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Les transporteurs roumains et bulgares font de l'ombre à leurs collègues d'Europe occidentale

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Publié 05 janvier 2012, mis à jour 06 janvier 2012

Il y a peu, beaucoup craignaient que les plombiers et autres travailleurs polonais ne prennent le travail de leurs homologues d'Europe occidentale. Aujourd'hui, certains craignent que les transporteurs bulgares et roumains ne concurrencent ceux d'Europe de l'ouest.

Cinq ans après l'adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie à l'Union européenne, les transporteurs routiers de ces pays jouissent des mêmes droits que leurs homologues des autres pays de l'UE en matière de livraisons multiples, en vertu de règles entrées en vigueur cette année.

L'une des principales organisations professionnelles françaises s'oppose toutefois vivement à cette initiative, arguant que les salaires et les coûts sociaux plus bas dans ces nouveaux Etats de l'UE créaient des problèmes de concurrence déloyale par rapport aux transporteurs français.

« L'arrivée des transporteurs roumains et bulgares sur le marché français générera de nouvelles tensions concurrentielles en raison de coûts sociaux et fiscaux très différents », a déclaré l'organisation FNTR dans un communiqué.

L'organisation a affirmé que cette initiative arrivait au mauvais moment, alors que les sociétés de transport françaises font face à la crise financière et à l'augmentation des prix.

Conduite à vide

Ces objections découlent de la réglementation européenne de 2009 sur le transport routier, qui visait à stimuler la concurrence et la productivité. Ses défenseurs à la Commission européenne et au Parlement affirment que la libéralisation du marché du cabotage permettrait de faire baisser les prix du transport, mais également de réduire le trafic et la pollution, en limitant le nombre de transporteurs routiers qui rentrent chez eux avec des camions vides.

Conformément aux règles de l'UE, les transporteurs peuvent effectuer trois arrêts en sept jours lorsqu'ils traversent les frontières. Par exemple, un camionneur roumain livrant des biens produits en Roumanie dans un port néerlandais pourrait charger des marchandises à deux reprises sur son trajet de retour. Il livrerait ainsi des produits à un autre client néerlandais et récupérerait une cargaison destinée à la Roumanie.

Le Conseil des chargeurs européens, qui soutient la libéralisation du transport, voit d'un oeil favorable l'élargissement des droits de cabotage qui sera selon lui bénéfique pour le commerce et l'environnement, tout en optimisant l'utilisation des camions sur la route.

Joost van Doesburg, le directeur de la politique de ce groupe industriel bruxellois, a déclaré que par le passé, les objections contre l'application de ces droits aux nouveaux entrants comme la Pologne n'avaient jamais abouti et avaient plutôt mené à un renforcement de l'activité commerciale entre l'Est et l'Ouest.

« On croise de nombreux camions et conducteurs polonais sur les routes de l'Europe occidentale, mais on constate également que la quantité de marchandises en provenance de la Pologne vers les marchés occidentaux a sensiblement augmenté », a affirmé M. van Doesburg. « La quantité de marchandises à destination de ce pays a augmenté elle aussi. »

M. van Doesburg pense qu'en raison du manque de chauffeurs routiers aux Pays-Bas, en Allemagne et dans d'autres pays occidentaux, il est peu probable que l'arrivée de conducteurs bulgares et roumains entraîne l'augmentation du chômage chez leurs collègues d'autres nationalités ou la faillite de sociétés de transport.

« Si vous voulez devenir conducteur de poids lourds, je peux très certainement vous trouver une douzaine d'offres d'emploi dans l'heure qui suit »,  a-t-il affirmé.

Il a également balayé les craintes selon lesquelles les conducteurs de l'Est ne seraient pas soumis aux mêmes normes de sécurité que ceux de l'Ouest, assurant que des inspections avaient lieu régulièrement et que l'ouverture du marché aurait tendance à renforcer ces normes.

Des règles communes de sécurité

Un porte-parole du commissaire européen au transport, Siim Kallas, a déclaré que les transporteurs européens devaient se plier aux lois de l'UE sur la sécurité du transport et les heures de travail.

Certains pays européens ont déjà accordé les droits de cabotage aux sociétés de transport et aux conducteurs bulgares et roumains, mais l'accès au niveau européen a pris effet début 2012. Cette règle s'appliquait également dans l'autre sens : les entreprises de transport des autres pays ne pouvaient pas transporter de biens en dehors de ces pays.

Les politiques européennes de cabotage sont responsables de la diminution du nombre de camions qui effectuent leur trajet de retour à vide. L'année dernière, les camions internationaux étaient vides pendant 13,6 % de leur temps de trajet, contre 15,3 % deux ans plus tôt, a rapporté l'agence européenne de statistiques Eurostat.

L'ouverture du marché européen à la Bulgarie et à la Roumanie fait suite au recul majeur des deux pays, qui sont les plus pauvres de l'UE. Les efforts pour éliminer toutes les restrictions sur la libre circulation des personnes et des travailleurs cinq ans après leur adhésion à l'UE sont assombris par les inquiétudes liées à la corruption et à l'activité criminelle.

Prochaines étapes : 
  • Jan. 2012 : la Commission européenne publiera une mise à jour des décisions des pays quant au maintien de leurs restrictions pour les Roumains et les Bulgares sur le marché du travail.
  • 31 déc. 2013 : fin des restrictions pour les Roumains et les Bulgares sur le marché du travail européen.
Timothy Spence — Article traduit de l'anglais
Un officier de police bulgare dirige des camions. Photo de Reuters par Stoyan Nenov
Contexte : 

Le cabotage fait référence au droit du transporteur d'effectuer le transport de marchandises entre deux points à l'intérieur d'un Etat membre autre que l'Etat dans lequel il est enregistré. Alors que cette pratique s'est développée au fil des ans avec la libéralisation des marchés, les nouveaux pays membres (dont la Bulgarie et la Roumanie) commencent progressivement à jouir de ces droits.

Le règlement européen (CE) n°1072/2009 devait notamment permettre d'améliorer l'efficacité du transport de biens en éliminant l'obligation pour les conducteurs de rentrer chez eux avec des camions vides.

Cette loi stipule que tous les transporteurs peuvent effectuer jusqu'à trois opérations de cabotage sur une période de sept jours dès le jour suivant le déchargement du transport international.

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