre Dossat, un porte-parole pour Aerospace and Defence Industries Association of Europe, a déclaré que les objectifs de la Commission en matière de biocarburants dépendraient de la mise en œuvre de subventions et d’incitations de la part des gouvernements.

« Il est difficile de donner une date parce qu’il reste beaucoup de points d’interrogation », a-t-il déclaré par téléphone la semaine dernière lors de la conférence Aerodays 2011 à Madrid.

« Nous pouvons adhérer à l’objectif visant à remplacer 40 % du carburant aérien par les biocarburants d’ici 2050 mais de nouveau, cela dépend de nombreux facteurs et ce n’est pas quelque chose que le secteur aérien peut garantir ».

Simon McNamara, directeur général adjoint de l'Association européenne des compagnies d'aviation des régions d'Europe a formulé cela plus clairement : « Cela dépend du bon vouloir du secteur en matière d’investissement dans la production des biocarburants pour satisfaire la demande des compagnies aériennes ».

La semaine dernière, Airbus a établi une usine de biokérosène en Roumanie, visant à produire un biocarburant aérien issu de la plante caméline raffinée par UOP, quelques jours après le premier vol réussi à des vitesses supersoniques d’un avion militaire alimenté à l’aide de biocarburant.

Mais « il n’est tout simplement pas possible d'avoir accès au biocarburant aérien en quantités suffisantes pour le moment », s’est plaint Chris Goater, un porte-parole de l’Association internationale pour le transport aérien. « Malgré toute la bonne volonté des compagnies aériennes, mettre l’infrastructure en place prend du temps et il n’y aura pas assez de biocarburant disponible [pour atteindre l’objectif en 2050] ».

Sur la route pour 2050, le livre blanc qui a été lancé par le Commissaire aux transports, Siim Kallas le 28 mars, prévoit également une chute de 20 % d’ici 2030 dans les émissions du transport par rapport à 2008 ;

Concilier plusieurs objectifs

Mais de manière générale, la question reste de savoir comment la Commission peut concilier les prévisions du livre blanc de potentiellement doubler l’activité aérienne européenne d’ici 2050 avec une réduction de 34 % des émissions de ce secteur.

Les journalistes sont restés perplexes lorsque le Commissaire Kallas leur a rappelé, le 28 mars, que « l’augmentation du transport alliée à la réduction des émissions de CO2 est un objectif très radical et ambitieux ».

Sa porte-parole, Helen Kearns, a noté que les calculs utilisés dans les sommes du livre blanc étaient également basés sur les engagements existants concernant la gestion du trafic aérien.

« Seul le SESAR devrait réduire de 10 km la plupart des trajets aériens avec une réduction correspondante des émissions », a-t-elle affirmé, en ajoutant que la Commission espérait que davantage de passagers choisissent le train plutôt que l’avion pour les petites distances.

Pour les environnementalistes, ces discussions laissent entendre une certaine envie de fuir face à la nécessité de gérer la demande du consommateur.

« La Commission cherche seulement les innovations techniques et non une modification des comportements », a déclaré Michael Cramer, eurodéputé vert allemand de la commission transports du Parlement européen.

« Il n'est pas possible de réduire les émissions et de développer le trafic aérien », a-t-il dit à EurActiv.

M. Cramer a également demandé de mettre un terme à ce qu'il qualifie de subvention de 30 milliards d'euros pour le secteur de l'aviation via les exemptions fiscales pour le kérosène ou la TVA sur les vols internationaux.

« Vous pouvez voir à quel point notre système de transport en Europe est fou, irrationnel et stupide », a-t-il déploré.

On pourrait dire que la Commission a au moins fait preuve d'un certain engagement en matière de transparence en publiant les détails sur la manière dont une augmentation de 64 % du trafic aérien pourra aller de pair avec une réduction de 34 % des émissions.

Toutefois, les éléments sur l'aviation dont parlait M. Santamato n'ont pas été publiés parmi la documentation de la Commission, « car en général, nous n'adoptons pas une approche sectorielle », a déclaré M. Santamato.

Les journalistes n'ont pas fini d'être perplexes.

Réactions : 

Simon McNamara, directeur adjoint de l'Association européenne des compagnies d'aviation des régions d'Europe, a déclaré à EurActiv : « Le secteur de l'aviation s'engage réellement à réduire son empreinte carbone. Nous faisons partie du système d'échange de quotas d'émission de gaz à effet de serre et à partir de 2012, nous y participeront pleinement. En Europe, nous avons exprimé le souhait d'aller de l'avant en envisageant les biocarburants et les carburants à faible teneur en carbone comme des alternatives. Si ces carburants sont disponibles, je pense vraiment que les compagnies aériennes les utiliseront ».

