Le document qui devrait être publié le mois prochain est une déclaration d'intention sur l'industrie automobile, alors que l'UE progresse pas à pas vers son objectif de décarbonisation de 80-95 % d'ici 2050 (par rapport aux niveaux de 1990) .
Les voitures de particuliers sont actuellement responsables d'environ 12 % de la pollution au dioxyde de carbone en Europe. L'UE se concentre sur un chiffre qui l'interpelle : entre 1990 et 2008, les émissions routières ont augmenté de 26 %.
« Pour le 31 décembre 2014 au plus tard, la Commission devra (sur la base d'une révision et d'une analyse d'impact le cas échéant) élaborer une proposition […] afin de définir le niveau de rigueur nécessaire pour les objectifs de réduction d'émissions de CO2 à long terme, en ce qui concerne les voitures de particuliers à l'horizon 2025 et 2030 », peut-on lire dans ce projet de loi.
La nouvelle a été rapidement saluée en Allemagne, où l'ADAC, la plus grande association du secteur automobile en Europe, a déclaré qu'il fallait de toute urgence prendre des mesures pour mettre un terme à la « dépendance prolongée » de l'Europe vis-à-vis du pétrole.
« Pour continuer à fournir aux constructeurs automobiles une certaine sécurité de planification, il faut fixer un objectif contraignant pour le climat après 2020 », peut-on lire dans un communiqué du groupe.
Outre l'objectif de 95 g/km pour les voitures et 147 g/km pour les camionnettes d'ici 2020, le texte propose que les constructeurs automobiles dans des secteurs de niche bénéficient d'un objectif pour 2020 inférieur de 45 % à leurs émissions moyennes en 2007.
Une « prime sur les émissions excédentaires » pour les voitures qui n'atteindraient pas les objectifs de 2020 serait maintenue à 95 euros par gramme de dépassement pour chaque véhicule.
Consommateurs
« C'est une bonne nouvelle pour les consommateurs, selon nous, car cela leur permettra d'économiser de l'argent sur les carburants », a affirmé à EurActiv Otmar Lell, conseiller politique auprès de la fédération des groupes de consommateurs allemands, VZBV.
Les prix de l'essence atteignent aujourd'hui des taux record dans certains pays comme le Royaume-Uni. Selon une étude récente réalisée par l'ancien chef de l'Environment Agency britannique, Malcom Fergusson, l'objectif de 95 g/km pourrait permettre aux automobilistes d'économiser 848 euros par an d'ici 2030.
Un objectif de 70 g/km pour 2025 ferait passer ces économies à 1 134 euros par an.
« Les prix des carburants augmentent depuis longtemps. Ces augmentations sont de plus en plus importantes et de plus en plus fréquentes », a expliqué M. Lell
Le renforcement des normes pour le CO2 a mené à une meilleure efficacité pour les carburants, il n'existait « aucune alternative », a-t-il affirmé.
Période d'austérité
Certains acteurs de l'industrie automobile ne se réjouiront pas de cette nouvelle. Ils craignent que les investissements pour l'efficacité aient des répercussions sur leurs finances, dans un contexte d'austérité et de concurrence internationale acharnée.
Sigrid de Vries, porte-parole de l'Association des constructeurs européens d'automobiles (ACEA), a déclaré à EurActiv que l'objectif de 95 g/km serait « difficile à atteindre ».
Elle a cité des facteurs comme « la transformation technologique, l'adaptation nécessaire du marché et le contexte économique au sens large qui force les producteurs à absorber les coûts via d'autres moyens que les prix des produits ».
Un rapport publié cette semaine par le groupe CARS21, qui rassemble des constructeurs automobiles, des fonctionnaires de l'UE et des ONG, révèle que les coûts de développement et de production pour atteindre les objectifs de 2020 « sont moins élevés que précédemment estimé ».
Toutefois, le 6 juin, en réponse à une question d'EurActiv, Sergio Marchionne, le président de l'ACEA et directeur général de Fiat, a qualifié l'annonce de ce rapport de « presque insensée ».
« Pas un seul de nos membres n'a dévié des estimations initiales en termes de coûts d'application et de mise en conformité », a souligné M. Marchionne.
Le document de CARS21 « fait état des nombreuses concessions acceptées par l'industrie et les autres parties prenantes afin de faciliter la rédaction de la version finale du texte », a-t-il expliqué.
Le soutien des syndicats
Les syndicats européens ont toutefois apporté leur soutien aux améliorations de l'efficacité des carburants, qui devraient entraîner l'embauche de plus de travailleurs dans le processus de production et des formations aux hautes technologies.
« Nos expériences passées ont prouvé que seuls des cadres juridiques stricts peuvent pousser l'industrie dans la bonne direction », a déclaré Wolf Jäcklein, conseiller politique du syndicat IndustriAll, qui représente plus de 7 millions de travailleurs dans des secteurs comme la métallurgie, l'énergie et l'exploitation minière.
« Le processus de décarbonisation dans les transports doit se poursuivre », a-t-il affirmé à EurActiv. « C'est le seul moyen d'assurer l'avenir de l'industrie automobile européenne. »
Les réglementations solides en matière d’efficacité des carburants ont donné aux voitures européennes une longueur d'avance dans la course internationale aux véhicules verts, mais cet avantage pourrait être menacé.
En 2009, la restructuration de l'industrie automobile américaine décidée par le président Obama a mené à la définition d'objectifs d'émission équivalant à 70-80g/km d'ici 2025. Si l'Europe ne suit pas cet exemple, elle risque de se retrouver à la traîne.
Selon les observateurs, une réduction des émissions de CO2 jusqu'à 60 g/km, un objectif envisageable pour 2025 ou 2030, pourrait être respectée grâce aux véhicules hybrides.
« Au-delà de cet élément, nous devons opérer une transition vers les véhicules électriques ou fonctionnant à l'hydrogène. Cela commencera alors à devenir intéressant », a expliqué un expert à EurActiv.
Avec suffisamment d'investissements dans les énergies renouvelables et les technologies faibles en carbone d'ici là, la décarbonisation des transports routiers en Europe deviendra techniquement réalisable.
Franziska Achterberg de Greenpeace a appelé à la définition d'objectifs pour 2025 « aussi rapidement que possible ».
« Cela permettra de faire passer les voitures efficaces des salons automobiles aux routes européennes et de développer les technologies dont nous avons besoin pour nous débarrasser complètement du pétrole », a-t-elle souligné.





