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Le ciel unique gagne du soutien face aux craintes des avionneurs sur l’ETS européen [FR]

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Publié 26 juin 2008

D’après les propositions présentées à Bruxelles hier, les pays devraient céder leur souveraineté dans leur espace aérien national en faveur d’un système européen de gestion du trafic aérien d’ici 2012. Alors que beaucoup sont réticents, les préoccupations liées aux projets parallèles visant à inclure les compagnies aériennes dans le système européen d’échange de quotas d’émission pourraient donner le coup d’envoi.

Des progrès insuffisant jusqu’à présent

En admettant que la réglementation relative au ciel unique européen adoptée il y a quatre ans n’avait pas engendré les résultats escomptés dans certains domaines importants, la Commission a présenté un second paquet de mesures législatives pour maîtriser les nombreux obstacles rencontrés en tentant d’intégrer l’espace aérien européen.

Les principaux ajouts au paquet précédent seront l’introduction d’objectifs contraignants liés à la performance pour les fournisseurs de service de navigation aérienne et une date cible, 2012, pour que les Etats membres établissent une coopération transfrontalière par le bloc d’espace aérien fonctionnel (FAB).

Actuellement, les avions sont contraints de zigzaguer entre les 27 différents espaces aériens – chacun étant géré par un fournisseur de service de navigation aérienne sur la base de différentes règles et conditions requises. Le nouveau commissaire européen en charge des Transports, l’Italien Antonio Tajani a affirmé que ce système entraîne un allongement d’environ 49 km de la moyenne des vols parcourus par rapport la moyenne requise et augmente les coûts des exploitants de lignes aériennes de près du double par rapport à ceux des Etats-Unis par exemple, où l’espace aérien est unique. La Commission indique qu’un ciel simplifié constitué de huit ou neuf espaces aériens et basé sur des accords mutuels entre les pays, contribuerait à économiser du temps, du carburant, de l’argent et du CO2.

Dans le cadre de la proposition actuelle, Eurocontrol (l’organisation européenne pour la sécurité de la navigation aérienne) remplacerait progressivement la gestion du réseau européen de la gestion du trafic aérien des Etats membres. Eurocontrol aurait également la responsabilité de définir et d’évaluer les objectifs de performance pour le ciel unique.

La résistance nationale reste un problème

A l’origine, la Commission avait prévu d’être plus énergique dans son premier train de mesures visant à créer un ciel unique européen. Mais elle a été contrainte de modérer ses projets en raison de la réticence des Etats membres à abandonner le contrôle de leur espace aérien, à ouvrir les zones réservées à l’usage militaire ou à écarter les centres nationaux de contrôle civil de l’activité. M. Tajani a reconnu que ce point reste un problème et que la partie la plus difficile ne sera pas de rédiger la législation mais de la mettre en oeuvre. 

Une approche favorable à l’activité économique dans un contexte de hausse des prix du pétrole

Néanmoins, le commissaire a déclaré que la résistance s’adoucit. C’est notamment parce que l’option du ciel unique semble désormais une approche plus favorable à l’activité économique que celle proposée parallèlement par la Commission – consistant à inclure les compagnies aériennes dans le système européen des échanges de quotas d’émissions.

En effet, alors que le SES devrait réduire les coûts des compagnies aériennes de 2 à 3 milliards d’euros chaque année, les compagnies aériennes affirment que le système ETS, associé à la flambée actuelle des prix du pétrole, pourrait forcer beaucoup d’entre elles à fermer leurs portes.

Des ciels plus sûrs 

Le nouveau paquet vise également à transférer davantage de compétences à l’Agence européenne de la sécurité aérienne (EASA). Alors qu’actuellement l’Agence ne s’occupe que de la certification et de la sécurité des compagnies aériennes, Bruxelles veut lui transférer les responsabilités liées aux aérodromes, aux services de navigation aérienne et à la gestion du trafic aérien de façon à contrer l’augmentation des risques en matière de sécurité liés à la pression opérationnelle accrue comme la hausse du trafic.

Réactions : 

Le commissaire européen aux Transports Antonio Tajani a déclaré que les couloirs aériens sont ridicules. Selon lui, le fait est que le ciel de l’UE reste découpé en 27 zones différentes et qu’en conséquence, un avion parcoure en moyenne 49 km de plus que ce qui est strictement nécessaire. Aujourd’hui, nous passons 10 à 15 minutes de plus dans l’avion, a-t-il expliqué.

Tout en reconnaissant que certaines puissances aériennes dans des Etats membres n’ont aucun doute sur la collaboration, il a souligné qu’il faut avant tout surmonter l’idée selon laquelle la souveraineté nationale prévaut sur l’espace aérien.

