Le livre blanc de la Commission européenne sur le transport, dévoilé la semaine dernière, fixe des objectifs environnementaux de grande envergure pour 2050 mais ne met pas en défaut les réductions de la pollution attendues dans le secteur.
Sandro Santamato, responsable du service sur la politique des carburants alternatifs à la DG Transports de la Commission, a déclaré à EurActiv que « les émissions de CO2 du secteur de l’aviation ne diminueraient pas de 60 % mais seulement de 34 % entre 2005 et 2050 ».
Les autres secteurs du transport seront évalués sur la base de 1990, mais sachant que les émissions du secteur de l’aviation ont augmenté de 81 % de 1990 à 2005, l’objectif pour 2050 ne devrait pas être trop difficile à atteindre pour les compagnies aériennes.
Selon les tendances actuelles, les émissions devraient augmenter de 64 % d’ici 2050 du fait de l’augmentation du trafic aérien, a affirmé M. Santamato. Mais des diminutions de 54 % et de 44 % sont attendues grâce à l’efficacité énergétique et des carburants à faible teneur en carbone, respectivement, a-t-il expliqué.
En prenant tout cela en compte, la Commission affirme qu'une réduction de 34 % sera possible.
L’objectif des carburants à faible teneur en carbone serait atteint grâce à un biokérosène de troisième génération qui « arriverait sur le marché à l’échelle commerciale après 2035 », a prédit M. Santamato.
Pendant ce temps, l’efficacité énergétique s’accroîtrait d’1 % par an, ce qui selon l’analyse de la Commission, contribuerait à l’objectif des 54 %.
Cependant, certains de ces objectifs semblent hors de la portée du secteur. Un éminent cadre du secteur aérien, qui a souhaité rester anonyme, a déclaré que les objectifs énergétiques étaient réalistes mais que le but global de réduction nette des émissions de 34 % ne l’était pas.
La pollution résultant du CO2 de l’aviation représentait 12,5 % du total des émissions issues du transport en Europe en 2007.
La contribution des biocarburants en question
Pendant ce temps, la recherche sur la contribution des biocarburants pour réduire les émissions du transport aérien semble contredire les calculs de la Commission.
Un document original du gouvernement britannique cité, mais non référencé dans le document de travail du livre blanc, remet en question la possibilité que les biocarburants puissent fournir plus d’un quart de la part du carburant aérien prévu par la Commission d’ici 2050.
Selon ce document, il n’est pas « prudent de supposer que les biocarburants pourraient représenter plus de 10 % du carburant aérien en 2050 ».
Il attire également l’attention sur des décisions fondamentales de politiques sur « des avancées technologiques spéculatives pour l’avenir », telles qu’une économie de carburant de 60 % d’ici 2050.
La Commission a expliqué que le rapport, intitulé « Meeting the UK aviation target – options for reducing emissions to 2050 » (« Atteindre l’objectif de l’aviation britannique – Options pour réduire les émissions d’ici 2050 »), constituait seulement un rapport parmi tant d’autres sur les prévisions relatives aux biocarburants.
« Il est important de mentionner que ce livre blanc se base sur notre propre modélisation », a souligné M. Santamato. D’autres prévisions se révélaient « moins optimistes », a-t-il admis, « mais je pense que nous disposons d'une approche plus complète ».
La position de la Commission est de dire que les réductions des émissions du secteur de l’aviation viendront du SESAR (Programme de recherche sur la gestion du trafic aérien dans le ciel unique européen). Davantage de choses seront accomplies grâce à l’efficacité énergétique des carburants innovants et surtout en augmentant la part des biocarburants durables à faible teneur en carbone à 40 % de l’éventail des carburants d’ici 2050.
Les biocarburants de l’aviation dépendent des subventions
Alexandre Dossat, un porte-parole pour Aerospace and Defence Industries Association of Europe, a déclaré que les objectifs de la Commission en matière de biocarburants dépendraient de la mise en œuvre de subventions et d’incitations de la part des gouvernements.