« Nous mettons en place tout un éventail de mesures pour tenter de réduire nos émissions. Nous devons investir dans les nouvelles technologies (appareils et moteurs), dans les infrastructures pour la gestion du trafic et des aéroports, dans l'amélioration de l'efficacité, et nous pensons que le secteur pourra dès lors respecter les objectifs qu'il s'est lui-même fixé ».

Jos Dings, directeur de Transport and Environment, une ONG, a déclaré que le problème de ce livre blanc était que ces nombres « magiques » avaient été créés de toute pièce. « L’envie de bien faire les choses est là, mais elle s'arrête lorsqu'il faut s'engager à agir pour réellement atteindre ces objectifs », a-t-il dit à EurActiv. « Je ne vois même pas comment l'objectif très modeste, voir faible, pour 2030 pourra être atteint avec les mesures proposées ».

« Ils affirment que certains carburants, autres que le pétrole, représenteront la solution alors qu'en réalité, les carburants alternatifs qui existent aujourd'hui n'améliorent en rien la situation. Dans ce livre blanc, personne ne s'engage à rendre ces carburants plus propres. Nous devons nous diriger vers de réelles modifications des critères de durabilité pour les biocarburants, surtout pour y inclure les effets du changement indirect d'affectation des sols. Le défi des bioénergies est de les produire sur des terres qui ne sont pas actuellement utilisées par l'agriculture ou la nature afin de ne pas devoir utiliser des terres vierges ailleurs dans le monde pour les remplacer », a ajouté M. Dings.

« Il n'y aura pas de contributions massives dans les biocarburants pendant un certain temps et c'est la raison pour laquelle nous demandons aux gouvernements de lancer ce secteur », a déclaré Chris Goater de l'Association internationale du transport aérien (IATA). « Différentes compagnies aériennes en Europe tentent déjà de s'assurer une certaine quantité de biocarburants durables, mais ça prendra du temps avant que cela n'atteigne des proportions significatives ».

Il a affirmé que le secteur au niveau mondial avait fixé un objectif de 50 % de réduction des émissions de CO2 d'ici 2050 par rapport aux niveaux de 2005. « Nous voulons aboutir à une croissance neutre en carbone d'ici 2020, donc il y a de nombreux défis à relever », a-t-il ajouté. « Nous admettons qu'il faut encourager l'utilisation d'avions plus propres ou équilibrer les émissions avec les autres secteurs, mais nous critiquons le SCEQE car c'est un système régional qui tente d'imposer des taxes sur un système mondial où des avions du monde entier volent vers l'UE. Nous ne sommes pas convaincus que ce soit légal et l'affaire est actuellement analysée par les tribunaux. Par principe, nous ne sommes pas d'accord avec de nombreux aspects de ce système de taxation ».

Helen Kearns, porte-parole du commissaire européen au transport, Siim Kallas, a dit à EurActiv que le principe de base de la Commission était : « un transfert vers le ferroviaire, on l'espère, pour un nombre croissant de passagers et de marchandises actuellement transportées par la route. Pour les distances plus courtes, comme Paris-Londres par exemple, le train devrait prendre le dessus sur les vols court courrier. Mais pour les voyages intercontinentaux, par exemple, où le maritime restera dominant pour les marchandises et où il n'y a pas de substitut pour l'aviation, il faudra un changement massif concernant les carburants et les technologies utilisés ».

« Le secteur de l'aviation va dans la même direction », a-t-elle affirmé. « L'aviation est l'un des secteurs qui progressent assez bien. On ne veut pas s'en passer.  Mais il doit être compétitif et durable. Il ne s'agit pas de réduire la mobilité de la population mais de lui fournir des alternatives durables. Lorsque les trains à grande vitesse ont été mis en place, ils ont presque supplanté les vols qui faisaient les mêmes itinéraires. Aux Etats-Unis, au Japon et en Chine, le ferroviaire représente une grande partie du trafic et il est raisonnable de penser qu'il pourrait s'agir d'une alternative plus compétitive pour l'Europe également ».

Fabio Gamba, de l'Association des compagnies européennes de navigation aérienne (AEA), pense que les objectifs d'efficacité de l'UE sont « certainement conformes aux objectifs d'efficacité des carburants de l'IATA. 2050 est encore loin, mais les objectifs de la Commission pourraient bien être relativement conservateurs même s'il s'agit davantage d'une intuition personnelle que d'une position officielle de l'AEA ».