Le secrétaire général de l’Association des compagnies aériennes européennes (AEA), Ulrich Schulte-Strathaus, estime que le nouvel élan donné au processus du ciel unique pourrait ne pas survenir au meilleur moment pour l’industrie européenne des compagnies aériennes.

L’explosion des prix du carburant tire les coûts des compagnies aériennes vers le haut à un rythme alarmant, a-t-il souligné. Il a affirmé que les compagnies ne peuvent pas continuer à supporter les coûts considérables du manque d’efficacité en route, en consommant inutilement du carburant qui est trois fois plus cher qu’il y a deux ans.

Peter Hartman, le président de l’AEA et président de KLM Royal Dutch Airlines partage l’idée qu’un ciel unique européen profiterait au final aux passagers car il impliquerait des vols plus efficaces, un environnement moins pollué et des compagnies aériennes avec des coûts réduits, contrairement au modèle d’échange de quotas d’émissions pour les avions que le débat politique actuel transforme en un bâton pour battre le secteur européen de l’aviation.

L’AEA a néanmoins averti que le véritable test pour le ciel unique européen serait dans la mise en œuvre. Selon M. Hartman, la raison pour laquelle il y a un second paquet est que le premier, qui a vu le jour il y a quatre ans, s’est heurté aux Etats membres réticents de céder leurs espaces aériens souverains dans une ressource européenne commune – un genre de Schengen pour le ciel.

L’Association internationale des transporteurs aériens (IACA)  a déclaré que le paquet était très en retard, affirmant que désormais les Etats membres ne devraient avoir aucune excuse pour ne pas mettre en œuvre ce paquet rapidement puisque les avantages sont évidents. Cet accueil chaleureux contraste fortement avec un communiqué parallèle publié le même jour sur les plans européens visant à inclure les compagnies aériennes dans le système ETS.

Le président de l’IACA, Christoph Müller, dénombre déjà 24 faillites de compagnies aériennes cette année et en attend encore d’autres. Il s’interroge : quelle autre preuve faut-il aux responsables politiques pour qu’ils voient que le secteur de l’aviation subit de graves difficultés financières ? Selon lui, ajouter à cela un système ETS punitif serait la dernière goutte d’eau qui ferait déborder le vase. Il affirme qu’il ne fait aucun doute que tout autre pression financière entraînerait plus de faillites et empêcherait les compagnies aériennes d’investir dans la nouvelle technologie et des flottes plus efficaces.

Le Conseil international des aéroports, ACI Europe, a également salué le paquet comme une première étape vers le fait de reconnaître que les questions de l’ATM et de la capacité aéroportuaire devront être abordées conjointement dans le contexte de la menace de la crise de la capacité des aéroports. 

Le président de ACI Europe, Yiannis Paraschis, a remarqué qu’il est temps que l’Europe aligne les objectifs de l’ATM avec ceux de la capacité aéroportuaire. Selon lui, pendant des années, le projet du ciel unique européen a été développé de façon totalement isolée, et son objectif a été de doubler la capacité du ciel, sans considérer avec sérieux les répercussions au sol. Il ajouté que si la capacité aéroportuaire n’est pas traitée au niveau européen, le ciel unique européen sera un échec tout comme l’aviation européenne dans la foulée. Selon lui, il est nécessaire d’avoir une capacité très respecteuse de l’environnement au sol, pour compléter ce qui est actuellement développé dans le ciel. 

Cependant, les ONG écologistes  comme Friends of the Earth et Transport and Environment (T&E) continuent de demander un système ETS solide pour envoyer un signal clair de l’ambition européenne de lutter contre le changement climatique. Elles se sont dites très déçues des propositions destinées à reporter le système. 

Contexte : 

Malgré une série de règlements, adoptés en mars 2004, visant à créer un « ciel unique européen » (SES) en réformant le système actuel de la gestion du trafic aérien, le ciel européen demeure largement divisé en 27 espaces aériens différents contrôlés par les gouvernements nationaux.

Cette fragmentation oblige les compagnies aériennes de traverser de nombreux systèmes de contrôle de trafic aérien afin d’arriver à leur destination, les obligeant à parcourir des kilomètres supplémentaires et à utiliser des circuits d’attente avant d’être capable d’atterrir dans les aéroports européens à forte affluence.

Les activités des compagnies aériennes  sont actuellement responsables d’environ 3% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde mais le trafic aérien devrait doubler d’ici 2020, ce qui impliquera d’importantes répercussions en termes d’encombrement du trafic, de retard, de pollution et de risques liés à la sécurité.

Afin faire face à l’empreinte écologique croissante des avions, la Commission a également présenté des propositions législatives l’année dernière afin d’inclure le secteur dans le système européen d’échange de quotas d’émissions (lire notre LinksDossier  sur le transport aérien et échange de quotas d’émissions). 

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