« Il est difficile de donner une date parce qu’il reste beaucoup de points d’interrogation », a-t-il déclaré par téléphone la semaine dernière lors de la conférence Aerodays 2011 à Madrid.
« Nous pouvons adhérer à l’objectif visant à remplacer 40 % du carburant aérien par les biocarburants d’ici 2050 mais de nouveau, cela dépend de nombreux facteurs et ce n’est pas quelque chose que le secteur aérien peut garantir ».
Simon McNamara, directeur général adjoint de l'Association européenne des compagnies d'aviation des régions d'Europe a formulé cela plus clairement : « Cela dépend du bon vouloir du secteur en matière d’investissement dans la production des biocarburants pour satisfaire la demande des compagnies aériennes ».
La semaine dernière, Airbus a établi une usine de biokérosène en Roumanie, visant à produire un biocarburant aérien issu de la plante caméline raffinée par UOP, quelques jours après le premier vol réussi à des vitesses supersoniques d’un avion militaire alimenté à l’aide de biocarburant.
Mais « il n’est tout simplement pas possible d'avoir accès au biocarburant aérien en quantités suffisantes pour le moment », s’est plaint Chris Goater, un porte-parole de l’Association internationale pour le transport aérien. « Malgré toute la bonne volonté des compagnies aériennes, mettre l’infrastructure en place prend du temps et il n’y aura pas assez de biocarburant disponible [pour atteindre l’objectif en 2050] ».
Sur la route pour 2050, le livre blanc qui a été lancé par le Commissaire aux transports, Siim Kallas le 28 mars, prévoit également une chute de 20 % d’ici 2030 dans les émissions du transport par rapport à 2008 ;
Concilier plusieurs objectifs
Mais de manière générale, la question reste de savoir comment la Commission peut concilier les prévisions du livre blanc de potentiellement doubler l’activité aérienne européenne d’ici 2050 avec une réduction de 34 % des émissions de ce secteur.
Les journalistes sont restés perplexes lorsque le Commissaire Kallas leur a rappelé, le 28 mars, que « l’augmentation du transport alliée à la réduction des émissions de CO2 est un objectif très radical et ambitieux ».
Sa porte-parole, Helen Kearns, a noté que les calculs utilisés dans les sommes du livre blanc étaient également basés sur les engagements existants concernant la gestion du trafic aérien.
« Seul le SESAR devrait réduire de 10 km la plupart des trajets aériens avec une réduction correspondante des émissions », a-t-elle affirmé, en ajoutant que la Commission espérait que davantage de passagers choisissent le train plutôt que l’avion pour les petites distances.
Pour les environnementalistes, ces discussions laissent entendre une certaine envie de fuir face à la nécessité de gérer la demande du consommateur.
« La Commission cherche seulement les innovations techniques et non une modification des comportements », a déclaré Michael Cramer, eurodéputé vert allemand de la commission transports du Parlement européen.
« Il n'est pas possible de réduire les émissions et de développer le trafic aérien », a-t-il dit à EurActiv.
M. Cramer a également demandé de mettre un terme à ce qu'il qualifie de subvention de 30 milliards d'euros pour le secteur de l'aviation via les exemptions fiscales pour le kérosène ou la TVA sur les vols internationaux.
« Vous pouvez voir à quel point notre système de transport en Europe est fou, irrationnel et stupide », a-t-il déploré.
On pourrait dire que la Commission a au moins fait preuve d'un certain engagement en matière de transparence en publiant les détails sur la manière dont une augmentation de 64 % du trafic aérien pourra aller de pair avec une réduction de 34 % des émissions.
Toutefois, les éléments sur l'aviation dont parlait M. Santamato n'ont pas été publiés parmi la documentation de la Commission, « car en général, nous n'adoptons pas une approche sectorielle », a déclaré M. Santamato.
Les journalistes n'ont pas fini d'être perplexes.