Concernant les biocarburants, « l'UE s'organise, mais pas autant que les Etats-Unis. Nous souhaiterions voir ce type d'approche incitative s'appliquer en Europe. Le fait que cela a été mentionné dans le livre blanc est déjà une bonne chose. Est-ce suffisant ? Nous verrons dans les prochaines années ».

« De plus en plus de compagnies aériennes effectuent leurs propres essais sur différents mélanges de carburants, mais je ne pense pas que leur usage commercial soit imminent », a-t-il ajouté. « La troisième et la quatrième génération ont montré que c'était possible. Mais certains rapports affirment qu'il faudrait une surface sous-marine aussi grande que la Belgique afin de produire suffisamment d'algues pour que l'aviation puisse compter sur ce carburant ».

John Hanlon, secrétaire général de l'European Low Fares Airlines Association, a argué que dans le cadre du SCEQE, le problème des biocarburants était que même s'ils n'émettaient pas le CO2 émis par les carburants traditionnels à cause de leur mélange en raffineries, il n'était pas possible de faire le plein des avions uniquement avec des biocarburants et donc qu'ils ne recevaient aucun crédit pour cela. « En fait, vous payez plus pour ne recevoir aucun retour en termes de quotas d'émissions ».

Toutefois, il se montre reconnaissant envers la Commission pour son aide apportée à l'industrie aérienne à bas prix. « Le commissaire Kallas a dit qu'il ne fallait pas tenter de réduire la mobilité de la population », a-t-il fait remarquer. « Je pense qu'il s'agit d'une approche très judicieuse et l'UE mérite un certain crédit pour avoir permis à la population de voyager en avion à des prix abordables. Cela a permis d'accroître considérablement le nombre de personnes qui peuvent se permettre de voyager en avion, alors qu'il y a 20 ans, ce n'était réservé qu'à une certaine élite ».

A ce propos, il a suggéré une approche différente de l'expansion des plateformes aéroportuaires européennes. « Il existe une capacité latente importante dans certains aéroports régionaux et secondaires et ceux-ci pourraient décharger les aéroports principaux », a-t-il expliqué. « Cela coûterait moins cher que de construire de nouvelles pistes et des terminaux dans des aéroports qui en ont moins besoin que d'autres et où les capacités latentes pourraient être exploitées de manière moins néfaste à l’environnement ».

Néanmoins, l'eurodéputé vert Michael Cramer (Allemagne), a déclaré à EurActiv qu'il trouvait cela insensé de payer 25 euros pour un vol entre Berlin et Rome et qu'un taxi ou un bus puisse lui coûter plus cher pour aller jusqu'à l'aéroport romain. « Nous ne pouvons pas mettre un terme à l'aviation, mais nous pourrions la réduire de manière considérable », a-t-il déclaré. « Les gens prennent l'avion parce que c'est moins cher. Il faut changer cela. Dans le SCEQE, le ferroviaire doit acheter 100 % de ses certificats de carbone sur le système d'enchères, mais pour l'aviation, lorsqu'ils participeront au mécanisme à partir de 2012, 85 % de leurs certificats leur seront offerts. La concurrence est déloyale entre les moyens de transports écologiques et les assassins du climat ».

« Ils disent qu'il n'est pas possible d'éviter le transport, mais aujourd'hui, les crevettes qui sont pêchées en Scandinavie sont transportées par la route et par bateau dans des containers spéciaux vers le Maroc où elles sont cuisinées et puis ramenées en Scandinavie pour être servies dans les restaurants, et ce uniquement parce que les salaires sont plus bas au Maroc. C'est complètement fou. Les pommes sont également transportées du nord au sud de l'Italie, aller-retour, pour la même raison. Je pourrais vous donner des centaines d'exemples de ce type. Qui paye pour cela ? L'environnement et les contribuables ».

Contexte : 

La stratégie européenne en matière de transport est basée sur un livre blanc proposant 60 mesures vouées à réviser la politique européenne en matière de transport afin de la rendre plus durable et d'éviter d'énormes pertes économiques à cause de l'encombrement, de la pollution et des accidents.

Une mise à jour à mi-parcours en 2006 de la stratégie avait pour objectif de la rééquilibrer vers des objectifs politiques.

En juin 2009, la Commission a présenté une communication sur un futur durable pour le transport, appelant à un système de transport intégré, technologique, "convivial" et durable après 2010. La Commission a tenté d'identifier les options possibles pour le prochain livre blanc.

Une première ébauche du document est apparue en automne 2010.

Le transport représente 25 % des émissions de CO2 et 73 % du pétrole consommé en Europe. Le pétrole alimente toujours 96 % du transport dans l'UE.

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