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La France mise à mal sur une proposition de fusion du système ferroviaire

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Publié 06 novembre 2012

Le projet de la France visant à regrouper son système ferroviaire et ses opérations d'infrastructure a soulevé un vent de critiques et la Commission souhaite bloquer cette proposition.

Ces efforts de fusion entre la SNCF et le Réseau ferré de France (RFF) surviennent alors que la Commission finalise son quatrième paquet ferroviaire qui devrait se concentrer sur le découplage de la gestion d'infrastructure pour le transport de passagers et de marchandises.

Tony Berkeley, membre de la Chambre des Lords britannique et directeur de l'Association européenne du transport de marchandises par rail, a indiqué que la proposition de Paris défiait la loi européenne sur la création d'un marché intégré et concurrentiel pour le transport de passagers et de marchandises.

Lors d'un entretien téléphonique avec EurActiv, Lord Berkeley a ajouté que les concurrents « ne recevront jamais un traitement équitable tant que le gestionnaire de l'infrastructure entretient des relations commerciales avec l'opérateur du service ferroviaire ».

Dans une lettre envoyée à la Commission hier (5 novembre), il a déclaré : « D'autres opérateurs ferroviaires pâtissent grandement de l'octroi déloyal des sillons et de l'obstruction générale de la SNCF en France dans le développement de nouveaux services et dans le bon fonctionnement des services existants. »

Lord Berkeley espérait que cette lettre garantirait que « le quatrième paquet ferroviaire était entièrement à l'épreuve des bombes des États membres » qui tentaient de protéger leurs compagnies ferroviaires nationales.

Frédéric Cuvillier, le ministre français des transports, a annoncé le 30 octobre des projets de regroupement entre la SNCF et le RFF, le détenteur du réseau ferroviaire national.

La SNCF a été scindée en 1997 en vue de mettre fin au monopole du transport de marchandises et de passagers et d'introduire une concurrence à l'échelle européenne.

M. Cuvillier a déclaré que le système actuel fonctionnait mal et qu'il était non viable du point de vue financier. Il a ajouté qu'il était convaincu que l'exécutif européen soutiendrait ce projet, expliquant au quotidien Le Monde que Paris n'essayait pas d'exclure la concurrence et garantirait « un égal accès au réseau ferroviaire à tous les opérateurs ».

Pression sur la Commission européenne

La SNCF et la Deutsche Bahn, la compagnie ferroviaire allemande, ont toutes deux fait pression sur les décideurs politiques européens afin qu'ils n'obligent pas les entreprises à séparer l'infrastructure ferroviaire de son exploitation, citant plusieurs efforts manqués ces 20 dernières années.

Le mois dernier, ces deux compagnies ont publié un rapport mettant en doute l'efficacité d'opérations distinctes. Elles arguent que les pays où les systèmes ferroviaires sont intégrés, comme le Canada, le Japon et les États-Unis, ont connu une croissance constante des investissements et du transport de passagers et de marchandises par rapport à la stagnation du marché européen.

« Les résultats révèlent que la gestion intégrée d'infrastructure et l'exploitation ferroviaire n'entravent pas l'amélioration de l'efficacité et de la performance des chemins de fer », a déclaré Andreas Schwilling, un associé de Roland Berger Strategy Consultants à Munich, qui a mené l'étude publiée le 15 octobre.

La position franco-allemande a été renforcée lorsque la Cour européenne de justice, dans une décision préliminaire, a soutenu le modèle allemand face aux objections de la Commission qui affirmait qu'il violait les dispositions légales sur la gestion indépendante des infrastructures.

La Commission n'a commenté ni la proposition de la France ni la lettre de Lord Berkeley adressée au président de la Commission, José Manuel Barroso, qui a également été divulguée aux journalistes.

Il est loin d'être certain que la Commission autorise le regroupement des opérations et de l'infrastructure.

Le quatrième paquet ferroviaire

La Commission européenne travaille sur son quatrième paquet ferroviaire depuis 2001 dans le but de poursuivre la libéralisation des réseaux ferroviaires, en raison des faibles parts de marché du rail pour le transport de marchandises et de passagers, à savoir 7 % et 12 % respectivement. (Lire notre LinksDossier sur le transport ferroviaire en Europe : une route chaotique vers le marché unique)

Le paquet devrait être présenté d'ici la fin de l’année 2012 et devrait se concentrer sur le découplage de la gestion des infrastructures pour le transport des passagers et de marchandises et permettre une concurrence accrue sur les marchés nationaux. 

Réactions : 

L'eurodéputé britannique Brian Simpson, président de la commission des transports du Parlement européen, a indiqué à la Communauté des chemins de fer européens (CCFE) le 5 novembre: « Nous en sommes au quatrième paquet ferroviaire et nous venons d'adopter la refonte du premier paquet. Il faut que l'industrie ferroviaire prenne un  TGV au lieu d’un train régional. »

Un rapport publié par la CCFE le 5 novembre met en évidence trois points sur la restructuration :

  • « Nous n’avons pas trouvé de preuves démontrant que la séparation verticale augmente la concurrence par rapport à un modèle de société de holding et que cette concurrence accrue entraîne une réduction des coûts. Nous n’avons pas non plus trouvé de preuves démontrant que la séparation verticale améliore la part modale du rail par rapport au modèle de société de holding (bien qu'elle améliore la part du marché du transport de passagers lorsqu'elle est combinée à l'ouverture des marchés par rapport à l'intégration verticale). En ce qui concerne le transport de marchandises, il n'est pas prouvé que si [la séparation verticale] améliorait la concurrence, la part de marché serait plus grande. »
  • « La décision d'imposer une séparation verticale en Europe coûterait au moins 5,8 milliards d'euros [par] an, sans avantages qui en découlent [...] »
  • « En conclusion générale, il n'existe aucune preuve pour soutenir la mise en œuvre d'une structure unique pour tous les chemins de fers, indépendamment de leur situation. »

« Nous sommes encore loin d'un espace unique européen », a déclaré le commissaire en charge des transports, Siim Kallas, lors d'une conférence sur les transports ferroviaires au Comité économique et social européen (CESE) en septembre 2012.

« Nous stagnons au XIXe siècle », a-t-il affirmé, visiblement frustré par le peu de progrès du plus ancien mode de transport terrestre mécanisé d'Europe. « [...] Soyons clairs, le retour aux structures intégrées que nous avions il y a 20 ans ne serait pas réaliste. » 

Prochaines étapes : 
  • D'ici la fin 2012 : le quatrième paquet ferroviaire devrait se concentrer sur l'ouverture des marchés nationaux à la concurrence et sur l'harmonisation des réglementations sous l'égide de l'Agence ferroviaire européenne (AFE).
Timothy Spence - Article traduit de l'anglais
Contexte : 

Les approches de libéralisation du secteur ferroviaire et de découplage (la séparation des infrastructures de services ferroviaires) varient dans les 25 États membres de l'UE qui disposent de services ferroviaires, ce qui n'est pas le cas pour Chypre et Malte.

Dans les années 1990, la Grande-Bretagne a rapidement décidé de séparer ses opérations d'infrastructures des services ferroviaires, tout en démantelant l'ancien système ferroviaire britannique pour faire place à la concurrence. Le succès rencontré est insuffisant.

L'Espagne, les Pays-Bas, la Pologne et plusieurs autres pays ont suivi ce chemin en séparant les infrastructures des services avec des niveaux différents de supervision publique ou indépendante.

L'Autriche, la France et la République tchèque fonctionnent selon un modèle de société de holding similaire à celui de l'Allemagne.

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