Les organisations représentant les compagnies aériennes régionales et les services de vols commerciaux appellent la Commission à modifier son paquet de mesures pour de meilleurs aéroports visant à améliorer l'efficacité et à réduire le trafic dans certains des lieux les plus fréquentés d'Europe.
Simon McNamara, le sous-directeur de l'Association européenne des compagnies d'aviation des régions d'Europe (ERA), a déclaré hier (30 janvier) que les transporteurs de passagers y perdraient si le système d'attribution des créneaux horaires vieux de 19 ans était modifié.
« Si cette proposition est adoptée, il est très probable que ce soient les opérateurs en dehors de l'UE qui en bénéficient. A contrario, les grands et les petits opérateurs européens devraient être affectés », a déclaré M. McNamara.
Le paquet de mesures sur les aéroports, établi par l'exécutif européen en décembre dernier, vise à améliorer l'efficacité, afin de prévenir la « saturation de la capacité » due au fait que le nombre de vols aura doublé d'ici 2030. La Commission souhaite instaurer des mesures contraignantes afin de :
- modifier l'allocation et la gestion des créneaux horaires de départ et d'arrivée ;
- revoir à la hausse les normes européennes et les exigences pour les bagagistes qui ne sont pas directement employés par les aéroports ou les compagnies aériennes ;
- fixer des restrictions afin de réduire la pollution sonore.
La question des créneaux horaires est particulièrement épineuse dans la mesure où elle concerne les compagnies aériennes, mais aussi les exploitants d'avions d'affaires et leurs droits d'atterrissage saisonniers.
Les propositions de la Commission permettraient de mettre en place des appels d'offres pour certains créneaux et de modifier le système actuel de créneaux collectifs accordés en fonction des saisons. Actuellement, les compagnies aériennes qui utilisent un créneau horaire pendant 80 % de la durée d'une saison peuvent continuer à l'utiliser lors de la saison suivante. L'exécutif veut faire passer ce pourcentage à 85 %.
Les partisans de la modification du système actuel affirment que ce dernier encourage le gaspillage. Pour préserver leurs créneaux horaires dans les grands aéroports, certaines compagnies font voler des avions à moitié vides lors des périodes de vacances ou hors-saison. Elles conservent ainsi leurs droits de décollage et d'atterrissage pendant les périodes de pointe.
Risque de surenchères
L'ERA et d'autres organisations soutiennent cependant que les modifications proposées pourraient porter atteinte aux avions d'affaires qui ne voyagent pas régulièrement vers les aéroports ainsi qu'aux compagnies européennes, surtout les petits transporteurs qui sont soumis à des marges étroites, ouvrant ainsi la voie à un risque de surenchère de la part des concurrents internationaux.
Selon une étude récente de l'ERA et de la European Business Aviation Association, l'ajustement du système actuel ne permettrait pas réellement de réduire le trafic. Les dirigeants européens et nationaux devraient plutôt se concentrer sur l'amélioration de la coordination du trafic aérien à travers l'Europe et sur la modification de certaines structures au sol afin d'améliorer la circulation sur les pistes.
Cette étude avance également qu'au lieu de créer de l'emploi (l'une des promesses principales des dirigeants européens lors du sommet du 30 janvier dernier), cette opération entraînerait la perte de 10 000 postes. Les plus touchés seraient les petits aéroports et les petites compagnies qui disposent d'un parc aérien modeste et qui opèrent principalement sur le marché européen.
« Le Parlement devrait entamer une discussion sur la capacité des aéroports en Europe et sur la façon dont elle pourrait être augmentée. Ce sera positif pour toute l'Europe à long terme », a déclaré M. McNamara lors d'un entretien téléphonique.
« Ce n'est pas en tournant autour du pot aujourd'hui que l'on trouvera des solutions à long terme au problème de la capacité pour les services aériens en Europe. »
L'Association des compagnies aériennes européennes, qui représente certains des plus grands transporteurs nationaux d'Europe, a également fait part de ses inquiétudes quant à la modification des règles sur les créneaux horaires, affirmant que cette modification ne reviendrait qu'à rajouter de nouvelles règles sans pour autant réduire le trafic.
Les aéroports de Düsseldorf, Francfort, Londres (Gatwick et Heathrow), Milan et Paris (Orly et Charles de Gaulle) connaissent de grandes difficultés de trafic, selon un rapport de la Commission. L'exécutif européen estime que d'ici 2030, près de la moitié des vols de passagers et de fret pourraient être retardés en raison du trafic dans les 19 aéroports principaux.
L'ERA avance que les aéroports régionaux, qui prennent en charge les vols court-courriers nationaux ou vers des villes européennes, sont déjà menacés par la demande croissante pour les grands aéroports de la part de compagnies en dehors de l'Europe.
Les vols en provenance de 12 grands aéroports européens vers d'autres villes régionales ont chuté de 11 % entre 2002 et 2011, alors que les vols de compagnies extérieures ont grimpé de 59 %, selon cette étude.
Le commissaire au transport, Siim Kallas, a présenté le 25 janvier ces propositions relatives aux aéroports à la commission des transports du Parlement européen, où certains se sont dits inquiets qu'il soit proposé d'autoriser le commerce des créneaux horaires.
Lorsqu'il a annoncé le paquet de mesures sur les aéroports le 1er décembre, M. Kallas a expliqué que le système actuel n'était pas assez flexible pour pallier le problème du trafic aérien. « Ces nouvelles règles faciliteront l'achat et la vente de créneaux par les compagnies et rendront plus efficace l'attribution de créneaux au sol », a-t-il affirmé dans un communiqué.





